Les HP (enfants à Haut Potentiel)

Pourquoi et pour quoi sont-ils si nombreux ? On parle de plus en plus de ces enfants dits HP : ils ont toujours existé, mais aujourd’hui ils sont de plus en plus nombreux. Auparavant, on les appelait les « surdoués », les « grosses têtes » ou encore les enfants « intellectuellement précoces ».


Un exemple célèbre
Un exemple est celui d’Albert Einstein. Il était considéré comme un enfant retardé mental en gardienne et à l’école primaire, ensuite comme mauvais élève en humanité ! Après ses études universitaires de physique, il n’est même pas resté à l’université en tant que chercheur. Tout son modèle sur la théorie des quantas et de la relativité restreinte a été développé lorsqu’il était un employé au bureau des brevets à Zurich ! Comme il avait « peu de travail », il a eu le temps de bien réfléchir… Son cas est intéressant, car son intelligence était du type conceptuel. Et c’est son épouse, également HP, mais elle, en science mathématique, qui a donné un format mathématique aux modèles qu’ils développaient. Cela lui a donc permis de devenir ce qu’il a été. Nous voyons à travers cet exemple qu’un HP n’est pas « fort » en tout. Il excelle dans certains domaines de prédilection.

Comment les reconnaître ?
Les enfants HP ont des caractéristiques qui sont bien définies par les spécialistes dans ce domaine. Ils excellent dans leur manière de raisonner, leur curiosité, leur créativité, leur pensée logique et surtout leur très grande sensibilité. Ce dernier point est très important. Cependant, lorsque nous parlons d’intelligence, cela ne se résume pas simplement à un QI (quotient intellectuel) fort comme certaines personnes le pensent.
Étant donné ces caractéristiques, ils se sentent très mal dans notre système scolaire (trop rigide pour eux). Ainsi, la grande majorité (de l’ordre de 80% à 90%) ne va pas bien à l’école. De plus, avec les autres élèves « non-HP », ils ont des rapports conflictuels, étant donné leurs différences. Ils se sentent ainsi doublement « rejetés » dans notre type de société, source d’une souffrance très souvent intériorisée. Il est important de parler avec ces enfants HP de toutes les difficultés qu’ils rencontrent afin qu’ils puissent les exprimer (et éviter ainsi des somatisations par la suite !).

Pourquoi sont-ils en augmentation ?
On remarque actuellement, dans les écoles, une augmentation du nombre de ces enfants. Il y en a toujours eu. Cependant, ils représentent, suivant les études entre 5 à 15% des enfants scolarisés. Pour répondre au mieux à cette question, développons cette hypothèse : Au niveau sociétal, notre économie est basée sur la compétition. La croissance qui est, au départ, un « bon concept » (diminuer les coûts et rendre le produit accessible au plus grand nombre de consommateurs) a très bien fonctionné lors des deux révolutions industrielles des siècles passés. Cependant, aujourd’hui, nous arrivons à une société économique, où la spéculation domine sur la notion de « valeur ajoutée ». En d’autres termes, notre travail produit de la valeur dite ajoutée et un spéculateur (qui ne produit rien) vient prendre une partie de notre « bénéfice ». Il y a donc un appauvrissement des personnes qui travaillent. Nous voyons l’irrespect qu’il y a lorsque la spéculation domine le concept de valeur ajoutée. Nous avons une exploitation de l’homme par l’homme. Notre type de société ne peut donc pas continuer dans cette direction.
Nous nous trouvons à la croisée des chemins. Soit nous continuons notre type de société comme avant, c’est-à-dire la croissance à tout pris dans l’exploitation de l’homme par l’homme en polluant de plus en plus, soit nous changeons en développant une société plus respectueuse de l’être humain et de l’environnement qui nous accueillent sur cette terre. En terme biologique, c’est le « struggle for life » pour la collaboration dans le respect des espèces. Cela ne dépend que de nous. La question est maintenant : quel est ce type de société plus respectueuse et comment y parvenir ? Nous devons réinventer notre manière de vivre en société. Oui, mais pour aller vers quoi ? Nous sommes donc dans une phase de transition vers un autre type de société. Les phases de transition sont toujours difficiles à vivre, car nous allons vers l’inconnu. Notre futur est à construire.
Au niveau biologique, l’hypothèse serait de dire que les enfants HP sont là pour nous aider à développer ce nouveau type de société et à continuer à vivre ensemble sur cette terre. Par leurs caractéristiques, ils nous font réfléchir, ils nous poussent dans nos aberrations, nos croyances, nos retranchements. Ils nous secouent, ce qui est loin d’être agréable…
Ils viennent avec leur créativité, leurs nouvelles manières de voir les choses. C’est ce dont nous avons besoin pour évoluer et développer ce nouveau type de société plus humaine, et donc survivre à nous-mêmes. Il y a donc un sens biologique à leur arrivée, ils sont de plus en plus nombreux pour nous aider. Il est évident que nous allons devoir changer notre enseignement qui n’est pas du tout adapté pour eux. Actuellement, certains établissements scolaires sont déjà dans des actions afin de mieux les aider.

Comment les soutenir ?
Un point qui parait important est de savoir s’il faut expliquer à l’enfant qu’il est HP. Un certain nombre de personnes considèrent qu’il ne faut pas leur dire pour éviter un certain « élitisme ». Je considère que c’est une erreur. En psychothérapie, il est enseigné que c’est dans la vérité que l’on guérit : c’est la même logique pour les HP. Ils doivent savoir qu’ils sont HP et qu’ils sont différents des autres enfants. C’est la raison pour laquelle ils rencontrent des difficultés avec eux, ainsi qu’avec notre système scolaire. Il est évident que le discours sera adapté à l’âge de l’enfant. Cependant, les HP comprennent beaucoup plus vite que nous ne pensons, nous les « dinosaures» ! Mon point de vue est qu’il est important qu’ils se rendent compte du sens de leur venue sur terre d’un point de vue biologique. Pour aider certains parents qui auraient des difficultés à expliquer cela à leur enfant HP, je les invite à prendre des exemples de la nature et de son évolution. Les HP comprennent très vite…
Comme on dit en mécanique quantique, « il n’y a pas de hasard » à leur augmentation. Tout a un sens, c’est à nous de le découvrir.

Daniel Radoux, Ph.D.

Paru dans l’Agenda Plus N° 270 de Septembre 2015

Source : agenda plus.be

Quand l’intelligence élevée fragilise la construction de l’identité : comment grandit-on quand on est surdoué ?

parJeanne Siaud-Facchin

Le sujet des enfants surdoués peut apparaître comme un sujet à la mode. L’effet peut loupe apparaître et parfois déformant de la médiatisation peut laisser croire qu’il s’agit d’une population « champignon », fabriquée par des parents en quête d’autosatisfaction ou par des psys fascinés par ces « super-cerveaux ».

La réalité est bien différente et paradoxalement toujours bien méconnue, loin de son image fantasmée. Les enfants surdoués ont un parcours scolaire souvent très chaotique, sont psychologiquement vulnérables, ont des repères narcissiques flous, souffrent toujours d’une conscience douloureuse du monde. Selon la personnalité de chacun ils sauront plus ou moins développer des défenses et des ressources pour transformer leur particularité en atout, en projet de vie réussie. Mais pour certains, au développement marqué par des difficultés affectives multiples, les troubles psychologiques se manifesteront sous des formes plus ou moins sévères. Pour ceux-là, les décompensations psychologiques à l’adolescence sont fréquentes avec des tableaux cliniques atypiques et des prises en charge difficiles.

Les difficultés seront plus ou moins marquées selon que l’enfant a été ou non dépisté, et selon l’âge auquel a été posé le diagnostic. Lorsque l’enfant grandit sans savoir qui il est vraiment les risques de troubles psychologiques deviennent réellement menaçants.

La question diagnostique

Dans la tradition psychométrique, il est habituel de considérer que l’on peut parler de surdoué à partir d’un score de 130 sur les échelles d’intelligence de type Wechsler. Le score de 130 se situe à 2 écarts-types de la moyenne 100 et correspond à environ 2.1 % de la population. Cependant, en symétrie de la déficience intellectuelle, le surdon intellectuel ne peut, lui non plus, se contenter d’une évaluation quantitative en terme de ressources intellectuelles, mais doit être considéré comme une entité nosographique distincte dont les critères diagnostics doivent être correctement repérés. Nous verrons qu’il s’agit moins d’intelligence « en plus » que de spécificités cognitives et de particularités dans l’organisation affective de la personnalité. Le QI n’est pas un diagnostic mais un indice qui oriente le diagnostic. Seul un faisceau de signes et une exploration attentive des procédures intellectuelles, cognitives et psychodynamiques permettront de confirmer le diagnostic.

Une forme d’intelligence différente

Il faut, pour commencer à comprendre, intégrer que l’enfant surdoué n’est pas un enfant sur-intelligent, quantitativement plus efficient, mais un enfant à l’intelligence qualitativement différente. Et c’est cette différence qui permet de donner sens aux difficultés qu’ils rencontrent. A l’école, la différence de son mode de pensée, de ses procédures de raisonnement, de sa logique mathématique, de sa structure de pensée décale cet élève de ce qui est attendu par l’enseignant et le pénalise lourdement. Le plus souvent, lui-même ne comprend pas pourquoi il ne réussit pas puisqu’il lui semble bien comprendre le contenu, anticiper le déroulement, assimiler les subtilités de l’apprentissage. Mais il le fait selon d’autres modalités sans en avoir clairement conscience. En tout cas pendant une bonne partie de son cursus scolaire. On sait en effet que nous avons tous l’illusion que l’autre pense comme nous et que se représenter une forme de pensée différente de la sienne ou de celle consensuellement admise est une entreprise souvent bien difficile pour l’esprit humain.

Du cognitif à l’affectif : comprendre le cerveau du surdoué

Les recherches les plus récentes insistent sur l’hyperactivation cérébrale : les réseaux de neurones sont activés de façon continue et les phases de repos sont moins fréquentes et conservent un niveau d’activation a minima. Pour le surdoué cela se traduit par cette sensation constante d’en avoir « plein la tête ». La vitesse de transmission accentue la sensation : électriquement les informations sont transmises plus rapidement et vont être distribuées dans le cerveau sur un mode multispatial. Or, on sait que certaines zones cérébrales ont été repérées comme responsables d’un type de fonction. Si, par exemple, une information verbale doit être comprise, la zone dite du langage, sera affectée à cette tâche. Il s’agit, bien sûr, d’une explication bien réductrice. Cependant, le traitement des informations dans le cerveau du surdoué montre cette différence : toutes les aires cérébrales prennent en charge l’information, quelle qu’en soit la nature. Ce qui génère une vision holistique de toute information mais qui brouille par ailleurs la possibilité de focaliser l’attention sur l’information pertinente. Cette difficulté va se traduire par une pensée en arborescence, qui rend difficile le déroulement séquentiel de la pensée.

L’hypothèse d’une plus grande implication de l’hémisphère droit dans les processus cognitifs des surdoués a fait l’objet de nombreuses validations scientifiques.

La transcription de la pensée en mots est rendue plus difficile, la structuration verbale est fragilisée, les images deviennent dominantes.

L’activation privilégiée des compétences du cerveau droit renforce l’intelligence intuitive, fulgurante du surdoué, souvent bien en difficulté pour expliciter les étapes de sa pensée. Il n’a pas, lui-même, de visibilité sur ses propres mécanismes de résolution de problème ou de réflexion, il ne peut pas, il ne sait pas les justifier. Mécanismes à l’origine de bien des incompréhensions réciproques. Dans la réalité cognitive, les réseaux de neurones se sont activés à grande vitesse à l’insu de la conscience, ce qui ne permet pas ni d’en repérer le tracé, ni de les contrôler. La puissance de pensée crée une impuissance métacognitive : le surdoué ne sais pas pourquoi et comment il sait (ou ne sait pas d’ailleurs !). Enfin, il a été montré un déficit de l’inhibition latente : le surdoué capte toutes les informations au même niveau d’importance, sans hiérarchisation. La sélection « automatique » de l’information pertinente ne s’active pas. Face au flot des données perçues, le cerveau peine à centrer et soutenir son attention.

Sur un plan émotionnel, la réactivité émotionnelle, liée à une vulnérabilité particulière de l’amygdale, fragilise la personnalité. Avec l’émotion au bord des lèvres, constamment, le surdoué réagit avec une intensité exacerbée à la moindre vibration émotionnelle de l’environnement. L’hyperesthésie (capacité développée de l’ensemble de cinq sens) renforce cette hypersensibilité affective : toute perception est amplifiée, grossie, démultipliée. Le surdoué voit ce que les autres ne voient pas, entend ce que les autres ne perçoivent pas, ressent fortement et parfois violemment ce qui échappe à la plupart d’entre nous. La grande susceptibilité, retrouvée dans tous les profils de surdoués, est une des conséquences de ce processus neuropsychologique de sensibilité émotionnelle exacerbée et mal contrôlée. Les débordements émotionnels, parfois violents, en sont la pleine expression.

Une conscience collective très forte

De plus, l’enfant surdoué, très jeune, manifeste une conscience collective très forte. Il lui est difficile de s’abstraire du contexte collectif. Comment être heureux dans ce monde aux injustices criantes ? Et être heureux pour quoi faire ? Les grandes causes humanitaires, écologiques, ou même les conditions de vie quotidienne de personnes plus proches représentent pour cet enfant un sujet permanent de préoccupations. Il lui devient vite impossible d’accepter un bonheur égoïste et, devant son impuissance à changer le monde, il en vient à ressentir la vacuité de sa propre vie. S’il s’agit de vivre dans un monde aussi injuste avec si peu de possibilités de le voir réellement évoluer, pourquoi vivre ? et ai-je le droit d’être heureux ? Dans l’enfance, les illusions de toute-puissance, l’espoir d’être celui qui parviendra à combattre ces inégalités humaines sont souvent très actives. Les moyens de changer le monde occupent une grande part de la pensée effervescente de l’enfant. Il échafaude des plans, des programmes, des idées nouvelles qu’il pense pouvoir un jour réaliser. « Quand je serai grand » confie Jean-Felix, 8 ans, « j’inventerai un remède contre le sida ». Et parce qu’il a lu ou entendu que la sauge avait certaines vertus, il prépare dans sa tête une composition de plantes « miracles ». Et de sa capacité à sauver les malades du sida, il en est convaincu comme tout enfant encore soumis au fantasme d’omnipotence. Sauf que ses préoccupations le dépassent bien souvent. Préoccupations bien différentes de celles des enfants de même âge qui pour la plupart ignorent les ravages de cette maladie qui les connaissent mais ne se sentent pas concernés. Et comment ne pas rapprocher cette conscience collective bien particulière de la trop fréquente indifférence des adultes eux-mêmes trop soucieux de leur propre bien-être et dont les sujets d’inquiétudes réels dépassent rarement un cadre affectif restreint. Mais l’enfant surdoué, lui, ne peut oublier, il ne peut faire abstraction de ce type de préoccupations. Et même s’il vit, aux yeux des autres, comme un enfant banal, une source d’inquiétude reste active au fond de lui et des projets s’élaborent en secret au fond de sa pensée.

Ne jamais pouvoir s’arrêter de penser est une plainte récurrente dans la population d’enfants surdoués. Elle se traduit par des suppliques, toujours les mêmes : « aidez-moi à stopper ma pensée, enlevez-moi un bout de cerveau, donnez-moi les moyens d’une pause, d’un répit ». Une adolescente de 14 ans consulte car, la veille, elle s’est violemment tapé la tête, et ce à plusieurs reprises, contre les murs de la salle de bain : « je n’en pouvais plus de penser », avoue-t-elle, confuse, car consciente de l’inutilité et de la naïveté dangereuse de son acte.

A l’adolescence en effet, tout devient plus violent, plus extrême. Et la confrontation à la réalité devient insupportable. Les rêves d’enfant s’effondrent. Le deuil de sa toute-puissance est incontournable. L’absurdité de ses illusions infantiles agresse la pensée. L’idéal auquel on croyait doit être révisé. L’adolescent surdoué ne peut s’y résoudre. Il ne parvient pas à accepter les limites du monde qui l’entourent. Celui dont les bases narcissiques sont trop fragiles et qui n’a pas pu, qui n’a pas su, qui n’a pas suffisamment été accompagné dans son développement affectif, dont les ressources psychologiques sont affaiblies, la pathologie survient, souvent violente et destructrice. La dépression avec idées suicidaires ou même passages à l’acte est la décompensation centrale de l’adolescent surdoué en péril psychologique.

L’autre face de la quête de sens, la quête affective

Un enfant surdoué est d’abord et avant tout un être affectif. Chez le surdoué, l’ingérence affective est constante. Tout est imprégné d’affect, d’émotions, de sensibilité. L’enfant surdoué est d’une réactivité émotionnelle excessive. La moindre remarque, aussi anodine soit-elle, le blesse, le touche ou même le bouleverse. Les bouffées d’émotions sont envahissantes et permanentes. L’enfant cherche à s’en protéger pour ne pas être emporté par des émotions qui souvent le submergent. Pour s’en protéger, il met en place ce que j’appelle la « défense par la cognition » c’est-à-dire qu’il va passer par le filtre de l’intellectuel, de la logique, du rationnel, toute émergence émotionnelle. Il décharge toute émotion pour la neutraliser, pour la maîtriser et la contrôler. Mais ce mécanisme, malgré son efficacité de mise à distance de la charge affective, est coûteux car l’enfant doit y consacrer une énergie importante. Il doit toujours être sur ses gardes. La menace émotionnelle est permanente et cet état d’hypervigilance crée une tension psychique considérable qui vulnérabilise considérablement l’enfant. L’identité profonde est menacée car la défense par la cognition coupe le Moi de sa véritable identité. A force de ne plus rien vouloir ressentir l’enfant ne sait plus bien qui il est. Pourtant, la force gronde toujours et l’idéal de vie de l’enfant surdoué est là encore un idéal d’amour, pour lui mais aussi pour les autres. Et là encore les désillusions seront douloureuses et jamais totalement acceptées.

La difficile construction de l’identité

Le parcours identitaire de l’enfant surdoué est d’emblée marqué par sa façon singulière « d’être au monde ». Bébé, le regard est scrutateur. Déjà cet enfant pose sur son entourage un questionnement muet mais vite perçu comme un comportement différent qui vient déstabiliser la relation affective. La Mère (au sens psychologique de la personne qui prend soin du bébé), peut alors avoir du mal à comprendre les attentes et les besoins de son enfant et à s’y ajuster. Il peut en résulter le sentiment d’être une « mauvaise mère » et une spirale de déception réciproque peut se mettre en place : l’enfant se sent mal compris, mal aimé et la mère est frustrée par cet enfant qui lui renvoie une image négative d’elle-même, loin du bébé fantasmé qui la comblerait d’amour et de gratification. L’enfant cherche des repères affectifs et ceux qu’il trouve correspondent mal à ses attentes : c’est le premier obstacle dans la construction du Soi du petit surdoué.

Puis vient rapidement, précocement, le temps où l’enfant pose verbalement ses questions sur le fonctionnement de ce qui l’entoure. Et ses questions sont incessantes et ne se satisfont jamais des explications habituelles; il n’est jamais abreuvé. Il veut comprendre, encore, encore plus loin. Ceux qui l’entourent s’épuisent, même les plus proches, et les premières agressions directes ou indirectes s’expriment : « Arrête avec tes questions ! C’est comme ça parce que c’est comme ça ! Laisse-moi deux minutes de tranquillité ! » Et l’enfant surdoué vit mal cette hostilité face à une curiosité qu’il perçoit comme naturelle et légitime. Il ne sait pas que les autres n’ont pas les mêmes centres d’intérêt. Petits ou grands d’ailleurs ! La frustration est immense mais surtout l’incompréhension et les premiers sentiments d’injustice. L’enfant ressent un rejet de ce qui est important, vital pour lui : comprendre. Son identité propre est attaquée. Il peut dès lors se refermer et développer un monde interne qu’il construit à son image, pour le protéger de l’extérieur. Mais un monde qui le coupe des autres et du monde et qui l’enferme en lui-même.

L’entrée à l’école est le grand révélateur de sa différence. L’enfant surdoué va vite y devenir le « vilain petit canard », rejeté et maltraité par ses camarades. Mais aussi par les enseignants qui ne peuvent donner du sens à ses modalités de pensée et d’apprentissage qu’ils considèrent trop vite comme des difficultés d’apprentissage ; représentation malheureusement souvent confirmée par des difficultés scolaires réelles. L’enfant devra abandonner son mode de pensée, inhiber son fonctionnement intellectuel personnel, pour tenter d’être conforme à ce que l’on attend de lui. Pour cet enfant l’inhibition est une stratégie d’adaptation. Souvent il se convaincra qu’il est stupide puisque ses efforts ne semblent pas récompensés par la réussite tant attendue. Une image très négative de lui-même se développe et peut progressivement l’envahir.

La relation aux autres enfants va implicitement confirmer ce « sentiment d’étrangeté ». L’identification aux pairs est difficile car l’enfant surdoué n’arrive pas à trouver autour de lui un effet miroir. C’est-à-dire cette possibilité de se sentir pareil pour pouvoir assumer sa propre personnalité. Cet enfant ne partage pas avec les autres les mêmes domaines d’intérêt et les siens n’intéressent personne. Souvent seul, il est fréquemment agressé verbalement ou même physiquement par les enfants qui acceptent mal la différence, toutes les différences. Et l’enfant surdoué ne comprend pas le rejet dont il est l’objet, il souffre terriblement de ce sentiment d’exclusion qu’il ne peut finalement s’attribuer qu’à lui-même : je suis nul, je ne vaux rien, personne ne peut m’aimer… A l’adolescence, cette difficulté d’être intégré au groupe de pairs met sérieusement en péril le processus identitaire, central à cette période de la vie.

Les adolescents surdoués racontent que même lorsqu’ils tentent de s’intégrer aux autres, même avec les autres, ils se sentent terriblement seuls. Certains rapportent qu’ils se sentent « fous », tellement la perception de leur différence et l’image que les autres leur renvoient les décalent de leur environnement.

Dans le cadre familial, les processus d’identification sont également soumis à rude épreuve. Tout enfant, à un certain moment de son développement, a besoin de se représenter ses parents comme tout-puissants et de les idéaliser.

L’enfant surdoué perçoit trop tôt, trop vite les limites voire les failles de ses parents qui ne peuvent plus assurer leur rôle rassurant et protecteur et servir de modèle. Le jeu des identifications est sérieusement perturbé et la construction identitaire va se faire sur des repères personnels. L’enfant va chercher en lui-même les repères et les ressources nécessaires pour grandir. En quelque sorte il se fait tout seul. Ce mécanisme conduit à des constructions identitaires atypiques et génère de nombreuses angoisses ou manifestations d’anxiété chronique.

Du normal au pathologique

Etre surdoué n’est pas une pathologie en soi ! Mais être surdoué est générateur d’angoisses, de doutes, d’incertitudes, crée une fragilité dans la construction de l’identité qui vulnérabilise considérablement la structure psychologique.

L’intelligence excessive est un double mal : elle fait souffrir et personne ne songe à plaindre celui qui en souffre. Au contraire, elle peut susciter jalousie et agressivité et amplifier ainsi la souffrance. On ne dira jamais de quelqu’un : « il est sympa mais le pauvre il est trop intelligent ». Et pourtant… comme l’écrit Malraux dans La Condition humaine : « L’homme souffre parce qu’il pense » et Maurice Blanchot lui aussi le souligne dans Le Livre à venir : « Etranges rapports. Est-ce que l’extrême pensée et l’extrême souffrance ouvriraient le même horizon ? Est-ce que souffrir serait, finalement, penser ? » ([cité dans Zarifian, E. (2000). La force de guérir. Paris : Odile Jacob].

Et quand la pathologie survient être surdoué donne une coloration spécifique au tableau clinique qu’il faut connaître pour éviter les erreurs diagnostiques. Les dérives diagnostiques sont trop fréquentes. Elles résultent de la conjonction de plusieurs facteurs : la méconnaissance des caractéristiques psychologiques de l’enfant surdoué, l’absence de formation dans le milieu médical et paramédical, les résistances idéologiques – pourquoi aider et comprendre ceux qui ont plus ? –, le caractère souvent atypique du tableau clinique.

Et cela peut aller jusqu’au déni de l’identité de ces enfants et de ces adolescents, de leurs spécificités, mais surtout de leur vécu et de leur souffrance. Il ne faut jamais oublier que tout diagnostic est émis par un soignant en regard d’une norme et de sa propre capacité à accepter, à tolérer, des écarts par rapport à cette norme. L’enfant surdoué est par définition, hors normes. Il a un fonctionnement, une pensée, une affectivité qui déroutent, qui dérangent. En l’absence d’une possibilité de comprendre ce qui fonde ce décalage, un enfant ou un adolescent surdoué qui présente des manifestations ou des symptômes de souffrance psychologique peut être rapidement entraîné vers des pathologies qui ne le concernent pas. Il a été en particulier montré que les surdoués montrent dans le test de personnalité de Rorschach, des caractéristiques dans les réponses qui s’apparentent à celles produites par les patients schizophrènes. La raison tient à ce qu’un surdoué produit un grand nombre de réponses divergentes, différentes de celles attendues. Et ce non pas en raison d’une pathologie mais parce que la pensée du surdoué est justement caractérisée par une pensée en arborescence qui se démultiplie sur plusieurs axes simultanément et qui quitte rapidement les formes plus consensuelles de la pensée et les idées courantes. Pourtant, en psychiatrie de l’adolescent les confusions diagnostiques entre mode de pensée singulier et mode de pensée pathologique créent des confusions dramatiques pour l’avenir psychologique du surdoué qui en est l’objet.

En témoigne, parmi tant d’autres, l’histoire de Jean Rémi (15 ans), déscolarisé à la suite d’une phobie scolaire incoercible et incompréhensible chez un élève jusqu’alors particulièrement brillant. Jean Rémi arrive en consultation de psychiatrie de l’adolescent pour des bouffées d’angoisse invalidantes. La particularité de la pensée de Jean Rémi, qui va exprimer sa souffrance sous une forme inhabituelle, empreinte d’une sensibilité douloureuse et d’une lucidité inquiétante, conduit à un diagnostic de « psychose de l’enfance décompensant à l’adolescence ». L’incompréhension dont il est la victime va engendrer une spirale invraisemblable, non seulement parce que plus il parle plus le diagnostic se durcit, mais aussi parce que les soins proposés ne correspondent jamais à ce dont il a besoin. Jean Rémi verra 27 psys en trois ans, sera hospitalisé deux fois en psychiatrie, dont un service fermé, recevra plusieurs traitements successifs et souvent contradictoires ! Trois ans après le gâchis est total : il a maintenant un retard scolaire important, sa souffrance est intacte et, plus grave, il a perdu toute confiance dans la possibilité de sortir de cette impasse et d’être aidé par des adultes compétents ou même tout simplement qui le comprennent. Jean Rémi est profondément désabusé et s’enferme chez lui. Il a perdu toute dynamique et toute perspective personnelle. Les symptômes s’aggravent. Le hasard de la rencontre d’un dernier psy, ouvrira une brèche dans ce désastre : Jean-Rémi est surdoué, un début de sens peut être reconstruit. Mais le cheminement sera long et les marques de ces trois années d’errance diagnostique sont profondes.

Une dépression de l’adolescence atypique

A côté de symptômes classiquement associés à un épisode dépressif, la dépression du surdoué peut être qualifiée de dépression sur du vide. L’objectif : surtout ne plus penser. Surtout ne plus activer cette infernale machine à penser qui constitue justement la racine de la souffrance. Ce vide dépressif est un mécanisme de défense contre les pensées. Il n’est pas un vide structurel comme on le rencontre dans d’autres tableaux cliniques. Pour l’adolescent surdoué, penser est un équivalent symbolique de danger, de danger de mort. La défense par la cognition verrouille de son côté l’accès aux émotions. En consultation, l’adolescent, inlassablement, répond Je ne sais pas aux questions qu’on lui pose. Il ne veut pas, il ne peut pas, s’autoriser à activer cette pensée au risque d’être de nouveau submergé par une souffrance insupportable. Ne plus penser c’est tenter d’oublier les questions sans réponses, questions sur soi, sur les autres, sur le monde, sur le sens de la vie… et de la mort. On comprend combien la résistance thérapeutique est difficile à assouplir et la prise en charge délicate.

Inhibition intellectuelle et phobie scolaire

Pour l’adolescent surdoué l’inhibition est une stratégie d’intégration. Saborder son propre fonctionnement c’est tenter d’être identique aux autres mais aussi d’arrêter de souffrir. Dans les années 70 le psychiatre Gauvrit parlait d’anorexie intellectuelle : surtout ne plus se nourrir de pensées et dénier toute forme d’intelligence. On revient ici à la notion de deuil d’une part de soi-même : mon intelligence ne sert à rien, voire elle est dangereuse pour mon intégration et pour ma vie psychique. Seule issue, la saborder.

Il s’agit réellement d’une attaque de soi, d’un retournement agressif contre soi-même.

Et il n’est pas rare que ce processus, poussé à l’extrême, parvienne effectivement à attaquer le potentiel intellectuel. L’inhibition intellectuelle permet également à l’adolescent de revêtir un masque de pseudo-débilité qui l’aide à passer inaperçu.

La phobie scolaire est la forme la plus sévère du trouble anxieux. Elle est malheureusement significativement fréquente dans la population des adolescents surdoués. C’est une des pathologies les plus difficiles à traiter, et ce traitement est encore plus complexe face à l’adolescent surdoué dont les mécanismes d’intellectualisation et la logique rigide seront bien difficiles à atténuer. Retourner à l’école, pour quoi faire ? Pour quel avenir ? Pour quelle vie d’adulte ? Ces adolescents se sentent dans une impasse insupportable et toute perspective d’issue est constamment remise en question. Aucune réponse n’est satisfaisante, aucune piste ne comporte de certitudes, aucune hypothèse ne prend un sens acceptable.

Les rouages d’une prise en charge adaptée

Commençons par une lapalissade : pour prendre efficacement en charge un surdoué encore faut-il savoir qu’il est surdoué ! L’échec thérapeutique est symétriquement assuré lorsque le diagnostic de surdoué n’est pas posé ou pire est dénié, considéré comme une donnée sans importance : il est intelligent, et alors ?

L’histoire de Julie l’illustre. Julie (16 ans) est hospitalisée en unité de soins de l’adolescent suite à une tentative de suicide particulièrement spectaculaire. On apprend à la faveur de cette hospitalisation que d’autres passages à l’acte suicidaires ont jalonné son développement. Des tests précédemment pratiqués indiquent un QI homogène de 142 et qu’il s’agit d’une adolescente surdouée à la vulnérabilité narcissique incontestable. Cette dimension ne sera jamais prise en compte dans la prise en charge psychiatrique de Julie qui sera considérée comme une adolescente dépressive classique. En cours d’hospitalisation les symptômes de Julie vont fréquemment évoluer et le diagnostic avec. L’équipe est rapidement en difficulté avec cette adolescente qui les met en échec. Les traitements antidépresseurs n’améliorent pas son état et Julie s’enferme dans un silence insupportable pour les soignants. Elle refuse de parler, de répondre aux questions, d’être active dans son processus de guérison. Le matin elle refuse de se lever « je sens une chape de plomb au-dessus de ma tête » ou « à quoi ça sert ici personne ne me comprend ». Julie déclenche à l’hôpital une forte agressivité de l’équipe. Julie va de plus en plus mal. Survient alors un grave épisode anorexique où une hospitalisation en service d’endocrinologie est inévitable. Julie est sous perfusion en continu. Nouvelle hospitalisation en psychiatrie de l’adolescent. Cette fois-ci, le diagnostic diffère : anorexie mentale. Nouvel échec thérapeutique. D’autres épisodes suivront et aujourd’hui Julie reste une adolescente en souffrance qui n’a pu être correctement aidée et accompagnée.

Prendre en compte les spécificités de fonctionnement intellectuel et affectif de l’enfant et de l’adolescent surdoué comme le nécessaire aménagement des tableaux cliniques habituels est indissociable d’un aménagement thérapeutique. En particulier, la part cognitive du Soi doit être intégrée dans la thérapie. Elle consiste à permettre au patient de réapprivoiser progressivement sa pensée en l’accompagnant doucement et patiemment dans ce cheminement délicat. Il faut intégrer d’emblée que le risque de pensée est la barrière qui sera la plus difficile à franchir puisqu’elle est synonyme, superposée, à la pathologie elle-même. Cette réanimation cognitive est indispensable à la redynamisation psychologique globale, à la restauration narcissique. La prise en charge de la part cognitive du Soi suppose la capacité d’intégrer une médiation cognitive dans la relation thérapeutique. C’est un levier thérapeutique incontournable.

Le thérapeute doit également être averti de la remarquable capacité de manipulation du jeune surdoué. C’est d’abord lui qui teste le psy, qui évalue ses capacités à le comprendre et à l’aider. Il ne s’agit pas d’une opposition ou d’un rapport de force stérile mais de son incoercible besoin d’analyse et de compréhension des personnes qui l’entourent et de son talent pour y parvenir. Dans certains cas, pour faire plaisir à ses parents ou, à l’adolescence, pour éprouver une secrète jubilation intellectuelle, le surdoué s’adaptera au style de son psy, à ce qu’il a compris qu’il attendait de lui. Souvent il anticipe ses questions, ses interprétations, et le psy pris au piège sera conforté dans un illusoire sentiment de compétence. Mais au final ce sont souvent des mois ou même des années de prise en charge inutiles qui laissent l’enfant ou l’adolescent surdoué aux prises avec ses difficultés, inextricables. Car ce dont justement il a besoin c’est qu’on le comprenne sincèrement et qu’on l’aide efficacement. Il est avide d’aide mais désabusé de ne pas en trouver.

Conclusion

Tous les enfants surdoués ne développent pas de pathologie. Un grand nombre d’entre eux sont heureux, bien dans leur vie, dans leur tête et dans leur peau. Mais en l’absence, sur un plan international, d’une étude épidémiologique sur cette population, nous connaissons mieux la population consultante. Le biais de recrutement est réel même si aujourd’hui de plus en plus de parents, grâce en particulier au travail des associations, font pratiquer des tests préventivement. Et, bien que la dérive inverse existe, c’est-à-dire des parents en quête d’un diagnostic mythique, il est incontestable que le dépistage précoce est une prévention nécessaire. Le risque pathologique est corrélé à l’age du diagnostic : plus le diagnostic est posé jeune, plus la probabilité de décompensation pathologique est faible et plus il sera possible d’accompagner efficacement l’enfant dans son développement intellectuel comme affectif.

Le constat clinique des troubles psychologiques sévères dans lesquels les enfants et adolescents surdoués peuvent être précipités ne peut laisser indifférent. Il importe d’en prendre pleinement la mesure. Les spécificités de fonctionnement du surdoué dans ses modalités affectives et cognitives sont des composantes indispensables à intégrer à la clinique psychologique. L’enfant surdoué est, par constitution, fragile et vulnérable. Incapable d’insouciance, d’indifférence, décalé à l’école et parmi les autres, il connaît très jeune l’inquiétude et l’anxiété. La construction de son identité est marquée par sa différence. Enfant surdoué, enfant en danger, pourrait-on presque dire.

Il s’agit d’un problème de santé publique dont le pourcentage (un peu plus de 2 % de la population) correspond à celui de toute population à risque. On ne peut plus, ni sur un plan médical ni au niveau de l’Education nationale, négliger cette population sous des prétextes idéologiquement et politiquement corrects, prétextes qui maintiennent le surdoué dans une représentation erronée et dangereuse. La formation est urgente car le nombre d’enfants et d’adolescents surdoués en grande souffrance psychologique est inadmissible. On peut prévenir une bonne partie de ces troubles. L’intelligence ne doit plus faire peur à ceux qui l’observent. La différence doit être tolérée quels que soient la nature ou le sens de cette différence.

Siaud-Facchin Jeanne, « Quand l’intelligence élevée fragilise la construction de l’identité : comment grandit-on quand on est surdoué ?. », Développements 3/2010 (n° 6) , p. 35-42
URL : www.cairn.info/revue-developpements-2010-3-page-35.htm.
DOI : 10.3917/devel.006.0035.

Surdoués. Une étude met en évidence deux profils différents

Source Ouest-France

Des recherches sur les enfants à « haut potentiel » font apparaître deux profils : les laminaires et les complexes. Une première.

Parler de surdoués ou de précoces n’est apparemment plus d’actualité, on parle désormais d’enfants à « haut potentiel » ou « HP ». Si une des caractéristiques de ces enfants est d’apprendre bien plus vite que la moyenne, il arrive parfois que certains soient perturbés, victimes de troubles du comportement ou d’hypersensibilité affective. À tel point que, malgré leur potentiel, 30 % de ces HP n’obtiennent pas leur baccalauréat.

Ainsi une étude, sans précédent, menée depuis un an par le Cermep, centre de « l’imagerie du vivant » de Lyon et financée par la fondation Apicil, s’est penchée sur le « cerveau » de ces enfants à « haut potentiel », et a tenté d’expliquer leurs échecs et leurs facilités, leur fonctionnement intellectuel.

Zones « complexes » et zones de « gestion des conflits »

Et cette étude, reprise par les quotidiens régionaux français, en tête desquels le Dauphiné Libéré, a mis en évidence, grâce à l’IRM fonctionnelle permettant l’observation des connexions des cerveaux d’enfants HP de 8 à 12 ans, deux profils d’enfants surdoués : les laminaires et les complexes. Si les premiers ont un comportement bien adapté à leur environnement, les autres beaucoup moins.

Le profil des laminaires est effectivement caractérisé par des enfants bien adaptés à leur environnement, ne souffrant d’aucun problème, soit les premiers de la classe. L’IRM confirme qu’ils activent plus de zones que les « complexes » : les zones du cortex intervenant dans les liens associatifs (ils ont une très bonne mémoire épisodique liant événements et émotions) et les zones de « gestion des conflits », qui permettent de « sélectionner la bonne réponse ». Autre variation visible à l’IRM, les laminaires ont une meilleure connectivité entre les hémisphères droits et gauches, signe d’une meilleure adaptabilité.

Capacité d’apprentissage et troubles du comportement

Les IRM des enfants HP complexes font apparaître une « dys-synchronie cognitive », confirmant ainsi ce qui est observable : une capacité d’apprentissage redoutable mais des troubles du comportement.

Bien sûr, si les complexes ont plus de difficulté dans leur scolarité, il n’y a aucune fatalité. Les neurosciences et une pédagogie adaptée permettent de leur apporter une méthode qui leur manque pour réussir leur scolarité.

Enfants surdoués : une étude inédite

Des recherches conduites à Lyon confirme déjà qu’il existe deux profils d’enfants à haut potentiel : « les laminaires » sans difficultés scolaires et les « complexes » plus à risque de difficultés.

En langage politiquement correct, ils ne sont plus appelés surdoués ni précoces mais « enfants à haut potentiel » ou « HP ». Parfois capables de comprendre Einstein à 10 ans, ils sont pourtant 30 % à ne pas atteindre le bac en raison de difficultés scolaires. Être à « haut potentiel » s’accompagne parfois de troubles du comportement, de « dys » ou d’hypersensibilité affective. « Les parents viennent nous voir en disant : il est ingérable, il est dans l’opposition… On leur montre alors qu’ils n’ont pas quelque chose en moins mais quelque chose en plus », explique Fanny Nusbaum, neuropsychologue, directrice du centre Psyrene à Lyon, spécialisé dans les « HP ». Ce « quelque chose en plus », la science ne sait pas encore bien l’expliquer. C’est le but de la recherche inédite débutée il y a un an au Cermep, centre de « l’imagerie du vivant » de Lyon et financée par la fondation Apicil. Des enfants HP de 8 à 12 ans, y ont passé des tests pendant que les chercheurs observaient grâce à l’IRM fonctionnelle les connexions de leur cerveau.

Premiers résultats

Les premiers résultats confirment l’hypothèse établie par Fanny Nusbaum de deux profils HP : les laminaires et les complexes. Les enfants au profil « laminaire » ont un comportement bien adapté à l’environnement donc plutôt le profil « premier de la classe ». L’IRM a ainsi montré que leurs capacités cognitives étaient bien homogènes : ils activent plus de zones que les « complexes », notamment des zones du cortex intervenant dans les liens associatifs – ce sont des enfants qui ont une très bonne mémoire épisodique liant événements et émotions – et les zones de « gestion des conflits » qui permettent de « sélectionner la bonne réponse ». Les laminaires répondent donc juste aux tests dans plus de 80 % des cas tandis que les complexes, dont les zones de gestion des conflits sont moins activées, ne répondent juste que dans 50 % et plus lentement. De même, les laminaires ont une meilleure connectivité entre les deux hémisphères, confirmant leur meilleure adaptabilité.

Cette « dys-synchronie cognitive » apparue sur les IRM des enfants HP complexes confirme le décalage observé dans le comportement de certains de ces enfants, surdoués en maths mais piquant une crise si on leur demande de lâcher leur doudou. Ces enfants n’ont pas les clés cérébrales pour travailler, il faut les leur apporter. C’est le principe de la neuroéducation qui consiste à utiliser les connaissances en neurosciences pour concevoir des méthodes pédagogiques mieux adaptées.

http://www.ledauphine.com/sante/2015/04/12/enfants-surdoues-une-etude-inedite

 

Les répercussions de la précocité intellectuelle sur la scolarité

Inhibition, anticonformisme, désinvestissement scolaire… la précocité intellectuelle entraîne des effets divers. L’âge, le caractère de l’enfant ou encore les troubles associés sont autant de facteurs qui influencent son comportement et ses résultats scolaires.

plaisir des mathématiques

Différents profils peuvent être observés chez les enfants intellectuellement précoces.

Une mauvaise image de soi peut ainsi entraîner une inhibition intellectuelle, l’élève renonçant inconsciemment à ses capacités pour passer inaperçu.

 Un élève extraverti ayant un haut niveau de créativité peut se révéler anticonformiste.

D’autres élèves précoces présentent des troubles du comportement, conséquence de troubles affectifs ou des apprentissages, de la peur de l’échec… Parfois, ils se désintéressent de l’école et ont de grandes difficultés à s’intégrer au groupe. Leur participation en classe peut être très active ou au contraire complètement absente.

Une maladresse dans les activités pratiques

À côté de leur développement intellectuel hors norme, d’autres domaines semblent en décalage, en particulier ceux liés à la motricité. Ainsi les enfants intellectuellement précoces ont généralement des difficultés à maîtriser leurs gestes, ce qui entraîne des problèmes de graphisme ainsi que dans les activités manuelles ou sportives. Ils ont souvent du mal à s’organiser et à acquérir une méthode de travail.

Un besoin impérieux de sens et de rapidité

Grâce à sa mémoire exceptionnelle, l’élève n’a pas besoin de répéter régulièrement une leçon pour la connaître ou revenir sur une notion pour bien la maîtriser. Aussi les séances d’entraînement ou de répétition l’ennuient, d’où une certaine distraction voire de l’instabilité motrice, ce qui contribue à perturber la classe. Pour apprendre et s’impliquer dans les apprentissages, l’enfant intellectuellement précoce doit pouvoir en comprendre le sens. S’il est passionné par un sujet, en sciences par exemple, il ne comprend pas l’intérêt de rendre compte par écrit du résultat de ses observations

Un esprit de synthèse et de contradiction exacerbé

L’enfant intellectuellement précoce a des difficultés à traiter les informations isolées en raison du fonctionnement particulier de son cerveau. Celles qu’il reçoit sont synthétiques, ce qui rend difficile tout développement ou explication dans un devoir. Il a du mal à argumenter, développer ou justifier ses résultats. Ses devoirs sont donc généralement très courts et semblent bâclés.

Une autre conséquence de son mode de raisonnement particulier est qu’il ne parvient pas toujours à comprendre les consignes. En effet, il a tendance à comprendre un mot dans son sens littéral et rechercher la précision absolue. Il donne alors l’impression d’un élève qui veut toujours avoir le dernier mot

Des risques psychologiques et de décrochage scolaire bien réels

Lorsque la précocité n’est pas reconnue, les problèmes relationnels, angoisses, évitement ou abandon, peuvent s’installer durablement et conduire à la dépression ou l’apparition de TOC. On observe cependant des différences entre filles et garçons. Ainsi, les filles sont plus souvent inhibées et dépressives, tandis que les garçons ont davantage de difficultés en écriture.

Article original

Béatrice Millêtre : « Les précoces, il faut les aider ! »

Malgré leur potentiel, les enfants précoces connaissent souvent l’échec scolaire. Le point avec le docteur en psychologie et psychothérapeute, Béatrice Millêtre, qui publie un nouveau livre, consacré aux enfants surdoués et précoces. Ceux-ci représentent entre 2 et 5 % de leur classe d’âge.

« Un à deux par classe »

«Les enfants précoces, on en trouve un à deux par classe. Ils se caractérisent par un quotient intellectuel plus élevé et par leur fonctionnement intuitif. On les appelle précoces, surdoués ou encore à haut potentiel. Attention au mot « précoce ». En réalité, ils gardent leur différence toute leur vie ! »
Le problème c’est qu’ « efficacité à l’école et performances intellectuelles ne sont pas forcément liées. Un tiers de ces jeunes va se trouver en échec scolaire à la fin du primaire ; 40 % à la fin du collège ; et 40 % seulement se lanceront dans des études supérieures. Beaucoup ont en effet tendance à se démotiver et à se dévaloriser, ils ne comprennent pas ce qu’on attend d’eux et se mettent en retrait ».

« Les aider et les accompagner »

Que faire alors ? «Les enfants précoces ont besoin d’être aidés et accompagnés. L’idéal, ce serait de les laisser fonctionner à leur façon sans les écarter du cursus ordinaire, mais sans chercher non plus à les faire entrer à tout prix dans le moule ».

Et le rôle des parents ? « Ils doivent accompagner leur enfant en nourrissant sa curiosité mais aussi en lui accordant des périodes pour souffler. En n’oubliant pas qu’un enfant précoce n’est pas un adulte miniature. Les parents, enfin, ne doivent pas hésiter, à parler de la situation avec les enseignants ».

 Lire l’intégralité de cet entretien en dernière page du Courrier de l’Ouest de lundi 22 juin

Pour télécharger le journal, cliquez ici

http://www.courrierdelouest.fr/actualite/lentretien-beatrice-milletre-les-precoces-il-faut-les-aider-21-06-2015-225153

La course aux bébés Einstein

Héloïse Junier

Rendre son bébé plus intelligent que les autres, 
et vite. Nombreux sont les parents qui succombent à cette tentation. Avec quels outils ? Sont-ils efficaces ou au contraire dangereux ?

Le XXIe siècle se place sous le diktat de l’intelligence. Et immanquablement, l’optique d’élever un bébé plus futé que la majorité des poupons devient une obsession pour certains parents. Les forums en ligne ne désemplissent d’ailleurs pas d’échanges intenses en la matière : « Comment rendre mon bébé plus intelligent ? », « Comment savoir si mon bébé est un génie ? »… Et les entreprises de jouets dits éducatifs surfent sur cette vague, avec un objectif affiché : accélérer l’apprentissage des couleurs, des formes, des noms d’animaux. L’apport de l’électronique a ouvert le champ des possibilités : les jouets sont aujourd’hui souvent agrémentés de lumières multicolores et de sons vifs pour mieux capter l’attention de l’enfant. Ainsi, le jouet, nouvel outil pédagogique, prépare le tout-petit à l’école. « Lorsque les familles des catégories supérieures offrent des jouets à leurs enfants, elles témoignent leur intention de construire un environnement propice à stimuler leurs apprentissages intellectuels, analyse Sandrine Vincent, sociologue, auteure du livre Le jouet et ses usages sociaux (1). On constate que les enfants de catégories supérieures sont trois fois plus nombreux que les enfants de catégories populaires à recevoir des jouets éducatifs, 42,1 % contre 14,6 %. » Une tendance marketing lucrative. « Le marketing ne fait pas que profiter d’une vague qui lui préexiste : il la crée. À partir du marché commercial des jouets et jeux se développe une sorte d’école alternative », observe le sociologue Wilfried Lignier, chargé de recherche au CNRS et auteur de La petite noblesse de l’intelligence. Une sociologie des enfants surdoués (2).


Mais quel est l’apport réel de ces jouets ? Difficile à déterminer, car peu de recherches ont véritablement approfondi la question. 


« De manière générale et selon la théorie constructiviste, être activement impliqué dans un apprentissage en faciliterait l’assimilation », explique Célia Hodent, docteure en psychologie de l’université Paris Descartes, à Boulogne-Billancourt. « Les jouets dits éducatifs ne vont probablement pas rendre les enfants plus intelligents. Mais ils peuvent accélérer l’acquisition d’une notion », complète Sylvie Bannelier, directrice du déve­loppement des produits Vtech pour l’Europe.


Une sur-stimulation orchestrée


Kathy Hirsh-Pasek, psychologue du développement américaine, encou­rage plutôt la manipulation de jouets moins structurés , comme une balle ou une boîte en carton, que les enfants sont libres d’investir comme ils le souhaitent. D’après elle, ce n’est pas au jouet de commander l’enfant, mais l’inverse. 


Par ailleurs, s’ils ne sont pas toujours efficaces, les jouets dits éducatifs ne sont pas sans risques. À l’occasion de la dixième Semaine du son en janvier 2013, des spécialistes ont dénoncé les méfaits de ces jouets électroniques sur la santé auditive des bébés. Pour Christian Hugonnet, ingénieur acousticien et professeur à l’École Nationale Supérieure Louis-Lumière, ces jouets « jouent faux » et émettent des sons compressés, forts et non nuancés, à l’inverse des sons musicaux réels, ce qui offre au tout-petit un spectre pauvre.


Cette volonté d’accélérer les apprentissages de l’enfant n’est pas récente. Dans les années 1960 déjà, Glenn Doman, kinésithérapeute et fondateur de l’Institut pour la réalisation du potentiel humain, à Philadelphie, proposait d’apprendre la lecture à des bébés dès leurs 10 mois, travaux qu’il présenta dans son ouvrage Comment apprendre à lire à votre bébé (3). Le principe est le suivant : montrer à l’enfant un mot écrit en lettres capitales clairement identi­fiables sur un papier blanc, tout en les lisant d’une voix forte et claire, après les avoir regroupés en plu­sieurs catégories telles que les couleurs (bleu, rouge, vert) ou les animaux (chien, lapin, poisson). Selon Glenn Doman, un enfant qui témoigne d’une capacité à apprendre est un enfant qui est déjà en capacité d’apprendre à lire. L’Américain Edward Zigler, spécialiste du déve­loppement de l’enfant, professeur émérite de psychologie à Yale, estime que ce programme précoce et intensif de stimulations pour un enfant tout-venant est une source de stress inutile, qui vient culpabiliser les pa­rents de ne jamais en faire assez pour leur progéniture.


Si les Américains excellent dans cette stimulation précoce de leurs petits compatriotes, les Asiatiques ne sont pas en reste. Les enseignants du Baby Jumper Gym de Singapour ont élaboré une stimulation cérébrale du bébé visant à développer tant ses compétences intellectuelles que physiques, par des techniques qui stimulent simultanément l’hémisphère droit et l’hémisphère gauche. Leur secret ? Des sessions pluridisciplinaires : les enseignants soumettent l’enfant à une suite d’activités de musique, de calcul, d’apprentissage d’une langue étrangère, avant de les atteler à des exercices moteurs.


Télé, DVD et tablettes


De cette vague de stimulation précoce ont émergé les programmes télévisés pour tout-petits (4). Parmi eux, les DVD de la marque Baby Einstein, rachetée par Disney quatre ans après sa fondation, font l’objet d’un vif succès. Leurs ventes sont estimées à 200 millions de dollars par an, à tel point qu’un petit Américain sur trois, âgés de 6 mois à 1 an, a déjà été exposé à une telle vidéo. Les produits sont baptisés de noms prometteurs tels que Baby Mozart, Baby Galilée ou encore Baby Van Gogh. Toutefois, à la de suite de plaintes de parents et d’associations américaines pour publicité mensongère, Walt Disney fut condamné en 2009 à retirer la mention « éducatif » de ses supports et à rembourser l’ensemble de ses clients insatisfaits, depuis 2004, du prix du DVD, soit 17 dollars. Car non, ces DVD ou programmes télévisés dits éducatifs ne rendent pas leurs jeunes spectateurs plus intelligents. Ce que le Collectif Interassociatif Enfance et Média (CIEM) confirme sur son site web (5) : « L’idée même de ces chaînes paraît aller à l’encontre de tout ce que nous savons du psychisme du bébé : elle va le transformer en spectateur quand il doit devenir acteur, le rendre passif au moment où il peaufine ses capacités à être actif ». Résultat : le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) interdit aux chaînes de télévision françaises de cibler explicitement les bébés. Et l’organisme impose aux distributeurs d’indiquer hors-écran la mise en garde suivante : « Regarder la télévision (…) peut entraîner chez les bébés des troubles du développement tels que passivité, retards de langage, agitation, troubles du sommeil, troubles de la concentration et dépendance aux écrans. »


Plus récemment, des baby tablettes ont fait leur apparition, spécialement destinées aux bébés et censées contribuer au développement de leurs apprentissages. En 2011, 1,5 million de tablettes Vtech ont été vendues en France. Un chiffre qui a doublé en 2012. En parallèle, Vinci Genius commercialise des tablettes tactiles pour « stimuler les petits enfants, étendre leurs connaissances et les éduquer ». Le tout en trois niveaux : curiosité, confiance puis aptitude. Un véritable marathon, donc. Mais un marathon sans danger ? Difficile de le déterminer car ces tablettes n’ont pas encore fait l’objet d’études scientifiques. Ce qui n’a pas empêché l’Académie des Sciences de promouvoir leur usage pour les bébés dans un avis controversé (6). Si l’enfant est passif devant la télévision, il est actif face à une tablette, argumente l’Académie des Sciences. Un point que Bruno Harlé, pédopsychiatre responsable de l’unité d’hospitalisation d’enfants de 6 à 13 ans au Centre Hospitalier Le Vinatier de Bron, en Rhône-Alpes, et co-fondateur du site web neuro­sciencefictions.org, conteste : « La distinction entre l’actif et l’inactif est spécieuse. La tablette demeure un écran. Or, les méfaits de l’exposition massive aux écrans sur l’attention et le comportement de l’enfant sont bien connus. Et ceux-ci ne peuvent qu’être renforcés si cette exposition s’amorce dès les premiers mois de vie. » Et de poursuivre : « La tablette, comme la télévision, bombarde l’enfant de stimulations et l’habitue à une forte intensité, comme s’il fallait en faire toujours plus pour capter son attention ! » 


Avant l’âge de 3 ans, l’Académie américaine de pédiatrie déconseille quant à elle toute intrusion d’écrans dans la vie de l’enfant. Parallèlement, les auteurs de l’avis de l’Académie des Sciences indiquent que « du point de vue postural, dès 6 mois, le bébé est capable de se tenir assis seul – ou un peu aidé – devant une tablette  », ce à quoi Laure Deslandes, infirmière puéricultrice et directrice de crèches familiale et multi-accueil à Carrières-sur-Seine, en Île-de-France, s’oppose : « Non, les enfants ne sont pas tous capables de s’asseoir seul à l’âge de 6 mois ! Tous les professionnels de la petite enfance déconseillent fortement de maintenir assis un enfant pour qui la station assise n’est pas pleinement acquise d’une manière autonome, d’autant plus quand il s’agit de lui imposer les stimuli d’un écran. Il est primordial de respecter la mobilité naturelle de l’enfant ainsi que son choix de diriger son attention vers tel ou tel détail de son environnement. »


Sa majesté le bébé


Si ces outils dits éducatifs sont loin de faire leurs preuves, ils continuent pourtant de se multiplier. Comment expliquer une telle motivation à accélérer l’intelligence des bébés ? Cet engouement semble s’enraciner dans nos valeurs sociétales. Les performances individuelles, autrefois laissées de côté au profit du collectif, ont largement gagné en intérêt au sein de sociétés de plus en plus élitistes. Les familles nombreuses ont laissé la place à des cellules familiales plus réduites, où une grande importance est accordée à l’éducation de chaque enfant. « Certains parents ressentent le besoin de se réaliser par procuration, en transmettant à leur bébé des objectifs qu’ils n’ont eux-mêmes pas réussi à atteindre. Or, ces parents étant connectés au discours social ambiant, ils lui transmettront les objectifs que celui-ci promeut. Un enfant qui réussit est un parent qui a réussi », analyse Tereza Pinto, psychologue clinicienne, psychanalyste, docteure en psychopathologie et enseignante à l’université Paris VII. « Notre monde de compétition valorise l’enfant précoce, sa performance et sa rapidité », affirme Chantal de Truchis, psychologue de la petite enfance et auteure de L’éveil de votre enfant : le tout-petit au quotidien (7). « Certains parents ont, souvent du fait de leur propre trajectoire scolaire, peu confiance en l’école ordinaire pour transmettre les compétences nécessaires à la réussite sociale de leurs enfants », suggère pour sa part Wilfried Lignier.


Dès leurs premières heures de vie, les bébés sont donc assujettis aux défis impulsés par les adultes. 


« Poussée à l’extrême, cette course peut être source d’angoisses pour l’enfant, au risque de le bloquer dans ses apprentissages », s’inquiète Tereza Pinto. 


« En surstimulant un enfant, on lui apprend malheureusement que la stimulation arrive seule, et donc à être passif  », regrette Roger Lécuyer, professeur de psychologie du déve­loppement, chercheur au laboratoire Cognition et Développement de l’université Paris-V, directeur et co-auteur de Psychologie du développement du nourrisson (8). Un climat de stimulation intensive de l’enfant dont témoigne Chantal de Truchis : « Une éducatrice me disait ceci : à la crèche, on les prépare à la maternelle. À la maternelle, on les prépare au CP. Mais quand seront-ils vraiment eux-mêmes ? ». Il est temps de jouer notre joker…

(1) La Dispute, 2001.

(2) La Découverte, 2012.

(3) Glenn et Janet Goman,, How to teach 
your baby to read, Square One Publishers, rééd. 2005.

(4) Voir l’entretien avec Harry Ifergan, 
« Pas de télé pour les moins de 3 ans », 
Le Cercle Psy n° 1, juin-juillet-août 2011.

(5) Voir www.collectifciem.org
(6) Avis de l’Académie des Sciences, L’enfant 
et les écrans, Éditions Le Pommier, 2013.

(7) Albin Michel, rééd. 2009. 

(8) Dunod, 2004.

Source

http://le-cercle-psy.scienceshumaines.com/la-course-aux-bebes-einstein_sh_31283

 

Enfants surdoués : une étude inédite

Des recherches conduites à Lyon confirme déjà qu’il existe deux profils d’enfants à haut potentiel : « les laminaires » sans difficultés scolaires et les « complexes » plus à risque de difficultés.

En langage politiquement correct, ils ne sont plus appelés surdoués ni précoces mais « enfants à haut potentiel » ou « HP ». Parfois capables de comprendre Einstein à 10 ans, ils sont pourtant 30 % à ne pas atteindre le bac en raison de difficultés scolaires. Être à « haut potentiel » s’accompagne parfois de troubles du comportement, de « dys » ou d’hypersensibilité affective. « Les parents viennent nous voir en disant : il est ingérable, il est dans l’opposition… On leur montre alors qu’ils n’ont pas quelque chose en moins mais quelque chose en plus », explique Fanny Nusbaum, neuropsychologue, directrice du centre Psyrene à Lyon, spécialisé dans les « HP ». Ce « quelque chose en plus », la science ne sait pas encore bien l’expliquer. C’est le but de la recherche inédite débutée il y a un an au Cermep, centre de « l’imagerie du vivant » de Lyon et financée par la fondation Apicil. Des enfants HP de 8 à 12 ans, y ont passé des tests pendant que les chercheurs observaient grâce à l’IRM fonctionnelle les connexions de leur cerveau.

Premiers résultats

Les premiers résultats confirment l’hypothèse établie par Fanny Nusbaum de deux profils HP : les laminaires et les complexes. Les enfants au profil « laminaire » ont un comportement bien adapté à l’environnement donc plutôt le profil « premier de la classe ». L’IRM a ainsi montré que leurs capacités cognitives étaient bien homogènes : ils activent plus de zones que les « complexes », notamment des zones du cortex intervenant dans les liens associatifs – ce sont des enfants qui ont une très bonne mémoire épisodique liant événements et émotions – et les zones de « gestion des conflits » qui permettent de « sélectionner la bonne réponse ». Les laminaires répondent donc juste aux tests dans plus de 80 % des cas tandis que les complexes, dont les zones de gestion des conflits sont moins activées, ne répondent juste que dans 50 % et plus lentement. De même, les laminaires ont une meilleure connectivité entre les deux hémisphères, confirmant leur meilleure adaptabilité.

Cette « dys-synchronie cognitive » apparue sur les IRM des enfants HP complexes confirme le décalage observé dans le comportement de certains de ces enfants, surdoués en maths mais piquant une crise si on leur demande de lâcher leur doudou. Ces enfants n’ont pas les clés cérébrales pour travailler, il faut les leur apporter. C’est le principe de la neuroéducation qui consiste à utiliser les connaissances en neurosciences pour concevoir des méthodes pédagogiques mieux adaptées.

Par Sylvie MONTARON | Publié le 13/04/2015 à 06:05
http://www.ledauphine.com/sante/2015/04/12/enfants-surdoues-une-etude-inedite