Les 10 traits de caractères qui empoisonnent la vie des adultes surdoués

Dotés d’un mode de fonctionnement à part, les adultes surdoués jouissent de leurs forces autant qu’ils en souffrent. Les explications de Valérie Foussier.

La science et l’éducation se penchent régulièrement sur le cas des enfants précoces. Mais les adultes surdoués, qui s’en soucie ? Un médecin endocrinologue a récemment dressé la liste des « 10 traits de caractère qui empoisonnent la vie des adultes surdoués ». L’occasion, peut-être, de comprendre ce qui vous différencie des autres…

Valérie Foussier, qui consulte à l’hôpital privé d’Antony, a publié le 17 janvier dernier un article passionnant sur un blog du Huffington Post. L’idée ? Souligner ce qui distingue le fonctionnement d’un adulte surdoué de celui d’un autre adulte et permettre à chacun de mieux appréhender ces différences.

Cet article, Valérie Foussier nous a aimablement autorisés à le reproduire. Le voici donc. Vous verrez, il est précieux…

Les adultes surdoués ou à Haut potentiel (HP) ont un mode de fonctionnement bien différent et ignoré des autres adultes voire des HP eux-mêmes. Cette ignorance est à l’origine de leur mal-être créant un gouffre incompréhensif avec les autres, un décalage invivable. C’est aussi leur mode d’emploi qui fait leur force et qui est tant jalousé. Oui, vous souffrez de vos capacités qui vous occasionnent tant de douleur. Voici dix fonctionnalités ou dix traits de caractère qui font qu’on vous recherche d’abord et qu’on vous malmène ensuite.

1 – Empathique et gentil

Vous avez un don indiscutable, l’empathie et la gentillesse extrême. Vous devinez les besoins des autres avant les vôtres que vous avez tendance à ignorer. Vous percevez ce que les autres ressentent et même de façon bien plus marquée. Vous vous perdez en vous adaptant de façon démesurée à l’autre. C’est justement pour votre altruisme sans limite que les manipulateurs viennent vous chercher. La face fragile qu’ils montrent de prime abord vous touche et vous tombez dans leurs griffes. Cessez d’être gentils, soyez vrais. Bien sûr,  il existe des personnes bien intentionnées qui apprécient votre empathie et gentillesse à sa juste valeur, deux qualités qui font le lit du charisme, tant convoité.

2 – Résilient

Vous avez cette capacité à encaisser l’insupportable en vous relevant illico presto, à conserver le sourire malgré l’orage, à trouver des solutions constructives face à l’adversité de la vie. Cette force peut aussi effrayer ou vous apporter un lot d’injustices. On vous considère comme un affabulateur ou une affabulatrice hors pair, ce qui accentue votre tendance naturelle au débordement émotionnel qui a pour effet de vous mettre tout le monde à dos, alors que vous êtes juste résilient. Cela fait l’effet d’une bombe en plein cœur. Pourtant on vous choisit, on vient vous chercher même pour ce pouvoir surnaturel, votre résilience. Ce sont des personnalités manipulatrices qui abuseront de votre capacité à vous remettre debout immédiatement après une agression. Vous êtes encore trop à être malmenés par votre potentiel: vivre l’intolérable sans être cru, terrassés par une cascade d’injustices.

3 – Passionné

Quand vous êtes motivés, plus rien ne vous arrête pour arriver à votre objectif. Malgré un enchainement d’embuscades, vous franchissez sans mollir les obstacles en continuant votre route jusqu’au sommet, animés par votre passion imperturbable, jusqu’à l’épuisement, souvent à votre insu. Attention, vous n’êtes pas toujours récompensés et indemnisés de vos efforts surhumains. En d’autres termes, on vient vous chercher pour faire du chiffre d’affaire sur votre dos, en vous faisant miroiter monts et merveilles. Quand vous le comprenez, vous chutez dans la déception et l’incompréhension jusqu’à la dépression.

4 – Vitesse éclair

Vous faites tout dix fois plus vite que les autres, en dehors de l’absence de motivation qui vous expose à l’inaction et à la procrastination. Votre rapidité d’exécution, de compréhension est une mine d’or pour les chefs d’entreprise, pour le milieu scientifique, pour la hiérarchie car encore une fois vous générez des gains. Le temps c’est de l’argent. Votre vitesse d’exécution déconcertante peut aussi être vécue comme un affront pour vos collègues qui se sentent consciemment ou inconsciemment dévalorisés. Ils chercheront alors à vous nuire de n’importe quelle façon fallacieuse pour se mettre en avant, en n’omettant pas de vous rabaisser par des mensonges difficiles à réfuter. Un beau tissu d’injustices. Cela peut vous conduire à des licenciements pour faute qui vous conduiront tout droit à la dépression car vos valeurs humaines fondamentales sont bafouées.

5 – Créatif

Vous avez un potentiel de créativité exprimé ou enfoui. Il peut être au premier plan et vous conduire dans des institutions d’innovation dans lesquelles vous vous sentez en harmonie. Vous êtes alors chassés et recrutés pour cela. C’est une plus-value pour l’entreprise que vous élevez par votre originalité créative. Il arrive aussi que votre potentiel de créativité se révèle au sein de votre milieu professionnel ou personnel. Vous voulez tout naturellement la faire éclore et vous vous exprimez sur ce sujet. Sauf que vous n’êtes pas dans le bon environnement. Vous allez déranger et vous aurez l’étiquette de farfelu. On ne vous écoutera pas dans ce domaine. On prendra soin même de vous mettre des bâtons dans les roues pour faire avorter vos projets créatifs quand vous oserez vous aventurer sur ce chemin. Toucher à votre créativité, c’est une violente agression qui a des conséquences sur votre confiance en vous, votre estime de soi.

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6 – Multi-actions

Vous avez cette capacité à pouvoir faire plusieurs choses à la fois ce qui vous vaut d’être qualifié de dispersé, touche à tout et autres surnoms dévalorisants. C’est pourtant une réalité qui a été tout récemment mise en évidence par l’imagerie fonctionnelle. Une étude comparative chez des adultes HP et non HP a permis de visualiser la fameuse arborescence des HP. Plusieurs zones cérébrales s’activent en même temps après l’exécution d’une tache, versus une seule chez les adultes non surdoués. Ceci explique le fait que penser à une chose engendre des pensées anticipatrices ou des idées paraissant hors sujet. Oui on peut faire sa compta devant la télé sans faire d’erreur. Le fait de faire deux choses à la fois renforce la concentration et améliore le rendement au prix peut-être d’une dépense d’énergie bien plus grande. C’est un atout considérable cette capacité multi-tâches, pouvoir faire avec qualité plusieurs choses à la fois en allant jusqu’au bout, sans être dispersé pour autant. Connaitre cela permet de faire attention au coup de pompe et de prendre le temps nécessaire pour se ressourcer.

7 – Recherche de vérité et souci de justice

Vous avez une ligne de conduite, la vérité, et vous agissez toujours en filigrane avec le souci de justice. Vous êtes une personne sur qui on peut compter qui évitera au maximum de malmener autrui par la manipulation, l’abaissement. On vient vous chercher pour votre droiture. Cependant votre leitmotiv, recherche de vérité, et votre pugnacité vous fera parfois faire des actes outrepassant vos fonctions, piétinant votre hiérarchie, qui auront un effet boomerang. Votre vérité n’est pas toujours celles des autres. Vous avez l’art de vous compliquer la vie et vous torturer pour un fait banal pour les autres, de vous auto-détruire en prenant des décisions qui peuvent vous emmener dans l’impécuniosité, consciemment ou inconsciemment. Vous vous épuisez en salive et en énergie à vouloir tout expliquer et tout justifier sans cesse et sans fin. Apprenez à répondre à un besoin, évitez d’aller au-devant des ennuis sans qu’on vous le demande, par souci d’équité, que vous soyez impliqués ou non. Cela vous épargnera des remarques acerbes incomprises. Patientez et laisser passer l’ouragan sans agir.

8 – Hyperactivité cérébrale

Vos neurones sont en permanence en ébullition. Rien ne vous échappe et surtout pas le plus futile détail qui a pour vous son importance. Cette vigilance constante vous permet de trouver des solutions quand d’autres dorment ou baissent leur garde. On vient vous chercher pour votre incapacité de vous arrêter de penser. Cependant sans bouton stop, un bruit de fond mental mêlé à une imagination débordante vous empêche de trouver le calme et projette une ombre de peur, de souffrance. Le simple fait d’imaginer une situation peut déclencher la tempête dans les profondeurs. Vous la vivez comme si elle était réelle. L’absence de contrôle des pensées génère des sensations physiques : palpitations, douleurs thoraciques, sueurs, tremblement, malaise, gestes incontrôlés, casse. Cette impossibilité à dompter les pensées négatives fait le lit des obsessions. Une spirale infernale. L’angoisse monte, les pensées morbides fusent et deviennent de plus en plus destructrices avec une tendance à l’inaction. L’angoisse bloque l’action qui canaliserait justement cette angoisse folle. Ce cercle vicieux peut être coupé net en insérant ce bouton off, qui permet de capter l’attention ce qui refrène les idées noires. Ce peut être un support visuel doux ou une œuvre dérivative comme une activité physique ou artistique, un rangement minutieux. En vous dissociant du mental dans la simplicité un court instant, votre cerveau sera bien plus performant sans parasite.

9 – Oscillations émotionnelles

Votre hyper rapidité à tout faire est prise pour du mépris car ce n’est pas possible que vous ayez lu ce document en 30 secondes, que vous ayez lu ce livre de 1000 pages en un weekend. Vous êtes considéré comme un usurpateur, insulte suprême qui presse sur votre touche volcan. En une fraction de seconde, une phrase anodine interprétée avec votre prisme émotionnel vous plonge dans le plus profond d’une déferlante négative. En un temps aussi record, après un évènement positif, vous êtes propulsés en miroir au sommet d’une déferlante émotionnelle positive alors que les autres ne sont qu’à la naissance de leur vague. Vous êtes jugé comme exubérant voire hystérique. Cette possibilité de passer du positif au négatif en une fraction de seconde est parfaitement incompréhensible, en dehors d’une maladie. C’est cette amplitude normale pour vous, entre les + et les -, votre thermostat émotionnel qui crée un puits sans fond de souffrance, responsable de décalage de lecture dans la teinte du raisonnement. Vous utilisez des mots inappropriés. Votre potentiel est gelé. Vous êtes gagnés par la procrastination qui vous fait des occasions. Vous êtes dans le déni qui vous conduit à des mauvaises décisions, entretenant votre mal-être. Puis comme par enchantement, une phrase tout aussi anodine prend une valeur positive. Au sommet de votre art, vous déplacez des montagnes, vous criez EUREKA, vous exprimez votre substantifique moelle innovante créatrice empathique. Vous déroutez et on ne vous croit pas être l’auteur de tel acte, de telle opération. C’est ce passage de la lumière à l’obscurité et de l’obscurité à la lumière que les autres n’intègrent pas. Pire, ils traduisent en formatant vos intentions bienveillantes dans leur schéma de pensées, ce qui transforme complètement les données à votre désavantage, majorant votre désarroi. Ce sont souvent ceux qui ne sont pas prêts à changer leur paradigme qui vous causent le plus de préjudices. Les réfractaires au changement.

Ces déferlantes positives et négatives peuvent être expliquées par ces zones multiples stimulées en même temps décrite à l’imagerie cérébrale. Une phrase va stimuler chez vous plusieurs zones émotionnelles décuplant le phénomène, expliquant vos débordements émotionnels. Vous pouvez dompter votre cerveau en apprenant à éteindre toutes les zones allumées, une par une. C’est un moyen de réduire l’amplitude de vos ondes négatives.

10 – Effet cocktail

Tous ces traits de caractère se potentialisent et font que votre mode de fonctionnement est recherché dans bien des domaines. Voici une anecdote pour illustrer cet effet cocktail dans la vraie vie.

« On a demandé à Mélodie, pianiste amateur, de jouer en public pour récolter des fonds pour une œuvre humanitaire. Avec une immense joie, elle a accepté. Contre toute attente, elle a dû escalader dans son travail préparatoire de nombreux à-pics épineux émotionnels jusqu’au jour J heure H. L’intensité de sa motivation, sa résilience et sa capacité multitâche lui ont permis de gravir les derniers mètres de passages délicats. Elle était prête juste à temps, maîtrisant tous ses morceaux. Un imprévu anodin est arrivé en pleine représentation. Son tourneur de pages a tourné toutes ses pages à chaque fois trop tôt, et sa présence à ses côtés, trop près, l’a bridée physiquement. Elle a été très déstabilisée par ces incidents qui ont décuplé son trac. Elle a saboté ses heures de travail antérieur. Elle a brillé dans les couacs devant une salle comble. Sa pugnacité démesurée à toute épreuve a eu raison de cette vexation vécue et elle a exprimé tout son talent musical dans le dernier morceau, laissant ainsi une empreinte positive. Elle a mis plusieurs jours pour éteindre ses dizaines de zones émotionnelles négatives allumées durant cette soirée, bien plus nombreuses que les zones émotionnelles positives. Un gout d’humiliation, une odeur d’atteinte de l’égo, a persisté longtemps malgré sa vraie satisfaction finale.»

Le monde tourne grâce à vous. Alors évitons de vous malmener par ignorance.

Pour aller plus loin, lire le livre de Valérie Foussier : Adultes surdoués : Cadeau ou fardeau ?

« Surdouée, j’ai enchaîné les petits boulots et les dépressions »

En cette journée mondiale de la Santé sur le thème de la dépression, Marie*, 36 ans, raconte l’influence qu’a eu son QI élevé sur sa santé mentale. Aujourd’hui identifiée comme surdouée, elle revient sur ces années difficiles. Témoignage.

Article de l’Express-Propos recueillis par Emilie Tôn, publié le

À l’école, j’ai toujours eu du mal à me faire aimer des autres enfants. Malgré tous mes efforts, je n’étais pas comme eux. Ils ne m’aimaient pas et je ne comprenais pas pourquoi.

En entrant au CP, je savais déjà lire. J’étais très en avance. Il a été question de me faire sauter une classe, mais comme je pleurais en permanence, la direction a décidé que je n’étais pas prête à rejoindre des enfants plus âgés. J’étais docile, gentille. Parce que j’avais les meilleures notes de la classe, les autres enfants me traitaient de « chouchoute de la maîtresse », alors qu’elle me méprisait.

Je n’avais pas beaucoup d’efforts à fournir pour me maintenir première de la classe. Au CM1, je ne me suis pas méfiée d’une nouvelle élève. Elle a pris ma place: j’en ai beaucoup pleuré et l’ai reconquise. Je me devais d’être la meilleure. Je voulais que la maîtresse m’aime. En classe, je me tortillais dans tous les sens pour répondre, mais l’institutrice disait toujours « on sait que tu sais, quelqu’un d’autre veut répondre? » Je semblais toujours l’excéder. J’ai fini par arrêter de lever la main.

J’ai laissé l’intello que j’étais derrière moi

L’arrivée au collège laissait espérer des changements positifs. J’allais chez les grands et tournais ainsi le dos au calvaire qu’était l’école primaire. Mais dès la première évaluation, les problèmes ont commencé. Je subissais un harcèlement féroce, qui a continué longtemps. Une fois de plus, j’étais l’intello, et les autres élèves n’aimaient pas les intellos. Ils faisaient de mes amies et moi leurs souffre-douleurs, mais il n’y avait que moi que cela perturbait. Le soir, je pleurais dans ma chambre.

Progressivement, mon niveau a baissé, sans être mauvais pour autant. Je voulais absolument me faire des amis parmi les gens populaires. Donc, lorsque je suis entrée au lycée, j’ai décidé de laisser l’intello que j’étais derrière moi. J’ai décroché et suis devenue une élève très moyenne -ce que ma psy appelle aujourd’hui le nivellement- au point d’avoir mon bac au rattrapage. J’ai été à la fac, puis j’ai arrêté pour enchaîner les petits boulots, ainsi que les dépressions

Les surdoués, plus sujets aux dépressions

Je n’ai jamais su m’y prendre avec les gens. J’ai l’impression de ne pas avoir les outils pour vivre en société. Pendant des années, j’ai surjoué la fille libérée. Je ne savais plus qui j’étais. Je souffre d’anxiété sociale. A chaque nouvelle rencontre, je suis dans une situation de stress intense. Toutes ces choses m’ont poussé à croire que j’étais folle, anormale, dérangée.

Lorsqu’une chose m’intéressait, je me plongeais à corps perdu dans les recherches. Cela m’obsédait, il fallait que j’épuise le sujet. Et lorsque je me suis intéressée à la dépression, j’ai appris, dans un article, que les surdoués y étaient plus sujets que la normale. Je n’ai pas tout de suite relevé.

Parallèlement, mon fils aîné de trois ans m’a demandé de lui apprendre à lire. Je le savais intelligent, à 18 mois, il parlait très bien et fascinait tous les adultes qui le croisaient. J’ai alors commencé à me documenter sur les enfants précoces. Au fil de mes recherches, j’ai revu toute mon enfance. J’ai donc fait appel à une psychologue spécialisée. Au téléphone, elle m’a dit qu’il était préférable que mon fils attende un peu avant de passer les tests, car les résultats ne sont pris en compte qu’à partir de 6 ans par l’Education nationale. Cependant, je pouvais les passer.

TÉMOIGNAGE >> Surdouée et mère d’enfant surdoué: « J’ai espéré que mon fils ne soit pas concerné »

Le jour du bilan, j’ai fondu en larmes dans son bureau. Pendant toutes ces années, je pensais que j’étais bête, que c’était pour cette raison que je n’arrivais pas à m’adapter. En réalité, j’étais surdoué.

Une affaire de famille

Selon la psy, il est possible que toute ma fratrie soit concernée. Ma soeur a vu une spécialiste qui lui a confirmé que c’était son cas. Mon fils -qui a aujourd’hui huit ans- a un très haut quotient intellectuel (plus de 145). J’ai peur qu’il en souffre, mais, pour l’instant, tout semble bien se passer. Les enseignants essaient de lui donner des exercices plus adaptés à son niveau, mais nous n’avons pas voulu qu’il saute une classe car il voulait rester avec ses copains. Il a la chance d’en avoir.

Le plus jeune, qui a cinq ans, est probablement concerné aussi. Il est moins populaire à l’école maternelle. Quand je vais le chercher le soir à la garderie, il est souvent en train de jouer tout seul dans son coin alors que les autres jouent en groupe. Ça me fait de la peine, mais lorsque je lui demande s’il est heureux, il me répond que oui.

Un taux de suicide préoccupant

J’ai expliqué à mon grand que son cerveau fonctionnait différemment, en lui précisant qu’il n’était pas plus intelligent que les autres, mais que son intelligence fonctionnait autrement. Le taux de suicide est assez préoccupant chez les surdoués, mais mon ex-mari -qui a appris son haut QI à l’adolescence- comme mon fils aîné ont l’air bien dans leur peau, preuve que la souffrance vient aussi du fait de ne pas l’avoir identifié.

Malheureusement, les tests sont chers et toutes les familles n’ont pas les moyens de les payer [le WISC, ou « échelle de Weschler », coûte plusieurs centaines d’euros]. Et s’il est possible de les passer gratuitement dans les centres médico-psychologiques, les psys n’y ont pas de formation spécifique pour décrypter correctement les résultats. Savoir qu’un enfant est précoce sans comprendre son fonctionnement ne l’aide pas. C’est regrettable, car les conséquences peuvent être catastrophiques.

*Le prénom a été modifié

Référence Article http://www.lexpress.fr/actualite/societe/surdouee-j-ai-enchaine-les-petits-boulots-et-les-depressions_1896181.html

 

Les autistes Asperger, talents trop mal employés en France

Une étude de l’Université de Harvard faisait récemment cas d’entreprises informatiques qui, à l’étranger (Inde, Allemagne, Etats-Unis…), recrutent des autistes Asperger pour leurs compétences spécifiques. L’occasion de faire le point sur leur insertion professionnelle en France… plus difficile

https://www.franceculture.fr/societe/les-autistes-asperger-talents-trop-mal-employes-en-france?utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Facebook#link_time=1496951965

 

 

Le théâtre intime de la honte

Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik explore le sentiment de la honte, en passant de la biologie à la psychologie, de la petite enfance à l’adolescence, en matière sexuelle ou familiale. Avec toujours cette interrogation : comment ne pas s’enfermer en elle comme dans un terrier ?

Comment ne pas se murer dans les réactions émotionnelles multiples qu’elle engendre chez chacun de nous ? Et comment retrouver liberté et fierté sans tomber dans le piège de l’absence de honte, qui est aussi indifférence à l’autre et peut conduire au pire ?

Boris Cyrulnik nous dépeint un nouveau visage de la honte, inédit, émouvant et profond, nourri par les acquis les plus récents des neurosciences et de la psychologie.

Une conférence enregistrée en 2011.

Boris Cyrulnik, neuropsychiatre et écrivain, directeur d’enseignement à l’université de Toulon.

Pour écouter la conférence

Soi-même en train de vivre

« Il y a des langues qui ont un mot pour décrire cette sorte d’expérience. En allemand, on dit : Erlebnis. En espagnol : vivencia.
Mais il n’y a pas de mot français pour saisir d’un seul trait la vie comme expérience d’elle même.
Il faut employer des périphrases. Ou alors utiliser le mot ‘vécu’, qui est approximatif. Et contestable. D’abord et surtout, c’est passif, le vécu. Et puis c’est au passé.
Mais l’expérience de la vie que la vie fait d’elle-même, de soi-même en train de la vivre, c’est actif. Et c’est au présent, forcément. C’est-à-dire qu’elle se nourrit du passé pour se projeter dans l’avenir. »
Jorge Semprun. L’Ecriture ou la vie.

J’ai été extrêmement touchée par cette émission. A écouter, réécouter… pour comprendre la différence, l’accepter, s’en inspirer !

https://www.franceinter.fr/emissions/sur-les-epaules-de-darwin/sur-les-epaules-de-darwin-31-decembre-2016

 

Être trop doué, un frein pour sa carrière


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Promouvoir des clones dociles et couper les têtes qui dépassent… La frilosité et l’instinct de conservation de nos élites les conduisent à faire barrage aux profils originaux et brillants. Au passage, elles sacrifient un facteur de richesse essentiel à l’entreprise : la diversité. L’analyse de Michel barabel et Olivier Meier, directeur du laboratoire de recherche Dever Research, co-auteurs de Manageor (Dunod).

Être brillant ne serait pas toujours payant. La recherche a montré en effet que les très bons éléments ont tendance à plafonner ou, pis, à être mis d’office sur le banc de touche. Un constat qui va à l’encontre des idées reçues et questionne la sin­cérité de la fameuse «chasse aux talents» dont les entreprises ont fait leur leitmotiv depuis quelques années. Appâter les meilleurs, chouchouter les hauts potentiels, s’entourer de cadors… En fait, le discours officiel sonne un peu creux quand on y regarde de près. Et mas­que une réalité inavouable, puisque les études prouvent que se montrer trop doué constitue en fait un frein à une belle carrière.

Conformité contre compétence. Précisons d’abord qu’il y a bon et bon. Pour schématiser, on pourrait classer les talents en deux catégories. D’un côté, on a le «premier de la classe» ou le bon à la française. Diplômé d’une grande école, il dispose d’une grosse capacité de travail, sait se conformer aux règles et maîtrise le bachotage comme personne. De l’autre, on a le bon atypique, qui rentre moins facilement dans les cases : il a un portefeuille de compétences à forte valeur ajoutée pour l’entreprise, des qualités personnelles supé­rieu­res à la moyenne, notamment en termes de capacités d’innovation et de leadership, mais il est plus difficilement soluble dans l’orga­ni­sation. C’est le parcours professionnel de ce second profil qui peut être semé d’embuches. Et ce, dès le recrutement car, à ce stade, la prime à la conformité prévaut : les profils atypiques trinquent dans nombre d’entreprise.

Des travaux récents du sociologue William Genieys confirment que les élites ont tout intérêt, pour renforcer leur domination, à trouver des successeurs qui s’inscriront dans la continuité plus que dans la rupture(1). La chercheuse Oumaya Hidri a, elle aussi, consacré un article à ce biais de conformité : les Sciences Po ont tendance à recruter des Sciences Po, les Essec des Essec… en faisant passer au second plan la personnalité ou les compétences réelles du candidat(2). Même parcours, mentalité proche : on pense ainsi limiter les erreurs de casting. En sacrifiant au passage la diversité.

Les qualités de ces «très bons» dérangent aussi et peuvent les desservir à l’embauche. Il ne faut jamais oublier qu’un manager est aussi un managé, il a donc lui-même des objectifs professionnels et a besoin d’être bien vu par sa hiérarchie. C’est pourquoi, en cas de recru­tement direct par le N+1, des considérations politiques vont venir biaiser l’entretien : et si, au lieu de renforcer ma position, ce candidat allait l’affaiblir ? S’il est vraiment aussi doué qu’il en a l’air, ne risque-t-il pas de me faire de l’ombre ou de remettre en cause ma légitimité ? En fin de compte, le choix du manager se portera rarement sur le type vraiment brillant ou charismatique.

Le risque de lèse-majesté est trop important à ses yeux. Et lorsqu’ils réussissent à passer à travers les mailles du filet, les plus doués ne progressent pas toujours comme ils le méritent. La faute, toujours, aux managers qui sont au cen­tre des processus d’évaluation et de formation. Bien que l’intention de les impliquer dans ces actions ait été bonne au départ – il s’agissait de renforcer leur légitimité et de les mobiliser davantage sur la partie RH –, on constate des dérives. La tentation est forte pour un manager de vouloir garder un collaborateur brillant bien au chaud dans son équipe. Pour ce faire, il dispose d’une arme de stagnation massive : l’entretien individuel d’évaluation. Et s’il est le seul à évaluer son subalterne (ce qui est souvent le cas), il lui est encore plus facile de le retenir.

Si certains hauts potentiels ne connaissent qu’une ascension limitée, c’est aussi parce que, en accédant à des postes plus élevés dans la hiérarchie, ils ne se trouvent plus seulement jugés sur des critères de compétence, mais aussi selon des normes revendiquées par le système d’autorité en place. En effet, ils posent cette fois-ci problème non pas pour des raisons de jalousie ou d’intérêt professionnel, mais parce qu’ils sont porteurs d’une norme nouvelle, différente, fondée sur leurs qualités personnelles et leur charisme.

Originaux perturbateurs. Le psychologue Serge Moscovici explique à ce sujet que lorsqu’un élément brillant réussit à franchir la porte d’entrée de l’organisation, à progresser et à exprimer ses idées dans un groupe, il risque de causer des dissensions(3). Sa consœur Geneviève Paicheler souligne qu’avec la ca­pacité d’en­traînement et d’innovation qui le caractérise, ce genre de profil pourrait même réussir à gagner une partie du groupe à sa cause, créant ainsi la discorde dans l’entreprise(4). Pour résumer, un collaborateur très doué est un contestataire potentiel, un risque pour l’entreprise de voir son fonctionnement perturbé ou, pire, sa norme dominante modifiée ! D’où la volonté, qui vient dans ce cas
des plus hautes strates de la hiérarchie, de limiter l’influence de ce type d’originaux, perturbateurs de l’ordre établi.

Moutons et fayots. C’est compter sans les stratégies élaborées par les cracks pour slalomer entre les obstacles. Conscients de la peur qu’ils inspirent ou instruits par l’expérience, ils choisissent de parfois faire profil bas et de ne pas dévoiler leur jeu d’emblée. Au moment du recrutement par exemple, dans les entretiens de groupe, les managers ont vite fait de détecter les grandes gueules. Alors, pour ne pas faire de vagues, les nouveaux venus vont se fondre dans le moule et intégrer le troupeau… avant d’abattre leurs cartes le moment venu. Dans le prolongement de cette «stratégie du mouton», un collaborateur doué peut aussi décider de se placer dans les sillons tracés par son boss. Le N + 1, qui jouit de la loyauté d’un fidèle chevalier, n’a plus de raison de s’en méfier. Au con­traire, il se reposera sur les compétences de son bras droit et s’engagera en retour à le faire évoluer avec lui…

Le vrai bon, s’il veut avoir l’occasion de prouver sa valeur, doit donc faire des compromis : masquer son jeu ou prêter serment d’allégeance. Autre option plus rare : quand le système en place dans l’entreprise se révèle incapable de résoudre les problèmes et de faire avancer la machine, notre héros masqué a une opportunité d’action en introduisant de nouvelles pratiques et en imposant ses propres façons de faire. En cas de crise ou d’anomie (c’est-à-dire de disparition des valeurs commu­nes), ses disciples feront alors bloc autour de lui afin que de nouvelles règles émergent.

Dans son livre Leading the Revolution, l’Américain Gary Hamel affirme qu’en contribuant à l’innovation, ce genre de «rebelles organisationnels» créent un climat favorable à la créativité(5). Il faut non seulement encourager ces atypiques, mais aussi les protéger con­tre la tyrannie de la moyenne. Dans un monde mouvant fait de changements permanents, l’entreprise a besoin de tels profils pour se reconfigurer en permanence.

Cessons de crier au loup. La notion de «meilleur» ou de «haut potentiel» ne s’analyse plus aujourd’hui au regard d’une performance individuelle, mais plutôt au vu d’une interaction entre des personnalités talentueu­ses et différentes, capables de régénérer l’or­ga­nisation. Les professeurs en management Sé­bastien Ronteau et Thomas Durand insistent sur le fait que la diversité constitue une manière de porter la contradiction au sein du groupe(6). C’est cette diversité qui permettra d’instaurer au sein de l’organisation une cul­ture d’innovation permanente faite d’agilité, d’ouverture, de droit à l’erreur, etc.

Mais cette culture – que tout le monde appelle de ses vœux – ne s’enracinera pas tant qu’on continuera à donner la préférence à des clones sans saveur ni odeur. Alors, face à un vrai potentiel, faites le pari de la diversité plutôt que de claquer la porte de la bergerie de peur que le loup n’y entre.

Propos recueillis par Eve Ysern

Bibliographie :

1. William Genieys, Sociologie des élites, Armand Colin, 2011.

2. Oumaya Hidri, «Qui se ressemble s’assemble…», Formation Emploi, n° 105, janvier-mars 2009, pp. 67-82.

3. Serge Moscovici, Psychologie des minorités actives, PUF, 1979.

4. Geneviève Paicheler, «Polarization of Attitudes in Homogeneous and Heterogeneous Groups», European Journal of Social Psychology, vol. 9, 1979, pp. 85-96.

5. Gary Hamel, Leading the Revolution, Harvard Business School Press, 2000

6. Sébastien Ronteau et Thomas Durand, «Comment certaines organisations innovent dans la durée», Revue française de gestion, n° 195, mai 2009, pp. 111-137.

Adulte et hyperactif

On a longtemps cru qu’ils étaient l’apanage d’enfants turbulents, mais les troubles du déficit d’attention et l’hyperactivité touchent toutes les classes d’âge. Près de 4% des personnes majeures seraient atteintes.

Ils oublient leurs clés, ne terminent jamais ce qu’ils ont commencé, sautent du coq à l’âne lors des conversations ou ne supportent pas l’idée de se retrouver dans une file d’attente. Bienvenue dans le monde des adultes atteints de TDA-H, entendez du trouble du déficit d’attention et/ou hyperactivité ou encore «tada», comme on l’appelle couramment. Dépisté chez l’enfant, ce mal l’est plus rarement chez les grands. Il faut dire que jusqu’il y a peu, on pensait qu’il disparaissait à l’adolescence.

La réalité est bien différente et rattrape parfois sans crier gare les supposés anciens hyperactifs. Elle débusque aussi ceux qui avaient passé entre les gouttes, mettant en exergue un comportement social ou professionnel difficilement compatible avec les exigences de la vie adulte. Absence de concentration au travail, incapacité à payer ses factures dans les temps, procrastination, désorganisation, irritabilité, impulsivité, font partie du b.a.-ba. Souvent, après un parcours en dents de scie, voire une dépression, le verdict tombe: «tada»!

C’est ce qui est arrivé à Renaud, jeune homme de 31 ans actif dans les ressources humaines d’une entreprise neuchâteloise.

A 28 ans j’ai commencé à me demander où j’allais, pourquoi je n’arrivais pas à me fixer dans un job et ne terminais pas ce que j’entreprenais.»

Quelques séances plus tard auprès d’une psychologue, il doit se rendre à l’évidence: il souffre d’un déficit de l’attention et d’hypoactivité.

Un trouble qui persiste avec l’âge

Son cas est loin d’être isolé. Selon les chiffres, 4% des adultes seraient atteints contre 6% des enfants, preuve que le trouble ne disparaît pas une fois franchi le cap de l’adolescence. «On l’a longtemps cru, mais c’est faux, relève Nader Perroud, médecin adjoint aux HUG, responsable du programme Troubles de la régulation émotionnelle (TRE) qui accompagne des personnes atteintes de TDA-H et coauteur d’un ouvrage sur la question*. Dans 70% des cas, il persiste chez l’adulte.» Son hérédité a aussi été mise en exergue, poursuit-il, même si on est encore loin d’avoir trouvé le gène responsable.

D’où la nécessité d’une prévention accrue et d’un accompagnement des adolescents intensifié, plaide Michel Bader, psychiatre lausannois spécialiste de la question. En particulier chez les jeunes femmes, dont le diagnostic de TDA-H est cinq fois mois courant durant l’enfance que chez les garçons. Non pas qu’elle soient moins touchées, précise Nader Perroud, mais parce que les garçons externalisent davantage leurs difficultés: «Chez eux le trouble sera plus facilement visible car ils ne tiennent pas en place à l’école, tandis que les filles ont tendance à rester en retrait.»

Maman d’une fille atteinte de TDA-H et mariée à un homme lui aussi touché, Daniela Brustolin, confirme.

Durant la journée, tout se passait plus ou moins bien à l’école, mais à peine arrivée à la maison, ma fille se mettait à sauter partout. Elle était comme un fauve qu’on venait de lâcher.»

Lorsqu’on lui demande comment se passe la vie au contact de ces deux hyperactifs la réponse fuse: « C’est épuisant! Mon mari éprouve beaucoup de difficulté à attendre, coupe la parole, part dans tous les sens lors des conversations. Parfois, cela devient insupportable. Quand je suis trop fatiguée, je dis «stop!»

Une approche pluridsiciplinaire

Aujourd’hui coach professionnel, elle suit des adolescents et de jeunes adultes souffrant de TDA-H: «La première chose que je fais est de recharger leurs batteries, car ils ont souvent été mis en marge durant leur scolarité. Il faut ensuite essayer de comprendre leur fonctionnement afin de mettre en place un accompagnement adapté, car il ne sert à rien de demander à une personne ayant un déficit de l’attention de se concentrer.» Planification, finalisation et gestion du temps, stratégies compensatoires pour éviter de laisser l’esprit vagabonder, tels sont les points travaillés.

A cela s’ajoute la médication qui peut entraîner d’excellents résultats, relève Michel Bader. Ces psychostimulants, dont la molécule de base est le méthylphénidate, ont pour nom Ritaline, Concerta, Medikinet ou encore Equasym, et ont une action sur les capacités d’attention et de contrôle.

Alors, Ritaline pour tout le monde? Pas forcément, répond le psychiatre: «Il importe d’avoir une approche pluridisciplinaire et d’adapter le traitement en fonction de la personne et de son évolution.» Il est toutefois rare que les adultes renoncent à essayer une médication, même si 30 à 40% n’y répondront pas, observe pour sa part Nader Perroud.

Bonne nouvelle, si le TDA-H ne disparaît pas avec le temps, il est tout à fait possible de réussir sa vie en ayant une hyperactivité ou un déficit de l’attention, constate Michel Bader: «Cela implique de bien connaître son fonctionnement et ses ressources.»

Texte © Migros Magazine – Viviane Menétrey

Surdoués mais vulnérables: le mal-être des adultes « zèbres »

Angoisses, dépression: les adultes surdoués et non repérés peuvent être en grande souffrance
Angoisses, dépression: les adultes surdoués et non repérés peuvent être en grande souffrance
Photo: Shutterstock

(AFP) – Hypersensibles, leur cerveau est un bolide et leur QI frôle les sommets. Un atout mais aussi une souffrance pour certains « zèbres », des adultes à haut potentiel intellectuel qui, à l’instar d’enfants surdoués, pâtissent de leur différence et d’un sentiment de décalage avec la société.

Une partie d’entre eux, impossible à dénombrer en l’absence d’étude épidémiologique, souffre « d’une manière terrible, avec à la clé des échecs successifs à tous les niveaux de leur existence, en particulier professionnel », assure Bruno Choux, 59 ans, coordinateur pour la région Provence-Alpes-Côte d’Azur de la jeune association Zebr’Adultes.

Des parcours chaotiques

« J’en peux plus de voir autour de moi des dizaines de personnes qui sont testées zèbres et qui se retrouvent à 30 ans, 40 ans, 50 ans, au Smic, dans des parcours professionnels où ils n’avancent pas », insiste cet architecte, qui a découvert sa douance (surefficience intellectuelle, ndlr) sur le tard et à qui on a souvent conseillé, dans sa jeunesse, de laisser tomber les études après quatre redoublements.

Des parcours chaotiques évoqués aussi lors d’un récent colloque à Vitré (Ille-et-Vilaine), où une psychologue intervenant auprès de chômeurs en difficulté confiait repérer parmi eux « pas mal de zèbres, pas la majorité, mais beaucoup ». « Et ils tombent de l’arbre quand je leur en parle! », poursuivait-elle.

Et pour cause, car le profil des adultes surdoués ne colle pas vraiment avec le mythe du génie, brillant et sans soucis.

Connexions ultra-rapides

Dotés d’un quotient intellectuel très élevé, d’au moins 130 quand la moyenne est de 100, les adultes surdoués possèdent surtout, dès la naissance, un fonctionnement cérébral atypique.

Une manière de penser réunissant à la fois des caractéristiques intellectuelles et psychoaffectives, explique Jeanne Siaud-Facchin, psychologue clinicienne spécialiste des surdoués, à l’origine de la création de Zebr’adultes.

Autrement dit, leur grande puissance intellectuelle, due à des connexions neuronales ultra-rapides, est indissociable d’une grande sensibilité, source de vulnérabilité, qui les conduit parfois à vivre une broutille comme un « cataclysme ».

Une sensation d’isolement et de décalage

Cette mécanique particulière – attestée par les neurosciences et qui explique aussi leur pensée « en arborescence », très foisonnante mais difficile à faire partager – « peut donner énormément de force, des leaders incroyables capables de mobiliser les autres et, en même temps, crée souvent une sensation de solitude, d’isolement, de décalage », précise la psychologue.

Un mal-être qui va « de la personne qui se sent toujours un peu angoissée, déprimée, jusqu’à des dépressions sévères, des hospitalisations pour des tentatives de suicide, des burn-out, des troubles anxieux généralisés majeurs, une incapacité à s’insérer dans le milieu professionnel », témoigne Jeanne Siaud-Facchin.

« On épuise tout le monde, on se met en marge »

« Le monde du travail est souvent très difficile » pour les adultes surdoués, reconnaît Muriel Lussignol, présidente de Zebr’adultes, créée en janvier dernier et qui regroupe plus d’une centaine d’adhérents, de « l’étudiant à des mamies de 70-80 ans ».

Ils y « souffrent d’un manque de reconnaissance, ne comprennent pas pourquoi ils sont laissés de côté, pourquoi leurs idées ne sont pas exploitées, pourquoi on ne s’appuie pas sur eux », détaille-t-elle.

Outre l’ennui « parce qu’ils ont dix coups d’avance sur ce qui va se dire » en réunion, ils « peuvent passer pour arrogants quand ils expriment leur pensées », poursuit-elle.

« On a des idées atypiques, c’est probablement la force des zèbres mais, au bout d’un moment, on épuise tout le monde, on se met en marge », raconte Bruno Choux, en soulignant également « le manque de confiance en soi chronique ».

Le syndrome de l’imposteur

Et c’est sans compter sur le syndrome de l’imposteur, très fréquent et parfois paralysant chez les adultes surdoués.

« L’alchimie subtile entre une lucidité aiguisée et une sensibilité exacerbée fait que le surdoué doute toujours: il y a une autocritique qui se met en place en permanence, l’impression qu’on n’est pas à sa place et que les autres vont se rendre compte qu’on est beaucoup plus nul » que ce qu’ils pensent, analyse Jeanne Siaud-Facchin.

« Un truc de fou! », confirme Benjamin Tardif, 31 ans, chef d’entreprise et président de l’association de surdoués Mensa France, en se remémorant son début de carrière, dans une société de jeux vidéo: « je me disais toujours: il faut que je m’en aille, ils vont se rendre compte que je suis mauvais », témoigne-t-il. Une fois parti, il sera remplacé par… trois personnes.

Des parents qui se reconnaissent et qui s’effondrent

Un syndrome qu’il parviendra à surmonter notamment grâce au repérage de sa douance à 23 ans, après une première dépression à 6 ans. « Ça a été un boost, je me suis dit que j’avais moins de chances d’échouer qu’un autre donc que je pouvais aller encore plus loin », se félicite-t-il, en précisant ne jamais s’être « senti au-dessus des autres, juste différent ».

Le diagnostic, « parfois douloureux » pour Muriel Lussignol, « est une façon de resituer son histoire, en se réconciliant avec soi-même », estime de son côté Jeanne Siaud-Facchin. Elle s’est notamment intéressée aux adultes à haut potentiel en voyant des parents, venus consulter pour les difficultés scolaires ou comportementales de leur enfant, « s’effondrer » à l’annonce de la douance de celui-ci, se reconnaissant finalement dans son parcours.

« Il y a de plus en plus de choses mises en place pour les enfants surdoués (…) mais pour les adultes, je trouve qu’on est encore très loin du compte », regrette Muriel Lussignol, dont l’association veut alerter les pouvoirs publics sur ce « gâchis énorme de potentiels en France ».

Source

http://www.wort.lu/fr/lifestyle/en-decalage-surdoues-mais-vulnerables-le-mal-etre-des-adultes-zebres-56bd96560da165c55dc52be6