Comment reconnaitre un enfant précoce et l’aider en cas de besoin

En France, près d’1/2 million d’enfants âgés de 6 à 16 ans sont considérés comme précoces, c’est à dire surdoués et à haut potentiel. Nombre d’entre eux sont pourtant en échec scolaire

Annie Reithmann, Philosophe, vice-présidente de l’AEHPI (Association pour les enfants à haut potentiel) et directrice d’IPECOM Paris, un lycée qui accueille de nombreux enfants précoces, nous explique comment on peut les aider.

Maxi : Qu’est ce que l’on entend par enfant précoce ?

Annie Reithmann : C’est d’abord un enfant qui a un QI de plus de 130 testé par un psychologue. Les QI les plus élevés atteignent généralement 150. Mais j’ai déjà rencontré un élève qui avait un QI de 158.

Maxi : Quelles sont concrètement les différences avec les autres enfants ?

Annie Reithmann : ils ont un décalage entre l’intellect, l’affectif et la motricité. Ils veulent aller vite mais la main ne suit pas.

Maxi : Qu’est ce qui doit mettre la puce à l’oreille ?

Annie Reithmann : la dysorthographie, le décalage entre l’intellect et la motricité, les très affectifs, les très curieux. Les précoces osent dire les choses. Ils ont une bonne perception. Ils préfèrent les adultes et ont un langage châtié. Ils ont une curiosité intellectuelle sur des choses qui ne sont pas forcément scolaires. Ils veulent aller au bout des connaissances. Les enfants précoces ont besoin de donner un sens à tout. Ils n’aiment pas les répétitions. Et pourtant les devoirs et l’apprentissage des leçons demandent de répéter, de s’approprier et d’appliquer. Il faut faire et refaire. Or, ils n’aiment pas refaire. Ils pensent qu’une fois suffit. La plupart du temps, ils se sentent aussi exclus.

Maxi : Comment fait-on pour aider ces enfants précoces en souffrance ?

Annie Reithmann : l’effectif réduit, c’est capital. Des profs ouverts aussi. Ces enfants sont très souvent dans la provocation et les profs doivent trouver des pédagogies différentes. Quand ils arrivent, bardés de leur réputation d’élève en échec, notre but est de casser les réactions et de les étonner. Nous passons un contrat avec eux et clarifions des objectifs à atteindre. Des objectifs réalistes et réalisables à court terme, en les impliquant. Nous leur demandons par exemple : Quelle note penses-tu pouvoir obtenir si tu travailles un peu plus ?
Nous devons retravailler la grammaire par le jeu, leur donner des challenges. Ils sont souvent un peu bébés. Alors, on leur donne des bonus. On leur fait faire des jeux entre eux pour qu’il y ait une dynamique. Le théâtre, la culture générale font aussi partie des options. Le théâtre aide bien souvent des élèves très agités à trouver de la reconnaissance.

Maxi : Est-ce que les écoles dans lesquelles ces élèves en souffrance ont été scolarisés précédemment sont toutes identiques ?

Annie Reithmann : non. Il y a ceux qui viennent d’écoles extrêmement rigides et ceux qui viennent d’écoles qui laissent faire dans des classes surchargées. Or l’écoute, c’est important. Offrir un cadre sécurisant, positif est essentiel pour ces jeunes-là.

Maxi : Quelles sont les plus grosses difficultés qu’ils rencontrent ?

Annie Reithmann : les raisons de l’échec scolaire sont nombreuses mais le principal écueil est l’absence de concentration. Ils voient les choses globalement et confondent comprendre et apprendre. Ils trouvent l’idée mais ne veulent pas la développer. Il faut leur donner des rituels d’apprentissage, les obliger à bien rédiger…avoir une attitude de travail. Les enfants précoces sont souvent en échec scolaire après le collège, alors même qu’ils comprennent bien plus vite que les autres enfants ; qu’ils ont très envie d’apprendre ; qu’ils enregistrent tout grâce à leur excellente mémoire car jusqu’à la 3ème, c’est facile, ils ont tout dans la tête. Après, c’est différent. Il y a beaucoup de règles, de leçons à apprendre par coeur. Même si l’enfant est précoce et brillant, il doit accepter de répéter, d’apprendre par coeur. Il doit accepter la rigueur, la norme comme une nécessité. Et donc se concentrer. Ce qui est difficile. Sauf lorsqu’ils aiment : la vidéo par exemple ou les dinosaures ! Là, ils peuvent passer des heures sans bouger.

Maxi : Au bout de combien de temps, les premiers effets de vos méthodes se font-ils sentir ?

Annie Reithmann : cela dépend de l’élève mais nous nous donnons 1 an. Nous faisons des bilans régulièrement. Et progressons étape, par étape. Nous essayons de donner du sens à nos actions, au savoir. On essaye d’établir un vrai dialogue, sans jugement, sans étiquette. On les valorise et leur montre qu’ils peuvent avoir confiance en nous. On doit les aider à être autonomes et les obliger à s’adapter aux règles classiques.

Maxi : Y a t-il plus de filles que de garçons précoces ?

Annie Reithmann : les enfants précoces sont plus souvent des garçons que des filles ; mais ce n’est pas une théorie. Une fille apprend plus vite la contrainte des règles. Un garçon est moins soumis aux obligations et règles familiales. En revanche, lorsque nous recevons une élève précoce, elle est souvent plus dure encore qu’un garçon en terme de violence et de provocation.

Maxi : Repère-t-on facilement un enfant précoce ?

Annie Reithmann : non. il y a  des enfants précoces que l’on ne voit pas. Parfois, ils s’ennuient et cela se traduit par de l’agitation ou du rêve. Mais ils peuvent passer dans la classe supérieure ou redoubler sans que personne ne se rende compte de leur décalage.

 Annie REITHMANN a écrit des ouvrages (Méthode de travail, Réussir au collège, Editions Creaxion, Méthode de travail, Réussir au lycée, Editions Creaxion), elle a été directeur de collection de livres chez Studyrama et a animé de nombreux colloques sur la précocité et les difficultés scolaires.

http://www.maxi-mag.fr/famille/ados/comment-reconnaitre-un-enfant-precoce-et-laider-en-cas-de-besoin.html

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