Haut potentiel: ces esprits décalés qui boostent la société

Par Lucie Lavigne. Illustrations Caät Fradier.

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Source : http://www.lesoir.be/735685/article/victoire/2014-12-16/haut-potentiel-ces-esprits-decales-qui-boostent-societe

Les personnes à haut potentiel ont un cerveau qui fonctionne à plein régime, une sensibilité exacerbée, et une impression de vivre perpétuellement en marge. Et si cette différence nourrissait la société de demain ?

Le cerveau d’un HP est en ébullition permanente. Les IRM effectuées sur ces personnes confirment cette forte activité, avec une multitude de connexions neuronales qui se traduisent par une pensée en arborescence : une idée en entraînant une autre, puis une autre… Alors que chez les non-HP, seule une zone spécifique du cerveau s’anime par fonction, par exemple celle du langage pour traiter une information.

Chez le surdoué, penser, c’est vivre. Il n’a pas le choix. Il ne peut arrêter cette pensée puissante, incessante qui, sans relâche, scrute, analyse, intègre, associe, anticipe, imagine, met en perspective… Aucune pause. Jamais. Alors, il pense sur tout, tout le temps, intensément. Avec tous ses sens en alerte, explique la psychologue et auteur de livres sur le sujet, Jeanne Siaud-Facchin (1). C’est un petit vélo qui tourne sans cesse dans la tête. J’ai toujours vécu à cent à l’heure, en utilisant ce petit vélo au maximum, ce qui m’a permis de créer mon école, confirme Véronique Meunier, 49 ans, qui a réussi à réaliser ses rêves malgré les critiques dont elle a fait l’objet. Il y a vingt ans, elle a donc créé Les Ateliers de la Chaise Musicale, une école de musique bruxelloise, caractérisée par sa pédagogie différente, davantage axée sur des activités ludiques et créatives que sur un apprentissage basé sur la compétition. L’école proposant aussi un éveil musical dès l’âge de 7 mois. On me disait qu’un bébé n’en avait rien à faire de la musique, que je faisais cela pour l’argent, que c’était délirant. Et moi, j’étais convaincue qu’il s’agissait d’un moyen de renforcer les liens parents-enfants et d’un bénéfice à apporter aux petits.

Penser sur le mode Wikipédia

Cette arborescence de la pensée, c’est comme Wikipédia, explique encore la directrice de la Chaise Musicale. Je consulte le site pour comprendre un mot ou un événement, comme le krach boursier, et je me retrouve dans le fin fond de l’Australie dans les années 60, sans savoir comment j’y suis arrivée. Ce sont des hyperliens sur tout et c’est comme ça dans ma tête également. La comparaison avec la plateforme de cette encyclopédie participative en ligne est édifiante. Les cerveaux des HP tournent non seulement à plein régime, mais ils créent aussi une multitude de liens entre les choses, que d’autres ne perçoivent pas forcément. Avec une difficulté qui consiste quelquefois à expliquer aux non-HP ce qu’ils perçoivent comme évident. Côté bonus, il s’agit d’un moteur qui leur permet d’être extrêmement créatifs, innovants et de se surpasser. Quel est le bénéfice de cette différence ? Une capacité à pouvoir travailler plus vite et facilement sur différents sujets à la fois. Cela me permet de produire plus au niveau professionnel. Mais je suis aussi très attentif à des détails que d’autres ne perçoivent pas forcément, avec une capacité à m’émerveiller facilement et un besoin de trouver sans cesse de nouvelles idées. J’ai tendance à un peu charger la barque pour ne pas m’ennuyer, explique Serge Ruyssinck, 48 ans, qui cumule son job de réalisateur à la RTBF à la gestion d’événements pour la chaîne et à des prestations pour Eurosport, à Paris.

Une sensibilité accrue

Il y a quelques années, Serge Ruyssinck a poussé la porte d’un centre d’évaluation des personnes à haut potentiel, parce qu’il se rendait compte de sa mauvaise gestion émotionnelle, particulièrement dans sa vie privée. Guère étonnant : l’hypersensibilité est l’une des caractéristiques de cette différence. Avant, je me laissais submerger par mes émotions. Je n’acceptais pas que les autres soient moins rapides que moi, cela m’irritait lorsqu’on ne comprenait pas vite ce que je racontais, confie le réalisateur, qui estime s’être “ assagi ” en saisissant mieux les différences comportementales et émotionnelles propres aux HP. Aujourd’hui, son sens de l’empathie lui permet d’être à l’écoute de ses collaborateurs au niveau professionnel, mais aussi dans ses relations amicales. Un atout, selon lui. Mais pour en arriver là, il faut parfois avoir fait du chemin. J’étais quelqu’un de très empathique, une éponge à émotions, je ressentais la souffrance d’autrui, même s’il ne l’exprimait pas, explique de son côté Véronique Meunier, révélée HP dans la foulée d’une demande de diagnostic pour son petit garçon. Depuis que j’ai pris conscience que cette sensibilité fait partie des spécificités des HP, j’ai réussi à développer des mécanismes de protection et ça, c’est extraordinaire, car je prends moins sur moi, avoue-t-elle.

Précurseurs du monde de demain ?

En dehors des politiciens ou artistes en tout genre, que deviennent les HP à l’âge adulte et qu’apportent-ils de différent à la société ? Tout dépend de l’âge de leur diagnostic. Lorsqu’ils prennent conscience de leur altérité cognitive et qu’ils l’acceptent, ils passent généralement par une phase de reconstruction de leur personnalité et réalisent alors de grandes choses dans leur domaine de prédilection. La révélation de leur douance joue souvent un rôle de catalyseur identitaire, ce qui leur permet d’avancer et d’entreprendre. Une personne à haut potentiel qui assume sa différence va être à l’avant-garde de la création, de la recherche, de l’innovation et des idées. Pour être créatif, donc ne pas refaire systématiquement tout ce que les autres font, il faut être un peu rebelle et avoir un sens critique fort développé, ne pas croire tout ce que l’on nous dit. Le monde avance grâce à ces personnes aux idées hors du commun, qui voient des problèmes là où les autres n’en voient pas et qui imaginent des solutions. Les HP sont des gens qui veulent faire avancer le monde ou, au minimum, apporter leur pierre à l’édifice, y compris dans les domaines les plus anonymes. Mais ne nous cachons pas : il y a des “ nids à HP ”, notamment dans les milieux artistiques et médiatiques. La plupart des gens connus le sont, explique Thierry Biren.

QI élevé et HP, quelle différence ?

Les HP sont-ils des surdoués ? Ont-ils tous un QI plus élevé que la moyenne ? Selon le coach de l’association Douance, toutes les personnes dont le QI dépasse le score de 128 sont HP. Mais ce ne serait pas la caractéristique la plus importante à prendre en considération, car ce test d’intelligence très classique a été créé il y a un siècle pour servir de référence en la matière. Il peut s’avérer réducteur et finalement laisser passer des HP entre les mailles du filet normatif. Une personne qui aurait 125 de QI sera par exemple exclue du diagnostic classique, alors que ces quelques points de différence ont quelque chose d’artificiel, puisqu’il s’agit d’une échelle établie au siècle dernier !, explique le coach. Cela ne signifie pas que cette personne n’est pas HP. C’est pourquoi je préfère utiliser les tests qualitatifs pour établir mon diagnostic.

L’image que l’on se fait du surdoué à lunettes qui réussit ses études haut la main ne correspondrait finalement qu’à un tiers des HP. Ce sont généralement ceux qui sollicitent davantage leur cerveau gauche, axé sur le langage, le raisonnement et l’analyse, alors que le cerveau droit (que deux tiers des HP sollicitent en premier) est associé aux émotions, à l’intuition et à la créativité. La personne über-intelligente et efficace serait, en revanche, celle qui mobilise autant son hémisphère droit que le gauche avec, dans un premier temps, le débridement de la créativité qui s’enclenche, puis dans un second temps, la capacité d’exécuter point par point qu’elle a imaginé. C’est pour cela qu’il y a des juristes au Parlement qui font passer les propositions de lois imaginées par des politiciens dix ans auparavant !, commente Thierry Biren. Dans la pratique, la plupart des femmes et hommes politiques sont HP, d’où les débats houleux qui les opposent, car ils ont forcément des idées différentes qu’ils veulent défendre. Par rapport à cette guéguerre sur la place à accorder aux tests de QI, la psychologue Jeanne Siaud-Facchin précise que l’on confond souvent l’intelligence et la performance, les compétences et la réussite, ainsi que le potentiel et l’efficacité intellectuelle. Alors que selon elle, être HP équivaut avant tout à un comportement psychoaffectif particulier et à une intelligence différente des autres.

La vie en décalé

Beaucoup de HP vous le diront : ils se sont toujours sentis en décalage par rapport aux autres, ce qui n’est pas forcément facile à vivre. Du coup, certains ont développé un “ faux-self ”, c’est-à-dire une adaptation de leur identité profonde pour se fondre dans la masse. Un effet caméléon, inhibiteur de leur douance et souvent mal vécu… J’étais en décalage permanent avec tout le monde et la société. Pour moi, haut potentiel rimait avec hautement perturbée ! Une impression d’être “ trop ” dans tout et que les choses n’étaient jamais simples avec moi. J’avais la volonté de ne pas rentrer dans le rang, de ne pas rester prof dans le secondaire ou à l’académie, de ne pas obéir à des programmes qui ne me plaisaient pas, de pouvoir les créer moi-même. Je n’étais pas consciente que je faisais cela parce que suis HP, mais je savais que je voulais faire les choses autrement, explique Véronique Meunier. Des années plus tard, son école ne désemplit pas. Elle avait vu juste ! Et comme un zeste d’utopie ne fait jamais de mal, on peut se demander si le monde actuel ne serait pas en train de fonctionner un peu plus qu’auparavant selon des caractéristiques propres à l’hémisphère droit de notre cerveau, qui se traduisent actuellement par une envie croissante de changement sociétal, une dissémination de pratiques faisant appel à l’intelligence collective et à une débrouille créative ? Certainement !, atteste Thierry Biren. J’irais même plus loin en rappelant que nous vivons dans un monde de plus en plus visuel, grâce aux nouveaux médias. On fait donc aujourd’hui davantage appel à des parties de notre intelligence que nous possédions déjà, mais qui n’étaient pas autant sollicitées auparavant. Seul petit bémol : cette évolution n’est pas assez rapide pour ceux qui doivent encore s’adapter à un monde dont la logique de fonctionnement reste malgré tout celle de l’hémisphère gauche, de l’organisation et de la rationalité efficace… Une question de temps ?

(1) Auteure de plusieurs livres sur la douance, dont “ Trop intelligent pour être heureux ? L’adulte surdoué ”, éd. Odile Jacob, 2012, 320 p., 23,20 €.

Surdoués, une vie avec un cerveau en ébullition

Leur Q.I. hors normes nous fait rêver. pourtant, un cerveau qui tourne en permanence à grande vitesse n’est pas toujours un cadeau.
On les appelle « surdoués », « Haut QI », « Haut potentiel intellectuel ». Ils forment à peu près 2 % de la population. L’intelligence étant insaisissable au microscope, seul le QI global, imparfait et critiqué, permet d’étalonner ces aptitudes cognitives hors normes. Cependant, les rares études effectuées par IRM sur ces cerveaux surefficients les montrent en activité permanente, clignotant comme un sapin de Noël : une information simple provoque d’innombrables connexions neuronales, traduisant le fonctionnement caractéristique d’une pensée « en arborescence » à grande vitesse. Alors que chez 98 % de la population, seule une zone spécifique du cerveau, celle du langage par exemple, « s’allume » pour traiter cette information.  
On les pense comblés. Eux n’ont de cesse de gommer ou d’apprivoiser leur étrange différence. « L’angoisse m’a terrassé au collège et au lycée, je ne pouvais plus aller en classe pendant les crises. J’ai cherché une explication, une solution miracle, mais c’est la maturité qui m’a conduit vers le bien-être. J’ai dompté l’angoisse en ne laissant aucun vide par où elle pourrait entrer : des études de droit et de sciences politiques à Lyon, l’association Agora que j’ai fondée pour animer des débats d’actualité, le site internet Candidatarien.com, la page de rencontres entre étudiants Spotted Lyon 3… Je suis tout le temps sur la brèche », raconte Sébastien, 19 ans, détecté surdoué à 8 ans.
Suite de l’article

Cerveau en ébullition

Les maux inavoués des adultes surdoués

Ce matin, je partage un article du Monde de Sylvie Kerviel sur les surdoués et les difficultés qu’ils rencontrent. La filiation avec la gestion des talents est indirecte mais fait émerger des réflexions intéressantes.

Les surdoués sont des personnes qui présentent des aptitudes hors du commun qui les distinguent clairement du « commun des mortels ». Cet article montre bien que ce n’est pas forcément un avantage…. Il faut pour qu’ils puissent en tirer un avantage des conditions bien particulières.

De la même façon, beaucoup d’entreprises cherchent à recruter des « stars », c’est-à-dire des personnes qui ont démontré des capacités exceptionnelles dans un domaine donné. Ce que l’on oublie un peu trop souvent, c’est que le talent n’est pas une valeur absolue ! Ce n’est pas parce que l’on est « doué » dans un domaine que l’on est en mesure de réussir dans tous les environnements, dans toutes les entreprises, dans tous les pays, avec tous les managers….

Charge aux RH et managers de créer les conditions de travail qui permettront aux surdoués de l’entreprise de révéler leurs talents, dans l’intérêt commun de ces personnes et de l’entreprise.

Bonne lecture !

Pour lire l’article sur le site du Monde, cliquez ici

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Un sentiment de soulagement, de reconnaissance, et une reprise de confiance en soi. C’est ainsi que beaucoup d’adultes, tardivement diagnostiqués surdoués, décrivent ce qu’ils ont ressenti lorsqu’ils ont pu mettre un mot sur leur « différence ». Car, contrairement aux idées reçues, posséder une intelligence exceptionnelle n’est pas une garantie de bonheur et de réussite. Pas facile en effet de vivre en se sentant en permanence en décalage avec les autres, jugés trop lents, conformistes et sans fantaisie ; de supporter leurs moqueries, leur gêne, voire leur effroi face à une manière de penser, de réagir ou de s’exprimer différente.

La « surdouance », mot barbare utilisé pour désigner une intelligence hors norme et qui se caractérise par une curiosité insatiable, un mode de raisonnement arborescent (fonctionnant par association d’idées), une hyperactivité, une hypersensibilité, voire une extralucidité, concernerait environ un million d’adultes en France, selon les spécialistes. Si certains surdoués vivent très bien avec leurs aptitudes, d’autres sont en grande souffrance, se voient comme des marginaux, sont blessés de lire dans le regard des autres leur étrangeté.

« Avoir un QI élevé, ce n’est pas tellement être quantitativement plus intelligent que les autres, mais surtout avoir un fonctionnement qualitativement très différent au niveau intellectuel », souligne Jeanne Siaud-Facchin, auteure de Trop intelligent pour être heureux (éd. Odile Jacob, 2008). La psychologue surnomme affectueusement ses patients « les zèbres », animaux avec lesquels les surdoués partagent grâce et gaucherie.

C’est le cas de Geneviève Broutechoux, 52 ans, qui s’est résignée à quitter la France pour tenter de mener une vie meilleure en Angleterre où, dit-elle, « on considère les gens pour ce qu’ils font et non pour ce qui se dégage d’eux ». Diplômée d’HEC, elle a occupé en France plusieurs postes sans vraiment réussir à s’épanouir. « Je ne me suis jamais sentie à l’aise au sein d’une équipe. Cela m’irrite de constater que l’on n’évolue pas au même niveau. » Diagnostiquée surdouée récemment après des années de psychothérapie pour tenter de trouver« ce qui cloch(ait) » en elle, Geneviève a reçu cette révélation comme « une reconnaissance ». C’est en lisant le livre de Jeanne Siaud-Facchin puis celui de Monique de Kermadec L’Adulte surdoué (Albin Michel, 2011) qu’elle a compris d’où venait son mal-être. « Je me suis reconnue complètement dans les profils et les parcours retracés dans ces ouvrages », témoigne-t-elle. Un temps, elle projette de rejoindre l’association Mensa (« la table », en latin, qui regroupe des personnes à haut potentiel intellectuel et compte environ un millier d’adhérents en France), dans l’espoir de pouvoir dialoguer avec des gens susceptibles de la comprendre. Mais finalement y renonce.

A Londres, elle travaille actuellement dans le secteur de l’analyse d’opinions. « Je suis fine, je comprends très vite ce que les gens sont sans qu’eux-mêmes le sachent », dit-elle, doutant cependant de conserver ce poste longtemps. « Rien ne dure, à cause du décalage que je ressens entre moi et les autres », confie-t-elle. Sa vie sentimentale est également chahutée : « C’est difficile de rencontrer un homme réellement à la hauteur. » Quand elle regarde en arrière, elle dit ressentir« une immense détresse » « On peut souffrir d’une mauvaise estime de soi tout en étant certain d’être quelqu’un de bien », résume-t-elle.

« Les adultes que je reçois ont longtemps vécu avec leur différence secrètement, comme un aspect négatif de leur personne dont ils ne pouvaient parler, témoigne Monique de Kermadec. Lorsqu’ils découvrent qu’ils ne sont pas seuls, qu’ils ne souffrent pas d’une pathologie psychiatrique, c’est pour la plupart l’occasion d’un redémarrage », poursuit la spécialiste.

C’est souvent lors d’une consultation pour leur enfant que des adultes découvrent leurs « surdons ». En effet, si l’on diagnostique aujourd’hui très tôt les enfants à fort QI, ce n’était pas le cas il y a une trentaine d’années.

« Lorsque le psychologue a détaillé le fonctionnement de Mathilde, j’ai eu l’impression de retourner vingt-cinq ans en arrière, quand moi-même, enfant, je faisais des crises parce que je comprenais tout mais n’arrivais pas à répondre aux attentes des autres. J’ai fait le test peu après Mathilde. Il s’est avéré que je suis un surdoué qui s’ignorait », rapporte Clément, ingénieur trentenaire, père d’une fillette de 5 ans, qui a souhaité conserver l’anonymat. Depuis, il fréquente beaucoup les sites et forums spécialisés (notamment Lestribulationsdunpetitzebre.com, site créé par une mère partageant la surdouance avec son enfant). Il espère que le diagnostic précoce de Mathilde lui évitera une scolarité « chaotique » comme la sienne, jalonnée de redoublements et de passages dans le privé en dépit des « très grandes compétences » dont témoignent ses livrets scolaires.

Ce décalage entre des capacités supérieures à la moyenne et la difficulté à se conformer à des directives perturbe parfois tellement les études que l’élève se voit contraint de les arrêter. Adulte, il gardera un sentiment de frustration d’être passé à côté d’une belle carrière, « de ne pas avoir pu trouver sa place », explique Monique de Kermadec.

Agé de 19 ans, Léonard (il a choisi de se dissimuler derrière ce nom emprunté à un personnage de théâtre qu’il affectionne) a eu une scolarité douloureuse mais, depuis qu’il se sait surdoué, il s’investit avec « davantage de confiance » dans sa prépa HEC. Lorsque l’on rencontre ce fin jeune homme au regard clair, on est touché par la passion qui l’anime et le soin qu’il met à chercher le mot juste pour raconter son histoire.

« Déjà petit on me disait que je parlais comme les adultes. D’ailleurs je n’étais bien qu’avec eux », dit-il. Très tôt des interrogations l’obsèdent : « Suis-je marginal ? Suis-je plus bête que les autres ? » Emotif, il « absorbe la souffrance des autres comme une éponge ». En classe, on lui reproche d’être « trop cérébral », de « trop se disperser ». Il mène néanmoins son chemin cahin-caha, redouble sa 1re, décroche son bac. La révélation, à 18 ans, de sa surdouance a agi « comme un coup de fouet », même si une insatisfaction demeure : « Je pense toujours que je pourrais faire mieux », dit-il, avouant traverser encore des phases de dépression.

«  Le regard porté sur les enfants surdoués a beaucoup évolué ces quinze dernières années, observe Monique de Kermadec. J’espère que pour les adultes, confrontés à une certaine méfiance quand ce n’est pas du rejet, il va désormais pouvoir évoluer aussi favorablement. »

Sylvie Kerviel

www.lestalentsdalex.com/2012/05/le-monde-les-maux-inavoues-des-adultes-surdoues/

Comment mieux intégrer les surdoués dans l’entreprise

Par Laurance N’kaoua
En France, ils seraient 1,2 million. Surdoués, avec un QI supérieur à 130, contre une moyenne de 100 et des qualités impressionnantes. A commencer par l’intelligence et la rapidité d’exécution, ou encore, pêle-mêle, des capacités d’autonomie, d’enthousiasme, de curiosité, de créativité, de motivation, de mémoire… De quoi, sur le papier, séduire plus d’un DRH.

Et pourtant ! « Les surdoués ne sont pas toujours des cas de réussite professionnelle », observe Michel Prudhomme, président du cabinet L’Espace Dirigeants. D’ailleurs, un tiers d’entre eux sortent du système scolaire sans bagage. A l’instar de Steve Jobs, emblématique fondateur d’Apple et de Pixar, qui abandonna, par ennui, ses études à l’université de Reed. D’autres accumulent les diplômes. Le palmarès de Christiane Warrot-d’Adhémar, ex-dirigeante notamment chez Lafarge, en témoigne : hypokhâgne, études d’économie, troisième cycle d’informatique et de gestion, diplôme d’ingénieur, master en histoire de l’art…

Car ces êtres hors norme ont des profils hétéroclites, variant au gré de leurs dons, de leur éducation ou de leur vécu. Mais tous ont un point commun : ils peinent à se fondre dans la masse. Pis ! « En entreprise, l eurs atouts leur sont souvent reprochés par une hiérarchie qu’ils déroutent car le regard qu’ils portent sur le monde les rend différents », affirme la psychologue clinicienne et psychanalyste Monique de Kermadec, auteur de « L’Adulte surdoué, apprendre à faire simple quand on est compliqué » (Albin Michel).

Aux yeux de cette spécialiste des surdoués, ils en souffrent. D’autant que leurs singularités engendrent des idées erronées. « Croire qu’un surdoué est omniscient, qu’il surmontera les problèmes avec le temps, qu’il a une image positive de lui-même ou qu’il comprend ce qu’être surdoué signifie, sont autant d’idées fausses qui les freinent, alors qu’ils pourraient être des collaborateurs précieux et innovants », poursuit-elle.

Des fragilités
C’est tout le paradoxe. Car leurs dons sont assortis de fragilités : « T out, dans ces profils, est décuplé », commente Thierry Brunel, porte-parole de l’association Mensa, qui fédère 140.000 surdoués dans le monde. Quête de sens, intensité, originalité, sensibilité (y compris aux odeurs ou aux couleurs), émotivité… sont exacerbées. Leur intelligence accroît aussi leur aptitude à percevoir les failles, générant perfectionnisme et doutes. « Ce sont de superbes mécaniques cérébrales, mais ils peuvent souffrir, par exemple, d’un excès d’analyse, qui se traduit par une difficulté à décider », remarque Michel Prudhomme. De même, leurs atouts sont parfois source d’instabilité professionnelle : beaucoup quittent leur poste par ennui ou faute d’avoir été écoutés par leur hiérarchie. « Tant que l’entreprise leur confie des défis complexes, ça va. Mais ces tâches à peine résolues, ils peuvent devenir un problème », ajoute Michel Prudhomme.

Car « l’entreprise est d’abord une communauté. L’action y est toujours collective », estime Hervé Dufoix, DRH de l’Afpa. Le regard des autres est sans concession. Dans une équipe, les surdoués sont souvent perçus comme décalés, voire « ingérables ».« Un brillant bosseur ira parfois beaucoup plus loin qu’un surdoué », résume Thierry Brunel.

Le rythme et les codes de l’entreprise ne sont pas toujours adaptés. « Souvent, les adultes surdoués éprouvent une grande désillusion en arrivant dans le monde du travail, où ils pensaient pouvoir donner le meilleur d’eux-mêmes. Mais la lenteur même de la progression dans la hiérarchie et leurs responsabilités trop réduites font qu’ils ne sont pas reconnus, analyse Monique de Kermadec. Et s’il n’y a pas d’interaction positive entre l’adulte surdoué et son cadre de travail, l’équilibre entre ses talents et ses vulnérabilités est perturbé.»

Sous-exploités
Des remèdes existent. Ils passent par une prise de conscience, de la hiérarchie et des surdoués eux-mêmes. « Soit les DRH en sont informés et peuvent les accompagner, soit cela se termine en gâchis, car ils sont sous-exploités ou mis à l’écart », estime Thierry Brunel. Les écueils sont légion car plus de 90 % des surdoués s’ignorent. « Un commercial ou un ingénieur exceptionnels ne seront pas forcément décelés grâce à un test de QI, car d’autres intelligences interviennent », insiste Monique de Kermadec. D’autant que beaucoup sont conscients de leurs imperfections : « Lorsque j’ai enfin fait tester mon QI, je me suis dit qu’ils s’étaient trompés , avoue Thierry Brunel. Et i l est plus rassurant d’être comme tout le monde.D’ailleurs, un manager ne devra jamais sous-estimer les fragilités d’un collaborateur surdoué, ni son envie de ressembler aux autres. »

Des tâches leur correspondent davantage. « Ces populations hypersensibles sont souvent plus adaptées à des postes d’experts qu’à un rôle d’encadrement. L’erreur classique d’un DRH est de les promouvoir managers sans les y avoir préparés », poursuit-il.

Certains optent pour le camouflage. A l’image de ce patron de filiale, qui après avoir intuitivement compris ce qu’il fallait demander aux actionnaires s’oblige à reconstruire un raisonnement fictif pour les convaincre. Ou de ce cadre qui a fini sa journée en deux heures mais s’applique à le cacher.

Les employeurs, aussi, ont un rôle à jouer, en privilégiant, par exemple, le « mentoring ». Aux yeux de Christiane Warrot-d’Adhémar, désormais coach, l’équation est sans détour : « Les surdoués doivent apprendre à être eux-mêmes en se sachant différents. Et dans une économie centrée sur l’innovation, les entreprises ont tout à gagner en conjuguant les différences.»

Par Laurance N’kaoua

 

http://m.lesechos.fr/redirect_article.php?id=0202274634447

Au secours, je suis trop intelligent !

Écouter l’émission de France Inter…

Au secours, Je suis trop intelligent !

Ce mercredi, Ça va pas la tête ! s’intéresse aux adultes surdoués

Dans les librairies, foisonnent quantités d’ouvrages consacrés aux adultes surdoués. Parfois trop intelligents et sensibles pour être totalement heureux…

Ces personnalités surdouées ont quelquefois du mal à trouver leur place. Au travail, dans leur famille, au sein de leur couple ou avec leurs amis.

Alors comment reconnaît-on un adulte surdoué ? Comment perçoit-il le monde ? Comment s’intègre-t-il dans un environnement parfois hostile ou indifférent ? Les enfants précoces deviennent-ils forcément des adultes surdoués et surtout, comment devenir un surdoué heureux ?

Et puis nous explorerons quelques séries télé qui mettent en scène des héros surdoués, des geeks de The Big bang Theory, aux multiples déclinaisons de Sherlock Holmes, d’Elementary à Dr House

Wyatt, 25 ans, surdoué : “Comment j’ai raté ma vie”

Wyatt est surdoué. Vous ne le comprenez pas. Vous le trouvez weird. Pas de souci les mecs : en fait il a l’habitude. Sauf qu’aujourd’hui, il en a marre : Wyatt a décidé de s’exprimer sur ce que c’est vraiment que de se sentir aussi inadapté.

Pour lire son témoignage, très touchant… cliqué sur le lien…

Témoignage de Wyatt

 

(Crédits image : Emily Fluen)

« Mettre un surdoué sous un manager moyen, bosseur et politique est catastrophique »

expliquent Thierry Brunel et Arielle AddaPar  – Publié le

 

Dans « Adutes doués et sensibles, trouver sa place au travail et s’épanouir », Thierry Brunel et Arielle Adda décortiquent la difficulté pour certains adultes surdoués à s’insérer dans le monde professionnel. Ils nous éclairent sur les raisons de cette difficile intégration au monde moyen et indiquent quelle voie l’entreprise pourrait trouver pour les aider et bénéficier de leur talent. 

L’Usine Nouvelle – Pourquoi ce livre ? Etre surdoué, ou être « une personne douée » selon la nouvelle terminologie que vous utilisez, ne suffit-il pas pour réussir ? 

Thierry Brunel – Chez les personnes douées, les fragilités sont aussi abyssales que les capacités sont grandes. Il existe trois grands types de décalages entre eux et le monde professionnel. Le premier tient à un problème de compréhension. C’est comme dans le conte d’Andersen, « Le vilain petit canard » : le doué est comme un cygne qui vit parmi les canards. Il imagine que le canard pense comme lui. Le deuxième décalage tient aux difficultés relationnelles. La personne douée est plus sensible, elle surréagit. Enfin et surtout, ce que j’appelle leur ancrage identitaire est souvent problématique. Même si cela peut sembler étonner, chez certains d’entre-eux, le fait d’être différent a été problématique, ils en ont eu honte. Ce sont des personnes qui doutent beaucoup. Ils ne perçoivent pas toujours qu’ils sont forts là où ils le sont. En revanche, ils voient leurs points faibles avec une acuité particulière… car ils sont doués.

 

Arielle Adda – Je reçois depuis longtemps des adultes doués qui ne sont pas toujours bien dans leur travail. Ils ne se vivent pas comme les meilleurs. On ne sait pas qu’on est doué. Quand ils font un test pour mesurer leur intelligence, certains refusent de croire le résultat, ils ne veulent pas être différents.

Pour quelles raisons ?

T.B. – J’ai observé que les gens n’ont souvent aucun problème à se dire sensibles. S’affirmer tranquillement comme personne douée est beaucoup plus compliqué. Or, le but à atteindre est l’affirmation tranquille de la différence assumée. Il ne s’agit pas de dominer les autres.

A.A. – Etre doué peut être pénible à vivre. Cela fait « je me crois supérieur aux autres ». Comme c’est hors norme, on risque vite de passer à anormal.

Ce que votre livre montre aussi, c’est que ces difficultés dans la vie professionnelle sont d’autant plus difficiles à surmonter pour certains qu’elles renvoient à un vécu compliqué dans la sphère scolaire.

T.B. – Les enfants doués réussissent bien jusqu’à la classe de cinquième ou de seconde. Ces deux moments sont difficiles, car eux qui avaient de bons résultats sans trop travailler, doivent trouver une méthode. D’un coup, ils prennent conscience qu’ils n’ont pas cette méthode. Avec ce livre, nous avons voulu que les personnes qui sont dans ces situations de souffrance, de difficultés, sachent qu’ils n’y a pas de fatalité. La résilience peut aller très vite.

A.A. – On ne naît pas adulte doué, on a été un enfant doué. Certains sont épuisés par les efforts qu’ils doivent faire en permanence, ils se cachent en quelque sorte. Je recevais à mon cabinet une petite fille très douée, qui avait notamment un vocabulaire d’une très grande richesse pour son âge parce qu’elle aimait lire. Elle m’a expliqué que, selon son interlocuteur, elle n’employait pas les mêmes mots ni les mêmes tournures. Elle s’adapte.

Dans la vie professionnelle, les difficultés sont-elles les mêmes pour toutes ces personnes ?

A.A. – Le contexte familial va jouer un rôle. Certaines personnes douées n’ont jamais eu aucun les problèmes que nous avons évoqué jusqu’ici. Ils ont eu des parents qui les ont compris, les ont aidés, stimulés… Dans le monde du travail, c’est pareil. Tout va dépendre de l’ambiance de travail dans laquelle évolue la personne. J’ai eu un patient qui était très bien. Sa chef de service était elle-même une personne douée, elle avait recruté des gens qui lui ressemblaient. C’est une question de chance. Quand cette chef est partie, la situation s’est dégradée.

T.B. – Il arrive aussi que les personnes n’aient pas conscience de ces difficultés parce qu’elles changent souvent d’emploi. Typiquement, la personne douée s’ennuie au travail. Je connais une trésorière d’un très grand groupe, qui a terminé sa journée de travail deux heures après son arrivée au bureau. Le reste du temps, elle s’occupe comme elle le souhaite tout en préservant utilement les apparences.

Vous insistez beaucoup sur la sensibilité des personnes douées. Comment se manifeste-t-elle ?

A.A. – Hypersensibilité et personnes douées vont de pair. Ils comprennent les choses très vite. Notamment les non-dits. Ce sont d’ailleurs des personnes très intuitives. Cela peut être un atout dans le monde professionnel, ils n’ont pas un esprit moutonnier. Mais l’hyper-émotivité peut être aussi un handicap : ils doivent apprendre à se défendre de ce qu’ils éprouvent, ressentent.

Que peuvent faire les DRH pour faciliter leur vie professionnelle ?

T.B. – D’abord, il faudrait qu’ils prennent conscience de leur existence. Les équipes qui gèrent les hauts potentiels devraient être sensibilisées à cette question. Il faut apprendre à faire avec ces personnes qui, bien comprises, peuvent apporter une très grande richesse à l’entreprise. Notamment, je le répète, il faut faire attention à la façon dont on constitue les équipes. Mettre une personne douée sous la direction d’un manager moyen, gros bosseur et hyper politique c’est la catastrophe assurée.

Sur ce sujet, il y a malheureusement une spécificité française. Le sujet est plutôt tabou, notamment depuis Mai 1968. Aux Etats-Unis, les directions d’entreprises et d’administrations disposent de davantage de connaissances sur le sujet. Les équipes de recrutement sont formées. En France, les équipes chargées de la diversité devraient se saisir au plus vite de ce sujet.

L’entreprise a-t-elle vraiment besoin d’eux finalement ? N’est-ce pas une institution plus à l’aise avec les gens moyens ?

T.B. – Ce sont de vrais créateurs de valeurs. Et soyons réalistes, l’entreprise peut en tirer un plus grand parti car ce ne sont généralement pas des matérialistes forcenés.

A.A. – Ils ont l’Idée avec un I majuscule qui fait vendre. Ils sont intuitifs, c’est une richesse incroyable.

T.B. – Ce point est essentiel. Je connais un patron d’une entreprise de taille intermédiaire, qui, dans les années 2006-2007, a vu défiler dans son bureau tous les grands noms de la banque d’affaires qui venaient lui proposer des opérations avec effet de levier. Il a refusé toutes leurs offres les unes après les autres. Quand la crise en 2008 est survenue, il a racheté ses concurrents les uns après les autres et son entreprise est aujourd’hui le leader du secteur. A la différence d’autres chefs d’entreprises du secteur, il n’a pas eu peur d’avoir une pensée originale. Il a refusé d’être moutonnier. Vous imaginez la valeur de son intuition pour les actionnaires ! C’est un gâchis double d’avoir dans ses murs des personnes avec de tels potentiels inutilisés. La personne est malheureuse et l’entreprise ne bénéficie pas de sa compétence.

Propos recueillis par Christophe Bys

« Adultes sensibles et doués Trouver sa place au travail et s’épanouir, » Arielle Adda et Thierry Brunel, Editions Odile Jacob 23, 90 euros

Article Usine nouvelle

Adultes surdoués : comprendre leur différence

Intelligence exceptionnelle, QI élevé, raisonnement différent, aptitudes extraordinaires… Les surdoués ont, semble-t-il, tout pour réussir et être heureux. Pourtant, nombre d’entre eux souffrent. De leur différence, souvent mal vécue. D’un sentiment de décalage avec les autres. De difficultés à s’intégrer dans la société, qui ne les comprend pas toujours et qui a, à leur sujet, de nombreuses idées reçues…

Alors qu’ils représentent 2 à 5% de la population mondiale, certains ignorent d’ailleurs qu’ils sont surdoués. Tous n’ont pas été détectés enfants précoces et accompagnés pour développer leur don.

2015-06-11_17-06-16Mais heureusement, il n’est jamais trop tard pour le découvrir, et s’épanouir.

Monique de Kermadec, psychanalyste et spécialiste des surdoués, accompagne depuis des années ces personnes exceptionnelles, hors normes. Elle revient sur les fausses croyances qui entourent souvent les notions de douance, de précocité, et de réussite.

Quand à Hervé, 47 ans, il s’est découvert surdoué après que sa fille ait été diagnostiquée enfant précoce. Il raconte.

Dossier réalisé par Margaux Ramber

Pour lire quelques témoignages :

psychologie.com