Adulte et hyperactif

On a longtemps cru qu’ils étaient l’apanage d’enfants turbulents, mais les troubles du déficit d’attention et l’hyperactivité touchent toutes les classes d’âge. Près de 4% des personnes majeures seraient atteintes.

Ils oublient leurs clés, ne terminent jamais ce qu’ils ont commencé, sautent du coq à l’âne lors des conversations ou ne supportent pas l’idée de se retrouver dans une file d’attente. Bienvenue dans le monde des adultes atteints de TDA-H, entendez du trouble du déficit d’attention et/ou hyperactivité ou encore «tada», comme on l’appelle couramment. Dépisté chez l’enfant, ce mal l’est plus rarement chez les grands. Il faut dire que jusqu’il y a peu, on pensait qu’il disparaissait à l’adolescence.

La réalité est bien différente et rattrape parfois sans crier gare les supposés anciens hyperactifs. Elle débusque aussi ceux qui avaient passé entre les gouttes, mettant en exergue un comportement social ou professionnel difficilement compatible avec les exigences de la vie adulte. Absence de concentration au travail, incapacité à payer ses factures dans les temps, procrastination, désorganisation, irritabilité, impulsivité, font partie du b.a.-ba. Souvent, après un parcours en dents de scie, voire une dépression, le verdict tombe: «tada»!

C’est ce qui est arrivé à Renaud, jeune homme de 31 ans actif dans les ressources humaines d’une entreprise neuchâteloise.

A 28 ans j’ai commencé à me demander où j’allais, pourquoi je n’arrivais pas à me fixer dans un job et ne terminais pas ce que j’entreprenais.»

Quelques séances plus tard auprès d’une psychologue, il doit se rendre à l’évidence: il souffre d’un déficit de l’attention et d’hypoactivité.

Un trouble qui persiste avec l’âge

Son cas est loin d’être isolé. Selon les chiffres, 4% des adultes seraient atteints contre 6% des enfants, preuve que le trouble ne disparaît pas une fois franchi le cap de l’adolescence. «On l’a longtemps cru, mais c’est faux, relève Nader Perroud, médecin adjoint aux HUG, responsable du programme Troubles de la régulation émotionnelle (TRE) qui accompagne des personnes atteintes de TDA-H et coauteur d’un ouvrage sur la question*. Dans 70% des cas, il persiste chez l’adulte.» Son hérédité a aussi été mise en exergue, poursuit-il, même si on est encore loin d’avoir trouvé le gène responsable.

D’où la nécessité d’une prévention accrue et d’un accompagnement des adolescents intensifié, plaide Michel Bader, psychiatre lausannois spécialiste de la question. En particulier chez les jeunes femmes, dont le diagnostic de TDA-H est cinq fois mois courant durant l’enfance que chez les garçons. Non pas qu’elle soient moins touchées, précise Nader Perroud, mais parce que les garçons externalisent davantage leurs difficultés: «Chez eux le trouble sera plus facilement visible car ils ne tiennent pas en place à l’école, tandis que les filles ont tendance à rester en retrait.»

Maman d’une fille atteinte de TDA-H et mariée à un homme lui aussi touché, Daniela Brustolin, confirme.

Durant la journée, tout se passait plus ou moins bien à l’école, mais à peine arrivée à la maison, ma fille se mettait à sauter partout. Elle était comme un fauve qu’on venait de lâcher.»

Lorsqu’on lui demande comment se passe la vie au contact de ces deux hyperactifs la réponse fuse: « C’est épuisant! Mon mari éprouve beaucoup de difficulté à attendre, coupe la parole, part dans tous les sens lors des conversations. Parfois, cela devient insupportable. Quand je suis trop fatiguée, je dis «stop!»

Une approche pluridsiciplinaire

Aujourd’hui coach professionnel, elle suit des adolescents et de jeunes adultes souffrant de TDA-H: «La première chose que je fais est de recharger leurs batteries, car ils ont souvent été mis en marge durant leur scolarité. Il faut ensuite essayer de comprendre leur fonctionnement afin de mettre en place un accompagnement adapté, car il ne sert à rien de demander à une personne ayant un déficit de l’attention de se concentrer.» Planification, finalisation et gestion du temps, stratégies compensatoires pour éviter de laisser l’esprit vagabonder, tels sont les points travaillés.

A cela s’ajoute la médication qui peut entraîner d’excellents résultats, relève Michel Bader. Ces psychostimulants, dont la molécule de base est le méthylphénidate, ont pour nom Ritaline, Concerta, Medikinet ou encore Equasym, et ont une action sur les capacités d’attention et de contrôle.

Alors, Ritaline pour tout le monde? Pas forcément, répond le psychiatre: «Il importe d’avoir une approche pluridisciplinaire et d’adapter le traitement en fonction de la personne et de son évolution.» Il est toutefois rare que les adultes renoncent à essayer une médication, même si 30 à 40% n’y répondront pas, observe pour sa part Nader Perroud.

Bonne nouvelle, si le TDA-H ne disparaît pas avec le temps, il est tout à fait possible de réussir sa vie en ayant une hyperactivité ou un déficit de l’attention, constate Michel Bader: «Cela implique de bien connaître son fonctionnement et ses ressources.»

Texte © Migros Magazine – Viviane Menétrey

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *