Actes du colloque EIP95 du 6 Avril 2016

Le 6 avril 2016, j’ai eu la joie d’animer un atelier, en compagnie de Magalie Durand sur le thème suivant :

« Stratégies intuitives et désordre méthodologique :
La rééducation logicomathématique et l’étayage organisationnel à la rescousse ». 

Le détail de l’atelier est publié dans les actes du colloque…

 

actes

Cet ouvrage collaboratif est une mine d’informations pluridisciplinaires émanant du colloque EIP95 du 6 Avril 2016. Il a été rédigé par tous les intervenants qui font don de la recette à l’association PotentialDys  comme ils l’avaient fait de leurs prestations lors du colloque.

Vous pouvez commander ces actes au prix de 15 euros, hors frais de port ici ou aller les chercher au siège social de l’association : 54 rue National 95690 VAUREAL.

 

Il sera aussi disponible à la vente lors de chaque prestation de l’association PotentialDys .

Le cerveau d’un enfant varie selon la pédagogie qu’on lui applique

Dans la classe de Céline Alvarez.
Chercheuse en neurosciences cognitives affiliée à l’Inserm, Manuela Piazza a travaillé avec Céline Alvarez à l’école Jean-Lurçat de Gennevilliers.

« Je me suis rendue plusieurs fois dans la classe de Céline Alvarez pour observer les enfants, faire des tests, comparer leurs performances cognitives par rapport à la moyenne de la population française, en termes de lecture et de calcul. Non seulement leurs résultats n’étaient pas inférieurs à la moyenne, comme on aurait pu s’y attendre – la plupart de ces enfants étant d’origine immigrée, donc objectivement confrontés à davantage de difficultés – mais ils étaient supérieurs !

Regarder des images d’un cerveau d’enfant, par nature plastique et flexible, changer en fonction du type de pédagogie qu’on applique est très impressionnant. La question du stress, en tant qu’inhibiteur des acquisitions, n’est plus à démontrer. Il faut maintenant en tenir compte, faire par exemple en sorte que l’erreur soit reconnue comme une étape indispensable de l’apprentissage. La question de l’attention est un autre point à travailler en priorité : on n’avance pas si on continue de décider que ce jour-là, à cette heure-là, c’est telle chose qui sera apprise par tout le monde et rien d’autre. Prendre en compte les intérêts et le rythme de chacun n’est pas utopique, c’est une question de moyens et d’organisation. Le troisième axe, majeur, est de créer des classes mixtes, à l’exemple de celle de Céline Alvarez à Gennevilliers. Faire participer les plus grands à l’enseignement des plus petits. On sait en effet qu’essayer de transmettre une connaissance constitue, en soi, un moment crucial de l’apprentissage.

Les neurosciences sont les seules à pouvoir nous renseigner sur la complexité de l’être humain. Bien sûr, nous n’en sommes qu’au début de nos découvertes et sommes loin d’avoir trouvé la « recette » idéale des apprentissages. Il revient à chaque enseignant de faire avec son propre talent, et sa créativité. Mais nous sommes sur la bonne voie — celle dont Maria Montessori avait eu l’incroyable intuition. La publication par la revue Science, en 2006 et 2011, de deux études solides prouvant la pertinence de sa pédagogie le confirme. Depuis, l’Opera nazionale Montessori (l’association officielle créée à Rome par Maria Montessori de son vivant) est incroyablement sollicitée pour former des enseignants dans le monde entier. Notamment aux Etats-Unis. Même en Chine, qui, longtemps, a massacré ses enfants pour en faire des ultraperformants. Le pays s’est rendu compte qu’il avait fait fausse route et que ses procédés éducatifs n’étaient finalement pas si « rentables ». »

Une conférence de Céline Alvarez sur les compétences exécutives de l’enfant. D’autres vidéos sont disponibles sur la chaîne Viméo de la chercheuse.

Être trop doué, un frein pour sa carrière


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Promouvoir des clones dociles et couper les têtes qui dépassent… La frilosité et l’instinct de conservation de nos élites les conduisent à faire barrage aux profils originaux et brillants. Au passage, elles sacrifient un facteur de richesse essentiel à l’entreprise : la diversité. L’analyse de Michel barabel et Olivier Meier, directeur du laboratoire de recherche Dever Research, co-auteurs de Manageor (Dunod).

Être brillant ne serait pas toujours payant. La recherche a montré en effet que les très bons éléments ont tendance à plafonner ou, pis, à être mis d’office sur le banc de touche. Un constat qui va à l’encontre des idées reçues et questionne la sin­cérité de la fameuse «chasse aux talents» dont les entreprises ont fait leur leitmotiv depuis quelques années. Appâter les meilleurs, chouchouter les hauts potentiels, s’entourer de cadors… En fait, le discours officiel sonne un peu creux quand on y regarde de près. Et mas­que une réalité inavouable, puisque les études prouvent que se montrer trop doué constitue en fait un frein à une belle carrière.

Conformité contre compétence. Précisons d’abord qu’il y a bon et bon. Pour schématiser, on pourrait classer les talents en deux catégories. D’un côté, on a le «premier de la classe» ou le bon à la française. Diplômé d’une grande école, il dispose d’une grosse capacité de travail, sait se conformer aux règles et maîtrise le bachotage comme personne. De l’autre, on a le bon atypique, qui rentre moins facilement dans les cases : il a un portefeuille de compétences à forte valeur ajoutée pour l’entreprise, des qualités personnelles supé­rieu­res à la moyenne, notamment en termes de capacités d’innovation et de leadership, mais il est plus difficilement soluble dans l’orga­ni­sation. C’est le parcours professionnel de ce second profil qui peut être semé d’embuches. Et ce, dès le recrutement car, à ce stade, la prime à la conformité prévaut : les profils atypiques trinquent dans nombre d’entreprise.

Des travaux récents du sociologue William Genieys confirment que les élites ont tout intérêt, pour renforcer leur domination, à trouver des successeurs qui s’inscriront dans la continuité plus que dans la rupture(1). La chercheuse Oumaya Hidri a, elle aussi, consacré un article à ce biais de conformité : les Sciences Po ont tendance à recruter des Sciences Po, les Essec des Essec… en faisant passer au second plan la personnalité ou les compétences réelles du candidat(2). Même parcours, mentalité proche : on pense ainsi limiter les erreurs de casting. En sacrifiant au passage la diversité.

Les qualités de ces «très bons» dérangent aussi et peuvent les desservir à l’embauche. Il ne faut jamais oublier qu’un manager est aussi un managé, il a donc lui-même des objectifs professionnels et a besoin d’être bien vu par sa hiérarchie. C’est pourquoi, en cas de recru­tement direct par le N+1, des considérations politiques vont venir biaiser l’entretien : et si, au lieu de renforcer ma position, ce candidat allait l’affaiblir ? S’il est vraiment aussi doué qu’il en a l’air, ne risque-t-il pas de me faire de l’ombre ou de remettre en cause ma légitimité ? En fin de compte, le choix du manager se portera rarement sur le type vraiment brillant ou charismatique.

Le risque de lèse-majesté est trop important à ses yeux. Et lorsqu’ils réussissent à passer à travers les mailles du filet, les plus doués ne progressent pas toujours comme ils le méritent. La faute, toujours, aux managers qui sont au cen­tre des processus d’évaluation et de formation. Bien que l’intention de les impliquer dans ces actions ait été bonne au départ – il s’agissait de renforcer leur légitimité et de les mobiliser davantage sur la partie RH –, on constate des dérives. La tentation est forte pour un manager de vouloir garder un collaborateur brillant bien au chaud dans son équipe. Pour ce faire, il dispose d’une arme de stagnation massive : l’entretien individuel d’évaluation. Et s’il est le seul à évaluer son subalterne (ce qui est souvent le cas), il lui est encore plus facile de le retenir.

Si certains hauts potentiels ne connaissent qu’une ascension limitée, c’est aussi parce que, en accédant à des postes plus élevés dans la hiérarchie, ils ne se trouvent plus seulement jugés sur des critères de compétence, mais aussi selon des normes revendiquées par le système d’autorité en place. En effet, ils posent cette fois-ci problème non pas pour des raisons de jalousie ou d’intérêt professionnel, mais parce qu’ils sont porteurs d’une norme nouvelle, différente, fondée sur leurs qualités personnelles et leur charisme.

Originaux perturbateurs. Le psychologue Serge Moscovici explique à ce sujet que lorsqu’un élément brillant réussit à franchir la porte d’entrée de l’organisation, à progresser et à exprimer ses idées dans un groupe, il risque de causer des dissensions(3). Sa consœur Geneviève Paicheler souligne qu’avec la ca­pacité d’en­traînement et d’innovation qui le caractérise, ce genre de profil pourrait même réussir à gagner une partie du groupe à sa cause, créant ainsi la discorde dans l’entreprise(4). Pour résumer, un collaborateur très doué est un contestataire potentiel, un risque pour l’entreprise de voir son fonctionnement perturbé ou, pire, sa norme dominante modifiée ! D’où la volonté, qui vient dans ce cas
des plus hautes strates de la hiérarchie, de limiter l’influence de ce type d’originaux, perturbateurs de l’ordre établi.

Moutons et fayots. C’est compter sans les stratégies élaborées par les cracks pour slalomer entre les obstacles. Conscients de la peur qu’ils inspirent ou instruits par l’expérience, ils choisissent de parfois faire profil bas et de ne pas dévoiler leur jeu d’emblée. Au moment du recrutement par exemple, dans les entretiens de groupe, les managers ont vite fait de détecter les grandes gueules. Alors, pour ne pas faire de vagues, les nouveaux venus vont se fondre dans le moule et intégrer le troupeau… avant d’abattre leurs cartes le moment venu. Dans le prolongement de cette «stratégie du mouton», un collaborateur doué peut aussi décider de se placer dans les sillons tracés par son boss. Le N + 1, qui jouit de la loyauté d’un fidèle chevalier, n’a plus de raison de s’en méfier. Au con­traire, il se reposera sur les compétences de son bras droit et s’engagera en retour à le faire évoluer avec lui…

Le vrai bon, s’il veut avoir l’occasion de prouver sa valeur, doit donc faire des compromis : masquer son jeu ou prêter serment d’allégeance. Autre option plus rare : quand le système en place dans l’entreprise se révèle incapable de résoudre les problèmes et de faire avancer la machine, notre héros masqué a une opportunité d’action en introduisant de nouvelles pratiques et en imposant ses propres façons de faire. En cas de crise ou d’anomie (c’est-à-dire de disparition des valeurs commu­nes), ses disciples feront alors bloc autour de lui afin que de nouvelles règles émergent.

Dans son livre Leading the Revolution, l’Américain Gary Hamel affirme qu’en contribuant à l’innovation, ce genre de «rebelles organisationnels» créent un climat favorable à la créativité(5). Il faut non seulement encourager ces atypiques, mais aussi les protéger con­tre la tyrannie de la moyenne. Dans un monde mouvant fait de changements permanents, l’entreprise a besoin de tels profils pour se reconfigurer en permanence.

Cessons de crier au loup. La notion de «meilleur» ou de «haut potentiel» ne s’analyse plus aujourd’hui au regard d’une performance individuelle, mais plutôt au vu d’une interaction entre des personnalités talentueu­ses et différentes, capables de régénérer l’or­ga­nisation. Les professeurs en management Sé­bastien Ronteau et Thomas Durand insistent sur le fait que la diversité constitue une manière de porter la contradiction au sein du groupe(6). C’est cette diversité qui permettra d’instaurer au sein de l’organisation une cul­ture d’innovation permanente faite d’agilité, d’ouverture, de droit à l’erreur, etc.

Mais cette culture – que tout le monde appelle de ses vœux – ne s’enracinera pas tant qu’on continuera à donner la préférence à des clones sans saveur ni odeur. Alors, face à un vrai potentiel, faites le pari de la diversité plutôt que de claquer la porte de la bergerie de peur que le loup n’y entre.

Propos recueillis par Eve Ysern

Bibliographie :

1. William Genieys, Sociologie des élites, Armand Colin, 2011.

2. Oumaya Hidri, «Qui se ressemble s’assemble…», Formation Emploi, n° 105, janvier-mars 2009, pp. 67-82.

3. Serge Moscovici, Psychologie des minorités actives, PUF, 1979.

4. Geneviève Paicheler, «Polarization of Attitudes in Homogeneous and Heterogeneous Groups», European Journal of Social Psychology, vol. 9, 1979, pp. 85-96.

5. Gary Hamel, Leading the Revolution, Harvard Business School Press, 2000

6. Sébastien Ronteau et Thomas Durand, «Comment certaines organisations innovent dans la durée», Revue française de gestion, n° 195, mai 2009, pp. 111-137.

Adulte et hyperactif

On a longtemps cru qu’ils étaient l’apanage d’enfants turbulents, mais les troubles du déficit d’attention et l’hyperactivité touchent toutes les classes d’âge. Près de 4% des personnes majeures seraient atteintes.

Ils oublient leurs clés, ne terminent jamais ce qu’ils ont commencé, sautent du coq à l’âne lors des conversations ou ne supportent pas l’idée de se retrouver dans une file d’attente. Bienvenue dans le monde des adultes atteints de TDA-H, entendez du trouble du déficit d’attention et/ou hyperactivité ou encore «tada», comme on l’appelle couramment. Dépisté chez l’enfant, ce mal l’est plus rarement chez les grands. Il faut dire que jusqu’il y a peu, on pensait qu’il disparaissait à l’adolescence.

La réalité est bien différente et rattrape parfois sans crier gare les supposés anciens hyperactifs. Elle débusque aussi ceux qui avaient passé entre les gouttes, mettant en exergue un comportement social ou professionnel difficilement compatible avec les exigences de la vie adulte. Absence de concentration au travail, incapacité à payer ses factures dans les temps, procrastination, désorganisation, irritabilité, impulsivité, font partie du b.a.-ba. Souvent, après un parcours en dents de scie, voire une dépression, le verdict tombe: «tada»!

C’est ce qui est arrivé à Renaud, jeune homme de 31 ans actif dans les ressources humaines d’une entreprise neuchâteloise.

A 28 ans j’ai commencé à me demander où j’allais, pourquoi je n’arrivais pas à me fixer dans un job et ne terminais pas ce que j’entreprenais.»

Quelques séances plus tard auprès d’une psychologue, il doit se rendre à l’évidence: il souffre d’un déficit de l’attention et d’hypoactivité.

Un trouble qui persiste avec l’âge

Son cas est loin d’être isolé. Selon les chiffres, 4% des adultes seraient atteints contre 6% des enfants, preuve que le trouble ne disparaît pas une fois franchi le cap de l’adolescence. «On l’a longtemps cru, mais c’est faux, relève Nader Perroud, médecin adjoint aux HUG, responsable du programme Troubles de la régulation émotionnelle (TRE) qui accompagne des personnes atteintes de TDA-H et coauteur d’un ouvrage sur la question*. Dans 70% des cas, il persiste chez l’adulte.» Son hérédité a aussi été mise en exergue, poursuit-il, même si on est encore loin d’avoir trouvé le gène responsable.

D’où la nécessité d’une prévention accrue et d’un accompagnement des adolescents intensifié, plaide Michel Bader, psychiatre lausannois spécialiste de la question. En particulier chez les jeunes femmes, dont le diagnostic de TDA-H est cinq fois mois courant durant l’enfance que chez les garçons. Non pas qu’elle soient moins touchées, précise Nader Perroud, mais parce que les garçons externalisent davantage leurs difficultés: «Chez eux le trouble sera plus facilement visible car ils ne tiennent pas en place à l’école, tandis que les filles ont tendance à rester en retrait.»

Maman d’une fille atteinte de TDA-H et mariée à un homme lui aussi touché, Daniela Brustolin, confirme.

Durant la journée, tout se passait plus ou moins bien à l’école, mais à peine arrivée à la maison, ma fille se mettait à sauter partout. Elle était comme un fauve qu’on venait de lâcher.»

Lorsqu’on lui demande comment se passe la vie au contact de ces deux hyperactifs la réponse fuse: « C’est épuisant! Mon mari éprouve beaucoup de difficulté à attendre, coupe la parole, part dans tous les sens lors des conversations. Parfois, cela devient insupportable. Quand je suis trop fatiguée, je dis «stop!»

Une approche pluridsiciplinaire

Aujourd’hui coach professionnel, elle suit des adolescents et de jeunes adultes souffrant de TDA-H: «La première chose que je fais est de recharger leurs batteries, car ils ont souvent été mis en marge durant leur scolarité. Il faut ensuite essayer de comprendre leur fonctionnement afin de mettre en place un accompagnement adapté, car il ne sert à rien de demander à une personne ayant un déficit de l’attention de se concentrer.» Planification, finalisation et gestion du temps, stratégies compensatoires pour éviter de laisser l’esprit vagabonder, tels sont les points travaillés.

A cela s’ajoute la médication qui peut entraîner d’excellents résultats, relève Michel Bader. Ces psychostimulants, dont la molécule de base est le méthylphénidate, ont pour nom Ritaline, Concerta, Medikinet ou encore Equasym, et ont une action sur les capacités d’attention et de contrôle.

Alors, Ritaline pour tout le monde? Pas forcément, répond le psychiatre: «Il importe d’avoir une approche pluridisciplinaire et d’adapter le traitement en fonction de la personne et de son évolution.» Il est toutefois rare que les adultes renoncent à essayer une médication, même si 30 à 40% n’y répondront pas, observe pour sa part Nader Perroud.

Bonne nouvelle, si le TDA-H ne disparaît pas avec le temps, il est tout à fait possible de réussir sa vie en ayant une hyperactivité ou un déficit de l’attention, constate Michel Bader: «Cela implique de bien connaître son fonctionnement et ses ressources.»

Texte © Migros Magazine – Viviane Menétrey

Atelier « Moi et le Groupe » du 16 Avril 2016

Les ados participants à l’atelier m’ont étonnée…

La consigne était de faire un pont entre les deux chaises… Ils ont collaboré, discuté, inventé, créé…

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N’est il pas magnifique ce pont-coeur ?

 

 

A bientôt pour d’autres thèmes…

Pour les dates des nouveaux ateliers : Evènements

 

Boris Cyrulnik : « Peu d’enseignants ont conscience de leur impact affectif sur les enfants »

Vous avez cosigné une tribune du Monde intitulée « Contre l’école inégalitaire, vive le collège du XXIe siècle ». Qu’est-ce qui vous a motivé à entrer dans le débat autour de la réforme du collège ?

C’est le constat que l’école a perdu sa capacité d’intégration : intégration des enfants des classes sociales défavorisées et intégration des enfants issus de l’immigration. Dans ma génération, seuls 3% des enfants faisaient des études supérieures, mais lorsque j’étudiais la médecine, il y avait plus de 10% d’enfants « pauvres  », contre moins de 2% actuellement.

Désormais, en France, faire un bon parcours scolaire suppose d’abord d’habiter dans les quartiers où sont situés les bons lycées et d’avoir accès à la culture. Car ce n’est pas la pauvreté qui provoque l’échec scolaire, c’est l’éloignement des sources de culture.

Le psy que vous êtes n’explique quand même pas cette fracture par la seule carte scolaire !

Non en effet, l’autre facteur déterminant c’est l’importance des interactions préverbales. Les bébés qui, avant de savoir parler, sont sécurisés par une niche sensorielle riche et une stabilité affective éprouveront leur entrée à l’école comme une exploration amusante. Ils représentent deux enfants sur trois et ce sont les futurs « bons élèves ». Les autres, insécurisés à cause d’un drame familial (mort, maladie, conflits parentaux…) ou parce que leurs conditions d’existence sont difficiles, vont acquérir un attachement insécure. Pour eux, la première rentrée sera souvent perçue comme un petit trauma et beaucoup continueront à vivre la scolarité comme une épreuve.

Les enseignants ont-ils un rôle à jouer dans cette « sécurisation » de l’enfant ?

Oui, mais ils ne se pensent pas dans ce rôle-là. Nous avons en France de bons enseignants, motivés, bien formés et désireux de bien faire leur métier. Mais peu ont conscience de l’impact affectif qu’ils ont sur les enfants. Certains instituteurs, professeurs de collège et de lycées, vont rassurer et réconforter les enfants par leur façon d’être, leur manière de parler, leur attention à reprendre autrement une explication mal comprise… Généralement, ils ne s’en rendent pas compte. Un encouragement, une appréciation de leur part qui seraient perçus comme des banalités par des adultes, auront chez un gamin en recherche de sécurisation, une valeur inestimable. Ce sera un événement émotionnel fort qui participera à structurer sa personnalité. D’ailleurs, lorsqu’on évoque avec des étudiants leurs motivations à suivre telle ou telle filière du Supérieur, il y a presque toujours le souvenir d’un enseignant en particulier.

Enseigner, éduquer, faire de l’assistanat social… estimez-vous qu’on demande trop aux enseignants ?

Absolument ! Les enseignants sont formés et payés pour instruire or, on leur demande de plus en plus d’éduquer. Non seulement ce n’est pas leur rôle, mais c’est aussi très compliqué, car le nombre d’enfants agressifs a beaucoup augmenté. Les problèmes anxieux de ces gamins ne naissent pas à l’École, mais c’est là qu’ils s’y expriment.

À mon époque nous faisions beaucoup de bêtises, mais nous admirions nos profs et cela ne posait aucun problème entre nous. Bien sûr, une très large majorité d’élèves continue d’avoir de l’estime pour leurs enseignants, mais ce sont les élèves les plus rebelles qui impriment l’ambiance d’une classe. En 2015, les élèves qui apprécient les enseignants sont une majorité… silencieuse.

Comment le psychiatre explique-t-il que l’école cristallise systématiquement les tensions dans la société ?

Parce que s’y joue quelque chose de fondamental, ce dont nous avons tous conscience.

L’enjeu social de l’école est devenu faramineux. Quand j’étais enfant, il y avait un concours d’entrée pour accéder au lycée. Sur 40, quatre ont été autorisés à se présenter à l’examen, trois ont été reçus, dont votre serviteur. Mais il n’y avait aucune humiliation pour les autres, tout aussi fiers que nous d’aller apprendre un métier d’artisan, d’ouvrier ou de paysan. Aujourd’hui les parents associent le fait de rater sa scolarité à celui de rater sa vie. Et désormais ce qui construit notre identité sociale, c’est le diplôme. Résultat, la « sélection » est extrêmement forte et précoce. Tout cela avec l’aval des parents qui surinvestissent le rôle de l’école ; il suffit de constater combien d’entre eux paniquent à l’idée que l’on puisse assouplir des rythmes scolaires alors que toutes les études sérieuses en ont confirmé le bien-fondé.

Justement, si vous occupiez pendant quelques heures le fauteuil de ministre de l’Éducation nationale, quelle(s) décisions(s) prendriez-vous ?

Celle de fuir ce poste à toutes jambes ! (rires). L’enjeu est si grand, l’institution si lourde à manœuvrer qu’elle me semble impossible à réformer. Nous serions toutefois bien inspirés de prendre exemple sur les pays nordiques. Comme eux, il nous faudrait nous intéresser à la sécurisation des tout petits, retarder leur entrée à l’école, ne pas attribuer de notes en primaire, raccourcir la durée des cours, confier des activités éducatives à des tiers issus du monde de la culture ou du sport, etc. Dans les pays d’Europe du Nord, on recense 1% d’illettrés ; ils sont plus 10% en France. Chez eux le nombre de suicides d’adolescents a diminué de 40% en 10 ans ; chez nous c’est un fléau.

Il ne faut jamais oublier que l’intelligence est incroyablement plastique, qu’un mauvais élève peut devenir bon en l’espace de quelques mois quand il est dans un milieu sécure. Or, plus un système est rigide – et le nôtre l’est – moins il tient compte de cette plasticité de l’intelligenc

Olivier Van Caemerbèke

http://www.vousnousils.fr/2015/06/08/boris-cyrulnik-peu-denseignants-ont-conscience-de-leur-impact-affectif-sur-les-enfants-570393

Colloque EIP95 mercredi 6 Avril 2016

J’aurais le plaisir d’animer un atelier, avec Magalie Durand, sur les troubles logico-mathématiques et les difficultés d’organisation… Il reste quelques places !

Pour vous inscrire Potential Dys

 

Potentialdys« L’EIP, un élève à haut potentiel de décrochage »

Il s’agit de la seconde rencontre interactive du Val d’Oise organisée par Marie Pierre Bidal, psychologue clinicienne, enseignante et formatrice .

L’association PotentialDys  organise avec le concours de l’AFEP, l’APEP, …., l’établissement St Didier, un colloque EIP95 sur le thème de l’accueil scolaire des EIP multi-dys. Cet événement de partage des savoirs et savoir-faire entre accompagnants de l’enfant (chercheurs, enseignants, soignants mais aussi parents) se déroulera cette année au sein d’un groupement d’établissements de l’enseignement privé sous contrat sur le site de Bury-Rosaire. La mise à disposition d’un amphithéâtre de 350 places et d’une dizaine de salles de classe permettra que le mercredi 6 avril soit une journée de grands partages des savoirs et savoir-faire spécifiques.  Plus de 20 ateliers seront proposés pour permettre à chacun de s’inscrire dans la thématique qui l’intéresse.  Les participants pourront bénéficier d’interventions expertes ciblées et d’échanges facilités par le petit effectif de chaque atelier (30 personnes). Tous les intervenants offrent leur contribution comme l’an dernier à l’ESPE de Cergy mais ils seront plus du double à offrir des prestations de qualité (abords originaux, spécialisés, novateurs, pragmatiques, scientifiques …).

Comment reconnaitre un enfant précoce et l’aider en cas de besoin

En France, près d’1/2 million d’enfants âgés de 6 à 16 ans sont considérés comme précoces, c’est à dire surdoués et à haut potentiel. Nombre d’entre eux sont pourtant en échec scolaire

Annie Reithmann, Philosophe, vice-présidente de l’AEHPI (Association pour les enfants à haut potentiel) et directrice d’IPECOM Paris, un lycée qui accueille de nombreux enfants précoces, nous explique comment on peut les aider.

Maxi : Qu’est ce que l’on entend par enfant précoce ?

Annie Reithmann : C’est d’abord un enfant qui a un QI de plus de 130 testé par un psychologue. Les QI les plus élevés atteignent généralement 150. Mais j’ai déjà rencontré un élève qui avait un QI de 158.

Maxi : Quelles sont concrètement les différences avec les autres enfants ?

Annie Reithmann : ils ont un décalage entre l’intellect, l’affectif et la motricité. Ils veulent aller vite mais la main ne suit pas.

Maxi : Qu’est ce qui doit mettre la puce à l’oreille ?

Annie Reithmann : la dysorthographie, le décalage entre l’intellect et la motricité, les très affectifs, les très curieux. Les précoces osent dire les choses. Ils ont une bonne perception. Ils préfèrent les adultes et ont un langage châtié. Ils ont une curiosité intellectuelle sur des choses qui ne sont pas forcément scolaires. Ils veulent aller au bout des connaissances. Les enfants précoces ont besoin de donner un sens à tout. Ils n’aiment pas les répétitions. Et pourtant les devoirs et l’apprentissage des leçons demandent de répéter, de s’approprier et d’appliquer. Il faut faire et refaire. Or, ils n’aiment pas refaire. Ils pensent qu’une fois suffit. La plupart du temps, ils se sentent aussi exclus.

Maxi : Comment fait-on pour aider ces enfants précoces en souffrance ?

Annie Reithmann : l’effectif réduit, c’est capital. Des profs ouverts aussi. Ces enfants sont très souvent dans la provocation et les profs doivent trouver des pédagogies différentes. Quand ils arrivent, bardés de leur réputation d’élève en échec, notre but est de casser les réactions et de les étonner. Nous passons un contrat avec eux et clarifions des objectifs à atteindre. Des objectifs réalistes et réalisables à court terme, en les impliquant. Nous leur demandons par exemple : Quelle note penses-tu pouvoir obtenir si tu travailles un peu plus ?
Nous devons retravailler la grammaire par le jeu, leur donner des challenges. Ils sont souvent un peu bébés. Alors, on leur donne des bonus. On leur fait faire des jeux entre eux pour qu’il y ait une dynamique. Le théâtre, la culture générale font aussi partie des options. Le théâtre aide bien souvent des élèves très agités à trouver de la reconnaissance.

Maxi : Est-ce que les écoles dans lesquelles ces élèves en souffrance ont été scolarisés précédemment sont toutes identiques ?

Annie Reithmann : non. Il y a ceux qui viennent d’écoles extrêmement rigides et ceux qui viennent d’écoles qui laissent faire dans des classes surchargées. Or l’écoute, c’est important. Offrir un cadre sécurisant, positif est essentiel pour ces jeunes-là.

Maxi : Quelles sont les plus grosses difficultés qu’ils rencontrent ?

Annie Reithmann : les raisons de l’échec scolaire sont nombreuses mais le principal écueil est l’absence de concentration. Ils voient les choses globalement et confondent comprendre et apprendre. Ils trouvent l’idée mais ne veulent pas la développer. Il faut leur donner des rituels d’apprentissage, les obliger à bien rédiger…avoir une attitude de travail. Les enfants précoces sont souvent en échec scolaire après le collège, alors même qu’ils comprennent bien plus vite que les autres enfants ; qu’ils ont très envie d’apprendre ; qu’ils enregistrent tout grâce à leur excellente mémoire car jusqu’à la 3ème, c’est facile, ils ont tout dans la tête. Après, c’est différent. Il y a beaucoup de règles, de leçons à apprendre par coeur. Même si l’enfant est précoce et brillant, il doit accepter de répéter, d’apprendre par coeur. Il doit accepter la rigueur, la norme comme une nécessité. Et donc se concentrer. Ce qui est difficile. Sauf lorsqu’ils aiment : la vidéo par exemple ou les dinosaures ! Là, ils peuvent passer des heures sans bouger.

Maxi : Au bout de combien de temps, les premiers effets de vos méthodes se font-ils sentir ?

Annie Reithmann : cela dépend de l’élève mais nous nous donnons 1 an. Nous faisons des bilans régulièrement. Et progressons étape, par étape. Nous essayons de donner du sens à nos actions, au savoir. On essaye d’établir un vrai dialogue, sans jugement, sans étiquette. On les valorise et leur montre qu’ils peuvent avoir confiance en nous. On doit les aider à être autonomes et les obliger à s’adapter aux règles classiques.

Maxi : Y a t-il plus de filles que de garçons précoces ?

Annie Reithmann : les enfants précoces sont plus souvent des garçons que des filles ; mais ce n’est pas une théorie. Une fille apprend plus vite la contrainte des règles. Un garçon est moins soumis aux obligations et règles familiales. En revanche, lorsque nous recevons une élève précoce, elle est souvent plus dure encore qu’un garçon en terme de violence et de provocation.

Maxi : Repère-t-on facilement un enfant précoce ?

Annie Reithmann : non. il y a  des enfants précoces que l’on ne voit pas. Parfois, ils s’ennuient et cela se traduit par de l’agitation ou du rêve. Mais ils peuvent passer dans la classe supérieure ou redoubler sans que personne ne se rende compte de leur décalage.

 Annie REITHMANN a écrit des ouvrages (Méthode de travail, Réussir au collège, Editions Creaxion, Méthode de travail, Réussir au lycée, Editions Creaxion), elle a été directeur de collection de livres chez Studyrama et a animé de nombreux colloques sur la précocité et les difficultés scolaires.

http://www.maxi-mag.fr/famille/ados/comment-reconnaitre-un-enfant-precoce-et-laider-en-cas-de-besoin.html