Handicap : les 4 vérités de Josef Schovanec

[ZEBRE AND CO] Josef Schovanec

ce savant, philosophe et autiste qui dérange l’ordre établi…

Connaissez-vous Josef Schovanec ? Ce philosophe écrivain diagnostiqué autiste dès son plus jeune âge ne mâche pas ses mots ! J’avais eu la surprise de découvrir cet homme lors d’une journée de formation sur la participation des personnes organisée par l’ANDESI le 9 octobre 2019. L’auteur de « L’autisme pour les nuls »  et de « Je suis à l’est » nous avait parlé sans réserve de ce qu’il pense de la gestion du handicap en France. Attention ses propos déménagent… Je vous les transmets tel quel !

« J’ai de la chance » nous dit-il, je suis diagnostiqué autiste « donc irresponsable ». Mes propos ne seront donc pas retenus contre moi. « Je peux donc m’exprimer en toute liberté ». « Vous savez en France nous sommes dans une logique qui vise à considérer que tout ce qui ne va pas doit être caché et l’histoire du handicap reste à écrire. Le handicap est un des sujets les plus tabous ».

« Il n’y pas de politique du handicap en France. Ce sont les associations qui font le travail. Chacun des combats a été mené par une ou plusieurs associations et regroupements de personnes et familles de handicapés. C’est  l’image du logo du handicap : On rend visible ce qui est minoritaire et ne dérange pas et on cache tout ce qui est difficile à voir ». Le logo du handicap qui a été retenu pour tous est un fauteuil roulant. C’est un symbole certes mais seulement   2% des personnes handicapées sont en fauteuil. Les autres et notamment les handicapés mentaux n’existent pas, ou s’ils existent ils sont bien « cachés ».

1. Le handicapé, victime d’inégalités et d’apartheid

« Il y a des inégalités entre les handicaps et chacun « gère son petit empire » associatif ou marchand dans une somme de niches.  Lorsque je voyage à l’étranger je suis surpris  par la présence des personnes handicapées dans les espaces publics.  Rien de tel dans notre pays. En France on a littéralement « purgé » les handicapés des lieux publics au point que quand on en voit, on est parfois surpris. Il faut dire aussi que beaucoup sont soulagés que leur proche handicapé soit éloigné de leurs regards. Car regarder vivre une personne handicapée, ça dérange forcément ».

« Il existe dans notre pays une forme d’apartheid, mais aussi  d’autres formes de regards à combattre : ceux de la gentillesse et de la charité ». La gentillesse et la charité sont des approches omniprésentes dans les pratiques d’aide et de soutien. Dans certains pays le Téléthon serait interdit : Comment peut-on agir de la sorte à un seul  moment de l’année ? On fait œuvre de charité ce jour là en faisant appel à nos bons sentiments alors que l’on ne fait rien  le reste de l’année….

2. Un modèle médical qui écrase

Nous sommes aussi  confrontés au modèle médical en surplomb. Le médecin avec son « aura divine » conduit la politique publique à se saisir de la recherche de la guérison comme solution miracle à la disparition du handicap. Dans  d’autres pays, il est d’abord recherché l’inclusion.

L’évaluation médicale classe la personne dans une catégorie et l’on croit que cela est immuable.  Le calcul du Q.I., favorise une classification qui conduit à la catégorisation des individus. Or on devrait à l’inverse  réaliser des évaluations positives avec la  participation de personne qui vivent ce handicap. Tout est aussi question de vocabulaire : le médecin au Québec n’a pas de patient (c’est-à-dire des personnes qui attendent) Ils ont des clients, il est votre coach qui favorise votre participation.

Mais il faut savoir le reconnaitre : l’approche médicale a pris le dessus même sur la vie.   Nous sommes, nous handicapés, objets de prescriptions comme si nous ne savions pas ce qui est bon pour nous. Nous sommes aussi confrontés au « barbarisme » de la bureaucratie. La création du projet de vie laisse supposer qu’il suffirait de suivre des modes d’emploi de bonnes pratiques avec les référentiels pour que tout aille bien ! Mais c’est incroyable cette façon de se passer de nous…

Le « politique » s’est désengagé de cette question du handicap. Il a été remplacé par une technocratie qui a pris le relai. Il existe aujourd’hui une « mise à l’écart des grandes organisations et associations »  remplacées par des  « experts » nommés par le fait du prince.

3. Et les médias dans tout ça ?

Les médias sont eux même portés par une forme d’inculture sur le handicap. C’est le primat de l’évènement sur le travail en profondeur. Le visible doit être rempli par de belles images. Nous sommes mis en lumière lorsque l’établissement qui nous accueille tente de valoriser sa propre image. Sommes-nous des « faire-valoir » ? Il est saisissant que les handicapés soient si éloignés de la société médiatique. Il faut être le handicapé moderne qui capte l’attention du public tels les héros des films populaires. Mais tout le monde n’est pas « rain man » ni « intouchable« .

« Certains handicaps sont plus sexy que d’autres » nous explique Josef Schovanec. Il prend exemple sur  la schizophrénie  aujourd’hui jugée dangereuse alors que dans les années 70 la personne schizophrène était prise en compte dans son environnement grâce au mouvement antipsychiatrie. Mais il y a d’autres points qui le désolent et le dérangent…

4. Le handicap est aussi un business

« De plus en plus d’entreprises font du business sur le handicap avec des thérapies qui sont des arnaques ». C’est le mythe de la nouvelle molécule ! Les intérêts financiers sont énormes et parfois les personnes handicapées ne sont utilisées que dans des buts mercantiles. « Dans ce jeu là ce sont les personnes les moins honnêtes qui gagnent »  car, sous couvert de la modernité commerciale, les sollicitations se multiplient.

Regardons ensemble la réalité

Il faut regarder certaines réalités en face pour agir : beaucoup de personnes handicapées finissent à la rue, SDF. D’autres  se suicident. Ce sont des sujets tabous. La barbarie a pris d’autres formes, celle par exemple de l’abandon,  de la solitude et de l’enfermement.

Notre philosophe autiste conclut son propos sur une note optimiste. Il nous rappelle que  la force de notre communauté se mesure en regardant la force du plus faible. Si celui-ci est reconnu et qu’on l’accepte tel qu’il est en y prenant attention, alors tout ira mieux.

Alors que penser de cette parole  un peu dérangeante ? Qu’en pensez-vous ? Vos réactions sur ce sujet sont bienvenues. N’hésitez pas à utiliser les commentaires pour réagir et faire partager votre opinion.

Note : (j’ai ajouté les intertitres dans ce compte rendu)

photo : Josef Schovanec au colloque de l’ANDESI

 

Source : Dubasque.org

Hypersensibilité

pourquoi les personnes très sensibles souffrent de TDAH

« Endurcissez-vous ! », « Ne soyez pas si sensible. », « Je ne peux pas croire que cela vous dérange !  » : quelle personne très sensible n’a jamais entendu ces phrases ?

hypersensibilite

« Endurcissez-vous ! », « Ne soyez pas si sensible. », « Je ne peux pas croire que cela vous dérange ! » :  si vous êtes très sensible aux stimuli physiques et / ou émotionnels, vous pouvez avoir une hypersensibilité – une condition courante chez les adultes atteints de TDAH (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité) à qui l’ont sort très souvent ces phrases.

Qu’est-ce que l’hypersensibilité ?

L’hypersensibilité – également connue sous le nom de «personne très sensible» (HSP) – n’est pas un trouble. C’est un attribut courant chez les personnes atteintes de TDAH. Les symptômes d’hypersensibilité comprennent une forte sensibilité aux stimuli physiques (via le son, le soupir, le toucher ou l’odeur) et / ou émotionnels et la tendance à être facilement submergé par trop d’informations.

De plus, les personnes très sensibles sont plus susceptibles de souffrir d’asthme, d’eczéma et d’allergies. « C’est bien dans certaines situations et pas dans d’autres », explique Elaine N. Aron, psychologue et psychothérapeute, Ph.D., auteure de The Highly Sensitive Person, qui pense qu’il est important de savoir quand une personne souffre d’hypersensibilité. Comme avec le TDAH, en être conscient vous fait réaliser que vous n’êtes pas seul.

Quels sont les signes et symptômes d’hypersensibilité ?

«Les personnes atteintes de TDAH sont hypersensibles», explique Maté. «Ce n’est pasleur faute, c’est la façon dont ils sont nés. C’est leur tempérament inné. « Quand j’ai lu La Personne hautement sensible d’Aron, j’ai finalement reconnu cette sensibilité en moi-même. Selon Aron, 15 à 20% de la population est née avec un haut niveau de sensibilité.

«Lorsque vous savez que vous êtes très sensible, cela recadre votre vie», explique Aron. Savoir que vous possédez ce trait vous permettra de prendre de meilleures décisions.

«Les personnes sensibles doivent vivre différemment pour être à l’aise.»

Les cliniciens travaillant avec des personnes atteintes de TDAH considèrent l’hypersensibilité, à la fois physique et / ou émotionnelle, comme une affection comorbide courante. Les personnes atteintes de TDAH sont souvent hypersensibles dans l’un des domaines sensoriels : le son, le toucher ou l’odorat.

J’ai découvert que ma longue habitude de bouger avec mes cheveux était due à une hypersensibilité. Je n’aime pas la sensation des mèches de cheveux qui chatouillent mon visage et mon cou, alors je les rassemble en un nœud. Avant longtemps, j’ai l’impression que quelqu’un enfonce ses phalanges dans mon crâne, juste là où j’ai noué mes cheveux.

D’autres sensibilités incluent les sons et les stimuli visuels – les lumières clignotantes et les objets en mouvement. Des études suggèrent que les personnes atteintes de TDAH souffrent également davantage d’asthme, d’eczéma et d’allergies – des conditions d’hypersensibilité – que celles sans TDAH.

Pourquoi les personnes atteintes de TDAH ont souvent une hypersensibilité ?

«Tout comme nous avons du mal à filtrer ce qui sort», dit Hallowell, qui souffre lui-même du TDAH, «nous avons du mal à filtrer ce qui entre. Je ne peux pas étayer cela avec la recherche, mais dans mon expérience clinique et dans ma propre vie , il semble que nous ayons tendance à laisser les choses nous arriver. Nous prenons les expériences des autres très rapidement, comme l’insecte sur la feuille qui prend la couleur de la feuille. »

Maté explique que si les personnes atteintes de TDAH naissent avec un niveau élevé de sensibilité, il leur faut moins de stimulation pour se sentir plus dépassées, en particulier dans les environnements distrayants et les conversations dynamiques. De plus, plus nous sommes sensibles, plus nous ressentons de la douleur. «La douleur émotionnelle et la douleur physique sont ressenties dans la même partie du cerveau», dit-il.

Beaucoup d’entre nous ont découvert des choses positives sur la vie avec le TDAH, et un niveau élevé de sensibilité peut également être utilisé à notre avantage. Mais comme le TDAH, l’hypersensibilité doit être gérée et contrôlée pour laisser transparaître les aspects positifs – créativité, empathie et profondeur de perception.Beaucoup d’hypersensibles ont appris à le faire, et vous le pouvez aussi.

En suivant ces stratégies simples :

  • Honorez votre sensibilité. Ne vous forcez pas à faire des choses difficiles. Dans la mesure du possible, choisissez des situations qui correspondent à votre tempérament. Les personnes très sensibles ont besoin de plus de temps que les autres pour traiter les événements de la journée. Avant de vous surcharger en sortant le soir, prenez quelques minutes pour déterminer si vous pouvez gérer plus de stimulation ou si vous avez atteint votre limite pour la journée.
  • Reculez. Permettez-vous d’avoir votre réaction émotionnelle face à une situation, mais considérez qu’il peut y avoir d’autres interprétations. Faites une pause pour réfléchir et respirez profondément pour vous calmer. Analysez la situation et réévaluez-la.
  • Bloquez-la. Pour éviter la surcharge sensorielle et l’anxiété, ayez toujours des bouchons d’oreille et un casque avec vous pour bloquer le bruit.
  • Atténuez-la. Si les foules et le bruit sont des problèmes, trouvez des lieux plus calmes et moins peuplés – une petite épicerie au lieu d’une grande chaîne, par exemple, ou un petit cabinet de médecin situé dans une maison au lieu d’un grand groupe de pratique dans un hôpital.
  • Réduisez les stimulations étrangères. Dites «non» gentiment aux choses qui vous ont submergé par le passé, que vous n’avez pas à faire ou que vous ne voulez tout simplement pas faire. Identifiez vos limites et mettez-les en œuvre lorsque vous êtes dépassé.
  • Assurez-vous que vous avez suffisamment dormi : reposez-vous ou faites une sieste avant de faire face à une situation qui sera très stimulante ou après un moment/journée intense.
  • Utilisez des méthodes de relaxation : méditez, priez ou faites du yoga pour renforcer votre capacité à faire face aux défis quotidiens en pratiquant le calme et en apprenant à recréer cette sensation.

 

Source : psychologue.net

La dyspraxie : un handicap invisible, insuffisamment diagnostiqué, qui place l’enfant, puis l’adulte, en échec !

La dyspraxie est un handicap invisible : en l’absence de diagnostic, par méconnaissance, les enfants ne sont pas pris en charge, pas rééduqués et se retrouvent en échec à l’école puis lors de l’insertion professionnelle. Même l’apprentissage de la conduite d’un véhicule est souvent un échec, les épreuves n’étant pas adaptées…

Les praxies

On distingue deux catégories de gestes  

  • Les gestes universels :
    ils sont inscrits par l’évolution dans notre patrimoine génétique et s’acquièrent par le libre jeu des systèmes sensorimoteurs et neurologiques ( courir, sauter, etc)
  • Les gestes volontaires :
    ils sont permis par notre équipement sensorimoteur et neurologique, indispensables dans un contexte social ou culturel donné, ils sont issus d’un apprentissage et d’un entraînement.

Un geste intentionnel s’inscrit dans un projet, il y a donc une planification : c’est la fonction de gestion et  de pré programmation du geste intentionnel que l’on appelle praxie.

Une fois apprise, une praxie ne s’oublie pas, la qualité du geste dépend de l’entraînement. L’initiation du geste ne dépend que de l’évocation de la finalité de l’acte : cette évocation consciente déclenche les programmes automatiques de contrôle, de coordination, les programmes cognitif et sensorimoteur adaptés.

Une praxie, c’est donc le fait d’acquérir une gestion automatisée d’un type de geste après en avoir fait l’apprentissage : par exemple apprendre à manger avec une cuillère chez un enfant, apprendre à conduire chez un adulte.

Développement des praxies chez l’enfant

L’évolution se fait par étapes : de la plus simple à la plus complexe. Chaque nouvelle acquisition s’ajoute aux précédentes. Le rythme d’évolution propre est influencé par des facteurs individuels, l’environnement familial et culturel ( manger avec des baguettes, ou avec un couteau et une fourchette, etc).

Les praxies évoluent avec l’âge, les difficultés n’apparaissent qu’à l’âge où la praxie est censée être maîtrisée.

Entre 6 et 11 ans, le nombre de gestes exécutés augmente en étroite relation avec le développement des autres fonctions cognitives et les stimulations du milieu extérieur.
A 11 ans, les praxies sont matures dans la vie quotidienne et scolaire

Apprentissage des praxies
Il existe différentes stratégies d’apprentissage : imitation, essais, erreurs, répétition, entraînement,  ce qui conduit à la constitution de répertoires de gestes : fichiers de programmes moteurs.

Le regard et la construction spatiale : le regard permet la reconnaissance des formes, la prise d’informations pertinentes. La structuration de l’espace est nécessaire pour donner des indices topologiques.

Stratégie du regard et lecture : les mouvements oculaires sont constitués de bonds successifs ( saccades) suivis de pauses ( fixations fovéales) qui concernent des groupes de lettres. La taille des saccades dépend du texte et du lecteur. 4 à 5 années d’apprentissage sont nécessaires de la grande section de maternelle au CE2 ou CM1.

Différents types de praxie

On distingue plusieurs types de praxie.

  • Les praxies idéatoires  : utiliser et manipuler des objets, par exemple des couverts
    Les praxies idéomotrices ( entre 3 et 7 ans) : réalisation de gestes symboliques ou de mime ( marionnettes, etc)
  • Les praxies constructives ( début entre 7 et 11 ans) : jeux de constructions, travaux manuels, dessins, écriture
  • Les praxies de l’habillage ( entre 3 et 7 ans) : capacité à s’habiller
    Les praxies orofaciales : touchent les capacités motrices mises en jeu dans la parole.

Définition de la dyspraxie

Le mot dyspraxie comporte le préfixe “dys” : difficile à faire, fonctionne mal et “praxie “: coordination des gestes appris.

La dyspraxie est un trouble du « savoir faire » d’un geste volontaire appris et en lien avec un environnement culturel.

La Dyspraxie ou trouble du geste ou trouble de l’acquisition de la coordination (TAC) est un trouble neurologique présent dès la naissance. C’est un trouble cognitif spécifique qui affecte la planification et l’automatisation des gestes intentionnels. Elle est due à un dysfonctionnement cérébral localisé qui peut être d’origine lésionnelle (prématurité, souffrance à la naissance) ou d’origine développementale (comme la Dyslexie).

Il en résulte une maladresse pathologique qui contribue à mettre la personne en situation de handicap.

Il existe de nombreuses formes de dyspraxie car elle touche les différents gestes à des degrés divers :

  • La dyspraxie constructive : difficulté à assembler (puzzle, lego, etc).
  • La dyspraxie visuo spatiale : trouble du regard associé à une difficulté dans le repérage spatial.
  • La dyspraxie idéatoire : difficulté à utiliser les outils.
  • La dyspraxie idéo motrice : difficulté à mimer.
  • La dyspraxie oro faciale : difficulté à articuler, souffler des bougies….

La Dysgraphie (trouble de l’écriture) est toujours présente dans la Dyspraxie et peut mettre l’enfant en grande difficulté scolaire : lettres malformées, écriture peu lisible associée à une lenteur et une grande fatigabilité.

La Dyspraxie peut-être associée à d’autres troubles Dys (dyslexie, dyscalculie, dysorthographie) et s’accompagner d’un trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité.

Définition fonctionnelle de la dyspraxie

Anomalie touchant la planification et la programmation des gestes volontaires.  C’est un trouble de la réalisation du geste, impossibilité d’automatiser, d’intégrer au niveau cérébral les différents composants ( sensorimoteurs, spatiaux et temporels).

Définition de la dyspraxie dans la CIM 10

Trouble spécifique du développement moteur dont la caractéristique essentielle est une altération du développement de la coordination motrice non imputable entièrement à un retard intellectuel ou à une affection neurologique spécifique congénitale acquise.

Définition de la dyspraxie dans le DSM IV

Classification DSM IV

Difficultés compte tenu de l’âge et des capacités intellectuelles dans la réalisation des activités de la vie quotidienne nécessitant une coordination motrice, d’où retard dans les étapes du développement psychomoteur et signes de maladresse, difficultés graphomotrices et difficultés dans les activités sportives.
Elles atteignent significativement les résultats scolaires ou les activités de la vie quotidienne.
Absence d’affections connues notamment encéphalopathie ou dystrophie musculaire

En cas de dyspraxie, l’effort d’apprentissage pour des gestes nouveaux est considérable ( besoin de nombreuses démonstrations, décomposition de la séquence du mouvement en sous unités), le geste restera disharmonieux.

Bilan à réaliser en cas de suspicion de dyspraxie

Quand faut-il suspecter une dyspraxie ?

Il faut suspecter une dyspraxie chez un enfant qui a des difficultés motrices : par exemple pour réaliser les puzzles, les jeux de construction, qui fait des dessins spontanés pauvres et malhabiles, dans lesquels les éléments sont dispersés (alors qu’il fait des commentaires adaptés et pertinents), etc
Un enfant dyspraxique est intelligent et cherche des stratégies d’adaptations :  il mange par exemple son yaourt avec du pain, car c’est trop difficile à la cuillère, il décide de ne plus manger de viande parce que c’est trop compliqué à découper, etc
Un enfant dyspraxique rencontre des difficultés pour s’habiller ( faire ses lacets est problématique au delà de 10 ou 11 ans, généralement).  L’enfant a besoin d’être accompagné pour se laver, s’essuyer après la douche, pour l’hygiène de manière générale. Au cours des activités sportives, un enfant dyspraxique a du mal à coordonner ses actions  : apprendre à faire du vélo s’avère très difficile puisqu’il faut dans le même temps tenir en équilibre, pédaler, diriger le guidon, etc
Un enfant dyspraxique peut faire ses devoirs à l’oral mais à l’écrit c’est catastrophique, il peut calculer mentalement mais pose difficilement les opérations, il a du mal à se concentrer, bouge beaucoup, etc
A l’école la présence concomitante de plusieurs de ces difficultés doit alerter.

L’enfant comprend bien comment faire mais l’outil qu’il met en place n’est pas fiable, il sait qu’il doit faire mais n’y arrive pas : il est dyspraxique.

La dyspraxie est perceptible à partir du moment où il faut une aide pour certaines actions de la vie quotidienne ( couper sa viande, etc) au delà de l’âge théorique d’acquisition.

En cas de suspicion de dyspraxie, il faut réaliser un bilan médical, neuropsychologique, psychomoteur, orthoptique, ergothérapique et pédagogique.

Le premier bilan est généralement réalisé par un psychomotricien, qui peut simplement suspecter la dyspraxie ( il ne peut pas poser de diagnostic), puis un psychologue réalise un bilan global des compétences par des tests d’efficience intellectuelle,  test de QI verbal et test de QI performances. Il vérifie l’absence de déficit intellectuel.

L’examen psychomoteur étudie :
la motricité globale : coordinations dynamiques, coordinations visuomotrices, équilibre,
la motricité fine : coordination oculo-manuelle, praxie manuelles et digitales
l’organisation spatiale : représentation mentale de l’espace, organisation visuo-constructive, perception visuo-spatiale, latéralité
graphisme et écriture

Bilan orthoptique
Il permet d’observer les stratégies visuelles : poursuite visuelle, stratégies d’exploration, coordination oeil/main, attention visuelle, etc

Bilan ergothérapeutique
Evaluation de l’écriture : qualité de l’écriture, épreuves visuo-graphiques et visuo-spatiales
Autonomie dans la vie quotidienne

Aménagements et aides en cas de dyspraxie

A l’école un enfant dyspraxique peut avoir du matériel et des supports adaptés, être interrogé à l’oral, passer les évaluations nationales de CE1 et CM2 adaptées pour les enfants dyspraxiques, avoir un tiers temps supplémentaire, etc

En cas de dyspraxie visuo-spatiale, il est conseillé de passer par le canal auditivo-verbal pour améliorer la réalisation d’une tâche par la description verbale des différentes étapes de réalisation .
Pour l’apprentissage de la lecture, il faut utiliser des méthodes qui utilisent des conversions grapho-phonémiques.
Pour faciliter la lecture, il est conseillé d’ élargir les interlignes, surligner les lignes en fluo de couleurs différentes, voire surligner au fur et à mesure de la lecture, ou les éléments pertinents d’un texte  mais il ne faut  pas modifier les présentations ( police).
Pour l’orthographe, il est conseillé de faire apprendre en épelant les mots courants, donner les règles ( familles de mots), etc

Ces aménagements peuvent aider à pallier les difficultés : elles doivent être envisagées dans un projet  avec tous les professionnels compétents pour donner à l’enfant une chance de développer ses capacités et d’avoir un projet pour sa vie d’adulte.
Parvenu à l’âge adulte, il a besoin que son environnement et son travail soient aménagés, que sa grande fatigabilité soit prise en compte.

Association dyspraxie

L’Association Dyspraxie France Dyspraxie DFD est une association crée en 2011 par des parents d’enfants dyspraxiques déjà investis depuis de longues années pour faire avancer la cause des personnes dyspraxiques. Elle est présente dans 60 Départements, compte 120 bénévoles et plus de 900 adhérents.

Cette association a pour objectifs

  •  de soutenir et accompagner les familles dans leur “parcours du combattant”,
  • de sensibiliser les professionnels de l’éducation et de la santé ainsi que les institutions, afin que la dyspraxie soit mieux connue et prise en charge,
  • d’aider les jeunes dyspraxiques dans leur insertion professionnelle et sociale,
  • d’alimenter les travaux de recherche sur la dyspraxie grâce aux remontées d’information des familles,
  • de prendre une part active à l’action politique menée par la FFDys (Fédération Française des Dys).

Actuellement la dyspraxie est insuffisamment diagnostiquée ou trop tardivement (parfois même à l’âge adulte notamment lorsque les difficultés d’adaptation deviennent trop grandes). Il est important de prendre en charge tôt ces enfants, afin qu’ils bénéficient de rééducations appropriées (psychomotricité, ergothérapie, orthoptie, orthophonie, aide psychologique) aide pédagogique (photocopie, interrogation orale, tiers temps, utilisation d’un ordinateur, aide d’une Auxiliaire de Vie Scolaire, etc). Malheureusement les prises en charges actuelles sont insuffisantes par manque de professionnels formés, les délais sont trop longs y compris dans le système libéral où les rééducations ne sont pas remboursées par la Sécurité Sociale.
Les troubles associés à la dyspraxie ne doivent pas être mis sur le compte de la paresse, d’une opposition, d’un trouble psychologique. En effet ces enfants en souffrance et fatigables à l’école risquent d’être très rapidement exclus du milieu scolaire ordinaire alors qu’ils ont une intelligence tout à fait normale, et parfois même supérieure. Un enfant dyspraxique devient un adulte dyspraxique qui le restera toute sa vie.

 

Source : AtouAante.com

Apprendre : la drogue des “multi-potentiels”

Écrit par Anne-Laur. Jun 23, 2016

Le rôle du sentiment de nouveauté dans le bien-être mental

Je me suis longtemps demandé ce qui n’allait pas chez moi.

que je suis un peu plus introvertie que la moyenne, et qu’en tant que personnalité “idéaliste” et intuitive, je n’ai pas vraiment de juste milieu entre l’ennui le plus profond et l’exhaltation la plus complète. Je m’emmerde dans 99% des situations où mon cerveau n’est pas sollicité sur de “vrais sujets” (c’est à dire pour moi : de l’authentique, de l’humain, du profond ou du complexe).

J’ai une très faible capacité à relativiser afin de voir les aspects positifs de ce qui se présente. Cette intolérance à l’ennui amène des crises d’angoisse qui empirent depuis que “je prends de l’âge” : comme si j’avais dépassé ma limite de tolérance à me trouver quelque part où je n’ai pas envie d’être, à vivre une expérience “déjà vue” qui me donne l’horrible impression de revivre “le jour sans fin”. Le sentiment de perdre mon temps me rend physiquement malade, comme un intolérant au gluten qui s’enfile une bonne baguette. Je suis claustrophobe de la répétition.

D’un autre côté, je me suis passionnée très intensément pour divers sujets, et diverses cultures qui m’ont chacun amené à étudier, apprendre, écrire, analyser et décortiquer de manière quasi-autistique pendant plus de 10 ans, souvent au détriment de bien d’autres aspects de la vie (vie sociale, relations, sommeil, santé, etc.). Mon premier “vrai job” sans description de poste officielle m’a mené tout droit au burn-out en moins de trois ans : j’étais au Canada, dans une startup en pleine ébullition avec des moyens et un boss qui me faisait confiance. J’ai voulu toujours faire autre chose, découvrir, proposer, aller plus loin dans les idées et les projets, changer de poste, improviser… au point de perdre le fil et de me retrouver toute seule “dans ma tête”, un peu à côté de la plaque et plus vraiment productive. C’est le revers de la médaille d’un job où le patron vous donne carte blanche dans un monde en fait régi par des principes assez rigides que je ne maîtrisais pas (celui de la tech). Au moins, ça m’a permis d’identifier par moi-même mes limites, sans passer deux décennies à blâmer une hierarchie écrasante, le manque de moyens ou de liberté d’initiative. J’ai pu aller au bout de moi-même.

Bref, j’aurais dû m’en douter, mais comme pour tout le monde, mon pire ennemi, c’est la machine infernale qui siège dans ma boîte cranienne.

Dans mon cas, il s’agit d’une formule 1 avec un pilote qui ne sait pas vraiment conduire. Il suffit qu’on arrête de rouler à fond, qu’il faille patienter quelques instants à un feu rouge ou qu’on se retrouve dans une partie compliquée du circuit pour que ça se mette à piaffer, à vrombir, bref, à me polluer l’existence. Et même à pleine vitesse, il y a des sorties de piste, des dérapages incontrôlés, bref, des ratés. On ne peut pas dire que tout ça respire le contrôle.

Ce rapport très ambivalent entre l’ennui et l’exhaltation est d’ailleurs un symptôme de bipolarité. Même s’il ne suffit pas à lui seul à poser un tel diagnostic de maladie mentale, il est caractéristique des comportement maniaques. En fait, c’est exactement la définition de “maniaco-dépressif” : la phase maniaque étant une phase de profonde agitation qui rend les réactions du sujets disproportionnées par rapport à la situation réelle, et la phase dépressive étant exactement l’inverse. Quand on est trop “investi” d’un côté, le corps et l’esprit récupèrent comme ils peuvent en se fermant totalement au monde de l’autre. On rentre alors dans une phase où on ne tolère plus le moindre dérangement et où tout semble vide, loin, flou. On est généralement irritable (autre symptôme de dépression), parce que très fatigué, dans les deux cas.

L’alternance entre les phases est épuisante, car aucune ne permet vraiment de se ressourcer. On est toujours en train de fonctionner à la limite de la rupture, dans un sens ou dans l’autre.

Apprendre : un moyen de canaliser l’esprit

Après l’auto-apitoiement, la culpabilité, la honte, bref tout ce qui permet de retourner la violence de ses émotions contre soi, il faut grandir. J’ai mis du temps. Je ne comprenais pas pourquoi tout était si hors de contrôle, pourquoi je m’isolais, pourquoi tout devenait si compliqué, si difficile.

Tant que j’étais dans le cocon scolaire et universitaire (avant le doctorat), les choses allaient mieux. Le rythme était imposé, il y avait des temps d’apprentissage, des temps de test des connaissances, mais le tout formait un ensemble très structuré et cohérent, qui permettait d’intégrer les savoirs progressivement. Lorsque tout cela a volé en éclat au moment d’entrer dans la vie professionnelle à plein temps, j’ai perdu le contrôle de la formule 1. En fait, je réalise maintenant que j’ai cessé de me nourrir quand j’ai cessé d’étudier.

Apprendre est une formidable thérapie. Bien sûr, faire du yoga, marcher dans la nature et sortir manger de bons petits plats, c’est important aussi. On ne peut pas nier que tenir un journal est une forme de thérapie. Se confier à ses proches, se détendre un peu, reconnecter avec le vrai monde, c’est positif.
Mais rentrer dans un nouveau processus d’apprentissage est toujours l’ultime remède pour les cerveaux qui ont tendance à tourner en rond facilement.

Je retrouve ce sentiment chez. Les angoisses, l’ennui et le décalage sont dûs à cette accoutumance à la nouveauté qui, brutalement, cesse d’être nourrie. On est en manque. On a besoin de sa dose de stimulation, d’ouverture, de nouveauté. Je le retrouve aussi chez les “éternels étudiants”, ceux qui ont choisi d’investir sur eux-mêmes dans des études au gré de leurs intérêts, et non pas dans le seul but de trouver un job bien payé à la sortie. Ceux-là sont d’ailleurs nombreux à être aussi des nomades, car le mode de vie sédentaire (surtout en France) incite moins à la poursuite de longues études dans des domaines diversifiés.

Les  dont on parle enfin grâce au travail d’Emilie Warnick sont des curieux, mais ce sont surtout des Formules 1. On ne le sait pas toujours. Il faut apprendre à se piloter soi-même pour éviter que toute cette puissance se retourne contre nous. Il ne s’agit pas d’intelligence ou de QI, mais d’une manière de fonctionner basée sur la curiosité, l’avidité de savoirs, le besoin de nouveauté, la nécessité du défilement des choses et du temps.

Nous sommes des machines qui consomment beaucoup. Tant qu’on ne l’a pas compris nous-mêmes, on se détruit sans le savoir en essayant de se conformer à un modèle d’existence qui va à l’encontre de notre nature profonde : l’exploration, la découverte, l’inachèvement.

Il est essentiel de prendre conscience de son propre besoin de “nourriture”, et de tout faire pour le satisfaire tout au long de la vie, en s’affranchissant autant que possible des contraintes imposées par notre société, nos croyances ou notre entourage.

Assumer l’inachèvement : la clé du bonheur pour les nomades du savoir

Rester dans une démarche d’apprentissage, c’est aussi assumer l’inachèvement de toute chose. A partir de là, on respire. Rien ne sera jamais fini, clôt, acquis pour toujours. On ne sera jamais expert de rien, et c’est tant mieux. On peut aussi kiffer étudier la psychologie pendant 5 ou 6 ans et ne jamais devenir psychologue. Ou s’éclater à apprendre la céramique pour ne jamais ouvrir son atelier.

Toutes les connaissances sont richesses. Pas besoin de les justifier par l’application de celles-ci une décennie ou deux avant de s’autoriser à passer à autre chose.

Dans la vie, on peut aussi vouloir se constituer une immense boîte à outil sans avoir envie de tous les user jusqu’à la couenne. On a le droit de choisir ses priorités et son mode de “nourriture” favori, celui qui satisfera le type de machine infernale abritée bien au chaud dans notre cerveau. Ca peut paraître évident, et pourtant nos sociétés fonctionnent encore complètement à l’encontre de cette logique : on étudie une chose pour travailler, puis, on travaille en répétant cette chose. Et c’est tout.

Les taux de reconversion professionnelles explosant les 70% depuis le début des années 2010, on voit bien que cette manière de faire devient petit à petit minoritaire.

Les éternels apprenants, les nomades du savoir sont déjà les leaders de notre monde.

Source : medium.com

« Pour être performant, raisonner n’est pas une nécessité »

Fanny-Nusbaum

ENTRETIEN. La chercheuse en neurosciences Fanny Nusbaum, autrice du « Secret des performants », détricote les liens entre intelligence et performance.

Ils réussissent dans les affaires, dans le sport, les arts, les sciences… Mais qu’ont-ils de plus que les autres ? Dans son dernier livre, Le Secret des performants, la docteure en psychologie et chercheuse en neurosciences à l’université Lyon-I, Fanny Nusbaum, se penche sur les ressorts de la réussite. Et casse les idées reçues. La performance n’aurait rien à voir avec le QI. Et cette spécialiste de l’intelligence assure même que tout le monde peut y accéder.

Fanny Nusbaum :Qu’entendez-vous exactement par performants ?

Le Point : La performance est une victoire, une réussite, un dépassement de soi qui sort de l’ordinaire et qui va faire consensus. On ne peut pas être performant tout seul dans sa chambre. Pour être performant, il faut un minimum de public, il faut que ça soit validé par l’extérieur. La performance est une réussite qui se voit. Mais bien sûr, ça peut être une « petite » réussite ponctuelle comme avoir « le feu sacré », un dimanche avec ses amis, et les dépasser largement en course à pied ou bien jouer du piano devant 5 000 personnes toutes les semaines. Le performant est celui qui se trouve fréquemment dans cet état de performance que nous avons tous déjà vécu à divers degrés.

Pour vous, la performance n’est pas dépendante de l’intelligence au sens classique du terme, celle mesurée par le QI ?

Effectivement, la performance n’est pas réservée à une élite et surtout pas à une élite de penseurs, de philo-cognitifs, c’est-à-dire ceux qu’on appelait autrefois les « hauts potentiels » ou les « précoces », qui ont souvent un QI élevé. Le QI correspond à une capacité de raisonnement, ce qui est bien différent de l’intelligence et donc de la performance. Jusqu’à présent, on confondait les deux, alors qu’on peut avoir de grandes capacités de raisonnement, mais ne « jamais » être en état de les montrer… Donc ne jamais être en état d’intelligence. En résumé, l’intelligence n’est pas là où l’on croit qu’elle est. Elle n’est pas dans le QI. Les performants sont plus dans l’intelligence que les penseurs qui ne font que penser dans leur coin. Nombreux sont les hauts QI qui végètent.

Les performants ne cherchent pas à retrouver la sécurité parce qu’ils ont l’obsession du dépassement de soi.

Alors, comment atteint-on la performance ? Quel est le secret des performants ?

Les performants que j’ai interviewés disent tous que ça leur vient naturellement, mais en réalité, on observe trois points communs entre eux. Ils déclenchent tous très rapidement leurs décisions. Pour produire la performance, ils arrêtent de réfléchir plus tôt que les autres, ils font plus rapidement le tour du sujet, pèsent plus rapidement le pour et le contre, de façon très instinctive, très intuitive. Pour cela, ils se reposent sur leur hyperactivité. Pas dans le sens d’un trouble pathologique de déficit de l’attention, mais dans le sens d’une hyperactivité qui fait du bien et qui permet de faire plusieurs choses en simultané. Ces personnes font, ou pensent, à plein de choses en même temps. Les performants sont tous des hyperactifs. Mais tous les hyperactifs ne sont pas des performants.

Le deuxième élément est l’autonomie mentale. Ce ne sont pas des gens qui vont s’intégrer ni s’adapter au système. Ils vont au contraire créer quelque chose et emmener le système avec eux. Ils arrivent à créer une coopération autour de leur action.

Le troisième, c’est cet état de conscience totale que vivent les gens en performance. Très connectés avec leur environnement, ils flairent l’air du temps et se lancent avec leur vision. Ils sont en phase avec leur environnement, ils sont dans la vie.

Le préalable à tout ça, c’est bien sûr le travail. Les performants sont tous de gros bosseurs. Pour arriver à l’état de compétence, ils travaillent énormément. Pour passer ensuite de la compétence à la performance, ils lâchent prise, ils « déroulent », ils se font confiance.

Ce sont des personnes qui n’ont pas peur de prendre des risques ?

C’est ça. Ils se sentent plus à l’aise que les autres dans l’équilibre instable, ils ne cherchent pas à retrouver la sécurité parce qu’ils ont l’obsession du dépassement de soi. Ils ont en commun de chercher à faire quelque chose de grand, dans leur entreprise, dans le sport, dans l’art… Ça peut être aussi autour de leur personne, comme Kim Kardashian qui est, selon ma théorie, plus intelligente que certains intellectuels qui ne produisent rien.

Vous assurez dans votre livre que la performance est à la portée de tous…

On peut effectivement tous atteindre cet état de performance, on peut apprendre à se mettre en état de performance, même avec un QI à 80.

Comment faire pour y accéder alors ?

Il y a dans ce livre de nombreux conseils pour y arriver, comme l’entraînement à penser très vite. La rapidité de penser se travaille de nombreuses manières différentes. Par exemple, en écoutant des livres audio en vitesse accélérée. Le cerveau s’adapte ainsi à penser vite. On peut faire la même chose avec la lecture rapide qui force le cerveau à acquérir des automatismes à la rapidité. On peut s’entraîner au quotidien pour être plus performant pour le jour où il y a une décision plus rapide à prendre.

Vous expliquez également que pour performer, il faut faire confiance à son intuition. Il faut arrêter de réfléchir, de raisonner ?

Oui, et c’est là un de mes combats et c’est assez à contre-courant. Aujourd’hui, on est dans une survalorisation du rationnel, de l’esprit critique, du cartésianisme. Les gens réfléchissent de moins en moins bien, avec l’impression du contraire, mais, pour la performance, raisonner n’est pas une nécessité. Le cerveau traite 90 % à 95 % de l’information de façon inconsciente. Il fait en permanence des probabilités à partir des expériences antérieures, pour pouvoir prendre des décisions. La plupart du temps, ce sont de bonnes décisions. C’est ça, l’intuition.

D’un autre côté, 5 à 10 % de notre activité cérébrale est consciente et maîtrisée, calculée, laborieuse, dans le raisonnement, le rationnel, la planification… mais ce n’est pas bon pour la performance. Réfléchir n’est évidemment pas une mauvaise chose, bien au contraire ; mais s’appesantir sur la réflexion quand on veut performer est une erreur stratégique. Le préfrontal, la partie conscience du cerveau qui rationalise tout le temps, doit faire confiance au cerveau plus ancien qui est une machine très bien huilée. Il peut faire erreur, mais la plupart du temps, le cerveau fait bien son travail, car il cherche à garantir la survie.

Comment êtes-vous arrivée à ces conclusions ?

D’abord par l’observation, cela fait 20 ans que je travaille dans ce domaine et que je suis fascinée par la performance. Je trouve qu’on salit beaucoup les performants qui sont censés ne pas être intelligents, mais seulement chanceux. On doute par exemple souvent de l’intelligence des footballeurs. Alors que ce qu’ils ont de plus, c’est justement l’intelligence. En réalité, nous cherchons tous la performance, car il est toujours plus agréable d’être valorisés que de rester une personne lambda, mais on ne veut pas se l’avouer. Je suis arrivée à ces conclusions par l’observation de mes patients, de mon entourage et également des 16 performants que j’ai interviewés pour les besoins du livre. Et il y a aussi la partie recherche en neurosciences. On vient de finir une étude avec le chercheur en neurosciences Dominic Sappey-Marinier. On a fait passer QI et IRM à une soixantaine de personnes plus ou moins performantes. Les premiers résultats confirment une corrélation entre performance et organisation cérébrale. Ils ont tous une plus grande modularité dans le cerveau, plus focalisés sur leur objectif de se dépasser, de faire quelque chose de grand.

Pourquoi est-ce si important de connaître les secrets de la performance ?

Cette connaissance peut avoir des répercussions dans de nombreux domaines, dans l’éducation, la prise en charge psy, dans le travail, dans l’entreprise… À l’école, ça change tout. Il faut désormais aller chercher la différence et la mettre en avant, plutôt que chercher l’intégration. Pour que chacun révèle ses capacités et sa différence. C’est en ça que la performance est accessible à tous. À l’école, il devrait être obligatoire d’enseigner comment accéder à l’état de performance. On valorise culturellement le raisonnement, la pensée, la réflexion, ce qui est très bien, mais ce n’est pas ce qui va aider les enfants à se réaliser.

 

Source : lepointe.fr