Autisme et HQI: quels liens?

Par Adeline Lacroix, doctorante en Psychologie et Neurosciences.

Comment faire la distinction entre une personne autiste et une personne surdouée ? C’est l’une des questions que l’on me pose souvent. Cet article vise d’une part à éclairer succinctement les raisons pour lesquelles cette question se pose et d’apporter quelques éléments de réponse.

Dans le DSM-5, la définition de l’autisme repose sur trois points essentiels (American Psychiatric Association, 2013). Tout d’abord, les deux grands critères diagnostiques doivent être présents, à savoir des difficultés persistantes dans les interactions sociales et dans la communication, accompagnées d’intérêts spécifiques, de comportements stéréotypés et de spécificités sensorielles. Ces particularités doivent être apparues au cours du développement précoce et sont donc remarquables dans la petite enfance. Enfin, pour qu’elles donnent lieu à un diagnostic, elles doivent résulter en une altération cliniquement significative (critère D du DSM-5). En d’autres termes, cela doit générer un handicap, ce qui est peut-être le point le plus souvent négligé actuellement. Ce dernier point est important car si la prévalence de l’autisme est actuellement considérée comme étant de l’ordre de 1%, les traits autistiques, eux, peuvent exister et se répartir chez l’ensemble de la population (Allison et al., 2008; Baron-Cohen et al., 2001; Constantino & Todd, 2003; Posserud et al., 2006). De ce fait, il n’est pas toujours facile de savoir où se situe la frontière entre autisme et non autisme, d’autant que si les personnes autistes et les personnes non autistes avec des traits autistiques prononcés partagent des caractéristiques cliniques, elles peuvent aussi partager certaines particularités neuroanatomiques (Focquaert & Vanneste, 2015). Il s’agit notamment de spécificités dans certaines régions jouant un rôle dans les aptitudes sociales comme le cortex temporo-occipital, le cortex temporal inférieur, l’insula ou encore l’amygdale. Là encore, il faut bien se représenter qu’il n’y a pas un cerveau autiste bien distinct d’un cerveau non autiste (si c’était le cas nous aurions des marqueurs biologiques fiables pour identifier un TSA). Ainsi, le flou de la frontière entre le spectre de l’autisme et le spectre du non-autisme demeure.

En termes de QI et de fonctionnement cognitif, tous types de profils peuvent être observés chez les personnes autistes, même si certains types sont plus présents que d’autres, les personnes autistes montrant souvent des pic d’aptitudes dans des domaines spécifiques (Chiang et al., 2014). La méta analyse de Chiang et al. (2014), bien que souffrant de certains biais (puisqu’elle contient des études contenant elles-mêmes certains biais, comme le fait qu’il n’y ait pas d’étude concernant les personnes autistes avec haut potentiel et pas d’étude avec un nombre de fille élevé), montre que la répartition des scores de QI chez les personnes autistes semble suivre une loi normale (comme dans la population générale).

Autisme et HQI quels liens

Distributions des scores de QI chez la poulation asperger (en bleu) et Autiste de Haut niveau (en rouge) – issu de Chiang et al. (2014)

Le terme « surdoué » ou « haut potentiel intellectuel (HPI)» ou encore « haut QI » (HQI), quant à lui, correspond aux personnes qui ont un QI très supérieur à la moyenne, c’est-à-dire, supérieur à 130. Cette définition est simple et la seule à faire l’objet d’un réel consensus (pour plus de détail voir l’article de Franck Ramus et Nicolas Gauvrit publié dans La recherche et sur le blog de Franck Ramus). En conséquence, la question posée en introduction semble vite résolue car nous parlons au final de deux choses distinctes. D’une part, nous avons une condition avec des symptômes spécifiques entrainant un handicap, d’autre part, nous avons un fonctionnement cognitif supérieur à la moyenne, n’entrainant pas de handicap.

De ce fait, nous pouvons nous interroger sur l’origine de l’amalgame entre les deux. En réalité, la notion de HPI a joui d’une littérature faste ces dernières années dans laquelle les surdoués ont été décrits comme des personnes en décalage avec les autres, hypersensibles, inadaptés, anxieux etc. Le portrait stéréotypé du savant solitaire et incompris, dans sa bulle et hypersensible, et au final handicapé, s’est donc renforcé dans l’esprit des gens, amenant même la croyance populaire que la surdouance serait en réalité un continuum du spectre de l’autisme. Il existe en réalité bien peu de fondements scientifiques venant appuyer les difficultés sociales et le fait que les personnes avec HQI rencontreraient plus de difficultés que les autres. Ceci est détaillé toujours dans l’article de Franck Ramus et nous pouvons également retrouver la déconstructions d’un certain nombre de mythes sur le HPI dans le livre de Nicolas Gauvrit, « Les surdoués ordinaires ». Je ne reviendrai donc pas dans les détails sur ce sujet mais ce qu’il faut retenir de cela, c’est que globalement, beaucoup d’études menées sont biaiséescar elles se concentrent sur des échantillons de personnes qui se sont rendues chez un psychologue pour obtenir un diagnostic. Dans bien des cas, cela implique qu’il y a une problématique particulière, au-delà du HQI. Lorsque des études sont réalisées sur de plus grands échantillons où toute une population est testée, alors les caractéristiques cliniques souvent attribuées aux personnes surdouées ne sont pas retrouvées. Toutefois, il est possible que certaines différences qualitatives relevées chez certains surdoués par des cliniciens puissent relever, dans un nombre faible de cas, de l’autisme, ou encore, dans un nombre plus important de cas, de traits autistiques. Ceci pourrait expliquer l’amalgame pouvant être fait. Toutefois, ce n’est pas parce que certaines personnes sont surdouées et autistes, ou parce que d’autres sont surdouées et avec des traits autistiques (ces derniers pouvant aussi avoir des difficultés, même si “difficultés” ne veut pas forcément dire handicap), qu’il existe un continuum entre ces deux conditions. Une des rares études portant sur le sujet indique justement que l’un des profils retrouvés chez certains enfants surdoués s’apparenterait au profil autistique (Boschi et al., 2016). Mais on parle bien de « certains » enfants, et il existe donc d’autres profils.

A ma connaissance, une seule autre étude s’est intéressée à la distinction entre le profil d’enfants et adolescents surdoués avec ou sans TSA associé. Cette étude a montré que les deux groupes différaient de manière importante dans leur capacités adaptatives (Doobay et al., 2014). En particulier, les jeunes autistes avaient des scores largement en dessous des normes concernant le domaine social, alors que leurs scores se trouvaient dans la moyenne dans les domaine de la communication et des aptitudes en vie quotidienne, même s’ils étaient significativement inférieurs aux scores des jeunes n’ayant pas de diagnostic d’autisme dans cette étude. Par ailleurs, les parents et les professeurs des jeunes avec un diagnostic d’autisme reportaient davantage de comportements atypiques, d’évitement social et de difficultés d’adaptabilité, de dépression ou encore des problèmes attentionnels. A l’inverse, les scores sur les échelles utilisées pour les enfants qui n’étaient pas autistes se trouvaient dans les normes, en accord avec la littérature indiquant que les enfants HPI ne sont pas plus prompts que leurs pairs à rencontrer des difficultés socio-émotionnelles.

Ainsi, les éléments scientifiques dont nous disposons à l’heure actuelle ne permettent pas de faire de liens entre les profils cliniques des personnes surdouées et des personnes autistes.

En revanche, un lien entre HQI et autisme pourrait être évoqué au niveau génétique. Une large étude de 2015 a pu montrer que certaines variations génétiques associées à l’autisme étaient également associées à un QI plus élevé chez les personnes non autistes présentant cette variation (Clarke et al., 2016). Ceci semble confirmé par une autre étude de 2017 (Sniekers et al., 2017). Toutefois, notons bien qu’il ne s’agit pas là d’une corrélation entre des spécificités cliniques communes qui seraient retrouvées chez les uns et les autres. Ce qui est mentionné dans ces études, c’est que certaines variations génétiques associées à l’autisme sont également retrouvées chez des personnes non autistes (leurs traits autistiques n’ont pas été évalués), avec haut QI. Cela explique donc que l’on puisse retrouver dans la même famille des personnes autistes et des personnes surdouées. De la même manière, il existe des liens génétiques entre l’autisme et la schizophrénie et la bipolarité (O’Connell et al., 2018), ce qui n’implique pas non plus un continuum (mais il semble que ce genre de lien avec des conditions moins désirables est beaucoup moins discuté sur les réseaux sociaux, ce sur quoi je ne m’étendrais pas…) . Il est d’ailleurs intéressant de constater que dans les premières descriptions de l’autisme de Kanner (Kanner, 1943) et Asperger (Asperger, 1944), ces deux médecins avaient pu observer que les enfants décrits provenaient souvent de familles dans lesquelles se trouvaient à la fois des personnes très intelligentes et à la fois des personnes assez atypiques, voire, les deux. Un biais de recrutement n’est pas à exclure (si à l’heure actuelle, les classes les plus privilégiées vont bénéficier d’un meilleur accès au diagnostic et au soin, on peut imaginer qu’au début/milieu du XXe siècle, cela devait être encore plus présent). Toutefois, ces données génétiques apportent aussi des éléments de réflexion importants.

Ce qu’il faut retenir :

– L’autisme et le fait d’avoir un HQI sont deux choses distinctes. Avoir un HQI n’implique aucun symptômes et se définit par un QI > 130 (de manière la plus consensuelle)

– Il est possible d’être autiste et d’avoir un HQI, mais ce n’est pas la majorité des cas ; il est plus probable d’avoir un HQI sans être autiste, tout en ayant certains traits de l’autisme, puisque les traits autistiques existent dans l’ensemble de la population

– Il existe possiblement certains liens génétiques entre l’autisme et le HQI, mais cela se manifeste par un HQI chez les personnes non autistes ayant ces gènes

– et si on me demande mon avis sur les tableaux qui dressent la distinction entre les deux : je les trouve généralement peu pertinents car ils s’appuient sur de fausses représentations du HQI (e.g., difficultés sociales etc.)

Bibliographie:

Allison, C., Baron-Cohen, S., Wheelwright, S., Charman, T., Richler, J., Pasco, G., & Brayne, C. (2008). The Q-CHAT (Quantitative CHecklist for Autism in Toddlers): A normally distributed quantitative measure of autistic traits at 18-24 months of age: preliminary report. Journal of Autism and Developmental Disorders, 38(8), 1414–1425. https://doi.org/10.1007/s10803-007-0509-7

American Psychiatric Association. (2013). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (DSM-5®). American Psychiatric Pub.

Asperger, H. (1944). Die „Autistischen Psychopathen” im Kindesalter. Archiv für Psychiatrie und Nervenkrankheiten, 117(1), 76–136. https://doi.org/10.1007/BF01837709

Baron-Cohen, S., Wheelwright, S., Skinner, R., Martin, J., & Clubley, E. (2001). The Autism-Spectrum Quotient (AQ): Evidence from Asperger Syndrome/High-Functioning Autism, Malesand Females, Scientists and Mathematicians. Journal of Autism and Developmental Disorders, 31(1), 5–17. https://doi.org/10.1023/A:1005653411471

Boschi, A., Planche, P., Hemimou, C., Demily, C., & Vaivre-Douret, L. (2016). From High Intellectual Potential to Asperger Syndrome: Evidence for Differences and a Fundamental Overlap—A Systematic Review. Frontiers in Psychology, 7. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2016.01605

Chiang, H.-M., Tsai, L. Y., Cheung, Y. K., Brown, A., & Li, H. (2014). A Meta-Analysis of Differences in IQ Profiles Between Individuals with Asperger’s Disorder and High-Functioning Autism. Journal of Autism and Developmental Disorders, 44(7), 1577–1596. https://doi.org/10.1007/s10803-013-2025-2

Clarke, T.-K., Lupton, M. K., Fernandez-Pujals, A. M., Starr, J., Davies, G., Cox, S., Pattie, A., Liewald, D. C., Hall, L. S., MacIntyre, D. J., Smith, B. H., Hocking, L. J., Padmanabhan, S., Thomson, P. A., Hayward, C., Hansell, N. K., Montgomery, G. W., Medland, S. E., Martin, N. G., … McIntosh, A. M. (2016). Common polygenic risk for autism spectrum disorder (ASD) is associated with cognitive ability in the general population. Molecular Psychiatry, 21(3), 419–425. https://doi.org/10.1038/mp.2015.12

Constantino, J. N., & Todd, R. D. (2003). Autistic Traits in the General Population: A Twin Study. Archives of General Psychiatry, 60(5), 524–530. https://doi.org/10.1001/archpsyc.60.5.524

Doobay, A. F., Foley-Nicpon, M., Ali, S. R., & Assouline, S. G. (2014). Cognitive, Adaptive, and Psychosocial Differences Between High Ability Youth With and Without Autism Spectrum Disorder. Journal of Autism and Developmental Disorders, 44(8), 2026–2040. https://doi.org/10.1007/s10803-014-2082-1

Focquaert, F., & Vanneste, S. (2015). Autism spectrum traits in normal individuals: A preliminary VBM analysis. Frontiers in Human Neuroscience, 9. https://doi.org/10.3389/fnhum.2015.00264

Kanner, L. (1943). Autistic disturbances of affective contact. Acta Paedopsychiatrica, 35(4), 100–136.

O’Connell, K. S., McGregor, N. W., Lochner, C., Emsley, R., & Warnich, L. (2018). The genetic architecture of schizophrenia, bipolar disorder, obsessive-compulsive disorder and autism spectrum disorder. Molecular and Cellular Neuroscience, 88, 300–307. https://doi.org/10.1016/j.mcn.2018.02.010

Posserud, M.-B., Lundervold, A. J., & Gillberg, C. (2006). Autistic features in a total population of 7-9-year-old children assessed by the ASSQ (Autism Spectrum Screening Questionnaire). Journal of Child Psychology and Psychiatry, and Allied Disciplines, 47(2), 167–175. https://doi.org/10.1111/j.1469-7610.2005.01462.x

Ramus, F., et Gauvrit, N. (2017). La légende noire des surdoués. La Recherche.

Sniekers, S., Stringer, S., Watanabe, K., Jansen, P. R., Coleman, J. R. I., Krapohl, E., Taskesen, E., Hammerschlag, A. R., Okbay, A., Zabaneh, D., Amin, N., Breen, G., Cesarini, D., Chabris, C. F., Iacono, W. G., Ikram, M. A., Johannesson, M., Koellinger, P., Lee, J. J., … Posthuma, D. (2017). Genome-wide association meta-analysis of 78,308 individuals identifies new loci and genes influencing human intelligence. Nature Genetics, 49(7), 1107–1112. https://doi.org/10.1038/ng.3869

Trouble du déficit de l’attention

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Si le discours en faveur de la diversité gagne du terrain dans les entreprises, les employés atypiques, comme ceux à trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) dérangent toujours les modes opératoires en place dans des organisations qui ont du mal à s’adapter à cette différence, faute de bien la connaître.

Le TDAH est lié à un fonctionnement atypique chronique des parties du cerveau liées aux « fonctions exécutives » d’un individu. Ses symptômes (dont la distractibilité, l’impatience, l’impulsivité) ne sont généralement pas nocifs en tant que tels pour l’individu et ne deviennent donc handicapants qu’au contact des demandes de la société telle qu’elle est organisée par la majorité.

Les difficultés sévères et persistantes que le TDAH entraîne au quotidien valent à ce fonctionnement atypique le statut de trouble neurocomportemental, et parfois même de handicap. On parle alors d’individus « neuroatypiques ».

Le terme de déficit de l’attention entretient une certaine confusion. En effet, l’attention des personnes TDAH n’est pas moindre par rapport à la majorité (les « neurotypiques »), mais elle est différente. Canalisée et utilisée à bon escient, cette différence peut se révéler être une grande force pour l’employé TDAH, comme nous l’avons constaté lors de nos travaux sur le sujet. Cette particularité constitue également un atout pour celles et ceux qui bénéficient des fruits de la pensée de l’employé TDAH, notamment dans un collectif qui privilégie souvent la pensée linéaire et l’attention « en projecteur » (on ne se focalise que sur une chose à la fois).

Malgré une présentation clinique de plus en plus documentée et un nombre croissant de diagnostics, le TDAH reste sous-diagnostiqué, sous-traité et souvent mal compris. Ce trouble est couramment diagnostiqué chez les enfants, si bien qu’il est souvent perçu, à tort, comme n’affectant qu’eux. Or, la prévalence du TDAH à l’âge adulte est loin d’être négligeable puisqu’elle se situerait entre 2 et 5 %, voire plus selon les études.

Un potentiel créatif supérieur

Actuellement, on retrouve une tendance à inscrire la diversité dans le monde de l’entreprise via l’innovation en ressources humaines, notamment dans les processus de recrutement. Nombreuses sont les entreprises souhaitant répondre à une pression croissante venant des parties prenantes qui insistent pour voir des équipes plus mixtes, multiculturelles, issues de courants de pensée différents et aux parcours variés.

Cette tendance semble donc s’inscrire au nom de l’égalité des chances et dans un souci de représentation de la société au sein de l’entreprise, mais pas seulement. En effet, s’il est désormais bien connu que la mixité des profils et la diversité cognitive font partie des caractéristiques culturelles des entreprises les plus performantes, c’est surtout au nom de l’innovation que les organisations appuient leurs politiques de diversité.

Or, des études récentes montrent que les personnes TDAH ont un potentiel créatif supérieur à la normale, qui se manifeste notamment par une tendance à l’anticonformisme, à la pensée originale, et la pensée divergente.

Souvent, les personnes TDAH peuvent être repérées en entreprises lors de réunions de brainstorming, par leur facilité naturelle à produire rapidement de nombreuses idées originales, et à ne pas se laisser influencer par ce qu’elles savent déjà ou ce qui existe déjà.

En effet, l’expansion conceptuelle constitue un autre aspect de la cognition créatrice associée au cerveau TDAH. Certains employeurs clament haut et fort qu’ils veulent attirer des individus neuroatypiques, précisément en raison de ce potentiel créatif.

En tant qu’employeur, si vous vous appliquez à attirer, intégrer, et développer vos employés TDAH, vous faites ainsi d’une pierre un nombre incalculable de coups, puisque vous dotez votre équipe d’une personnalité en plus, mais aussi d’un antidote au groupthink (opter pour une mauvaise décision simplement parce qu’elle fait consensus) et d’une imagination sans limites. Cependant, il est très important de ne pas se mentir : il y a bel et bien un envers à ce degré de « débrouillardise », de réflexion déstructurée, et d’attention multi-focalisée.

Informer et sensibiliser

Le TDAH donne lieu chez beaucoup d’adultes qui en sont atteints à des comportements qui, en entreprise mais pas seulement, seront à gérer avec ouverture d’esprit et empathie. Si un traitement multimodal (médicament, psycho-éducation, coaching) aide la plupart des adultes à mieux gérer leurs symptômes, notamment au travail, le cerveau TDAH ne se normalise pas – même mieux géré, il est toujours là.

En conséquence, pour que cela constitue un réel avantage pour une organisation, encore faut-il que celle-ci accueille la curiosité, la pensée divergente, l’expérimentation et l’erreur, comme des outils de travail à part entière.

Les adultes TDAH qui réussissent professionnellement sont souvent perçus comme dynamiques, créatifs, spontanés. Leur énergie aide à entraîner les collaborateurs vers de nouvelles idées et de nouveaux projets ; leur enthousiasme convainc, il est contagieux.

Cependant, ceux qui aiment s’exprimer en réunion seront aussi repérés par leurs interruptions fréquentes, leur agitation voire leur inconfort lorsqu’il doivent attendre leur tour pour parler, leurs observations binaires ou encore la blague qui met tout le monde mal à l’aise. On notera en outre une aisance, voire une certaine nonchalance, de beaucoup de personnes TDAH en présence de leurs supérieurs hiérarchiques, pendant que leurs pairs adopteront certainement une posture et une attitude moins spontanées et plus solennelles.

Ce qui en réalité est une manifestation de l’impulsivité intrinsèquement liée au TDAH de l’employé sera alors attribué par ses collaborateurs à un manque de politesse, une haute opinion de soi, ou encore un manque de respect envers les codes de l’entreprise, envers l’ordre des choses.

En réalité, cette hyperactivité cognitive constitue un symptôme du TDAH moins connu du grand public, et particulièrement déroutant car totalement invisible. Si un collègue TDAH ne tient pas en place en réunion (il dessine sur son bloc-notes, ou se lève sans prévenir), cette personne est plus visiblement hyperactive. Les choses se compliquent pour la personne TDAH dont le cerveau est hyperactif dans le sens où il ne cesse de produire – et de percevoir – des stimuli internes, sous forme de pensées ou d’idées.

Imaginons que l’une de vos employées, brillante et bien intentionnée, soit connue pour savoir habilement présenter des idées de nouveaux projets devant son équipe. Mais cette même personne est aussi connue pour ne jamais aller au bout de ses projets : la passion avec laquelle elle appréhende le projet au départ semble comme essoufflée après peu de temps ou, avec l’arrivée d’une autre idée… qui connaîtra certainement le même sort par la suite.

Ce débordement d’idées constant épuise et ralentit la personne TDAH dans sa production de ce que l’on appelle ses « livrables » (ou résultats), déjà mis à mal par les difficultés d’organisation, de planification, et de mémoire à court et long termes, toutes caractéristiques du TDAH adulte.

Sans information et sensibilisation à l’existence de différentes manières de penser, et donc de se comporter, la perception des collaborateurs sera celle de quelqu’un qui n’est pas fiable, qui parle beaucoup mais ne fait « rien ». Si la collègue en question n’est pas consciente de son TDAH, elle se pensera résolument incompétente et perdra peu à peu confiance en elle et en ses capacités, pourtant bien présentes.

Performer autrement

Bien que l’inattention soit l’un des symptômes les plus connus et reconnus du TDAH, il est inexact de conclure que les individus souffrent constamment d’un manque d’attention. Des études ont ainsi prouvé que les adultes TDAH sont particulièrement susceptibles d’atteindre le fameux état de flow, ou hyperfocus, recherché par ceux qui souhaitent effectuer du deep work.

Cette capacité n’empêche toutefois pas le cerveau TDAH de faire preuve d’une attention dite multi-focalisée, par opposition à une majorité cognitive qui prône « l’attention comme un projecteur, un seul angle », ce qui pose problème dès l’école.

Au bureau, cette différence dans la régulation de l’attention se remarquera par exemple chez ce collègue qui régulièrement, pendant une conversation entière est capable de montrer presque tous les signes de présence (par exemple, hochements de tête au bon moment), mais serait incapable de répéter les deux dernières phrases que vous venez de prononcer même si sa vie en dépendait.

Pourquoi ? Peut-être qu’il a vu un écureuil passer devant la fenêtre, ou que vous avez dit un mot qui lui a fait penser à sa liste de course, ou à une chanson qu’il a entendue pour la première fois à Barcelone, « ah, et d’ailleurs, Barcelone… ».

L’errance de l’esprit est certainement le trésor du cerveau TDAH qui souffre le plus au contact de la société dans laquelle nous vivons. À l’heure où nos familles, nos emplois, les publicitaires et les réseaux sociaux se la disputent, notre attention devient bel et bien le plus beau cadeau que l’on puisse offrir à un interlocuteur, un collègue ou un projet. Pourtant, « être dans la lune » serait bien plus productif que l’on ne le suppose, puisque cet état serait directement lié à l’émergence de pensées créatives.

Comme l’écrivait J.R.R. Tolkien :

« Tous ceux qui errent ne sont pas perdus ».

Cette citation implique plusieurs choses si on l’applique au cadre du TDAH dans le monde du travail. Leur cerveau est depuis toujours habitué à faire de la réingénierie de modèles et de méthodes établis (coping mechanisms, hacking) pour pouvoir les utiliser quand même, un peu comme les gauchers trop souvent oubliés et qui tous les jours manient maints objets dans un monde de droitiers. Pour performer, les personnes neuroatypiques doivent donc s’organiser autrement.

Avoir des employés TDAH et les soutenir pleinement dans leur développement aussi bien personnel que professionnel, dépendra de bien plus que des accommodations matérielles et de confort que l’entreprise va mettre en place. Certes, la flexibilité d’horaires et de lieu de travail, les casques antibruit, l’accès autorisé à des applications informatiques spécialisées, les pièces calmes et la réduction des interruptions, restent des avancées positives… mais insuffisantes.

Sans une intervention pour revisiter en profondeur sa culture organisationnelle (par exemple, via une transformation accompagnée et/ou du coaching ciblé), une entreprise ne peut se prévaloir du statut d’employeur inclusif. Peu importent les sommes investies pour un marketing dans ce sens, la véritable marque employeur se révélera si l’individu TDAH et son entourage professionnel s’enlisent dans une dynamique, une incompréhension et des tensions qui sont non seulement contre-productives mais surtout, évitables.

Source : https://theconversation.com/

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Qu’y a-t-il à l’intérieur du cerveau des surdoués ?

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IRM du cerveau, montrant la matière grise en vert.

Les enfants surdoués ont un cerveau qui se développe de manière un peu différente des autres : le cortex s’épaissit plus longtemps, la matière blanche aussi, au niveau du corps calleux. Résultat : ils apprennent davantage et réfléchissent plus vite.

Le génie ne se repère pas seulement au travers d’une œuvre ou de théories, il se voit aussi à l’IRM. Les techniques d’imagerie cérébrale ont ainsi révélé que le cerveau de jeunes individus doués d’une intelligence supérieure, mesuré par un Q.I. supérieur à 120, se distinguait par l’épaisseur de son cortex.

Chez les enfants surdoués, cette couche externe du cerveau constituée de matière grise, où naissent le raisonnement et l’intuition, évolue différemment en fonction de l’âge et de l’intelligence : alors que le cortex des enfants d’intelligence normale à élevée (Q.I. entre 83 et 120) atteint son épaisseur maximale vers l’âge de 7 ans, puis s’amincit jusqu’à 19 ans, celui des surdoués est plus mince avant 7 ans mais continue de s’épaissir jusqu’à 11 ans, avant de s’affiner plus rapidement.

Or, l’épaisseur du cortex dépend non seulement du nombre de neurones et de synapses qui les relient, mais aussi de la quantité de cellules gliales (les cellules de soutien des neurones), ou encore de la présence de la gaine de myéline entourant les axones – les prolongements des neurones – et assurant la transmission de l’information. Vers 7 ans, le cortex des enfants d’intelligence standard s’amincit en éliminant des connexions inutiles entre neurones au profit de l’apprentissage : l’enfant accumule des connaissances et, pour cela, son cerveau renforce des voies de traitement de l’information (calcul, écriture, langage).

Le cerveau des surdoués : plus de place, plus de vitesse, plus de synergie

Chez les surdoués, non seulement les neurones et leurs connexions se développent encore passé l’âge de 7 ans, ce qui leur permet d’assimiler plus de connaissances que les autres enfants, mais en plus, un plus grand nombre de neurones sont enrobés de myéline, ce qui accélère le traitement de l’information. Résultat : les surdoués jouissent de capacités cognitives plus grandes et d’une analyse plus rapide.

Seconde différence physiologique : les voies de communication entre les différentes parties du cerveau sont plus denses et plus robustes. Les faisceaux de fibres nerveuses sont plus développés dans le corps calleux, qui relie les deux hémisphères, et dans le faisceau longitudinal, qui assure la liaison entre la partie avant et la partie arrière du cerveau. Ce qui conférerait aux surdoués une synergie optimale entre différentes zones du cerveau, par exemple l’attention et la mémoire pour résoudre un problème de maths.

Finalement, le cerveau des génies a beau être le même que celui du commun des mortels, il semble formaté pour fonctionner de manière optimale et c’est cela qui fait la différence.

D’après Science & Vie QR n°22 « Le génie & ses mystères » – Feuilleter ce numéro – Acheter ce numéro

Que se passe-t-il dans le cerveau des surdoués ?

Le docteur Gérald Kierzek nous explique comment fonctionne le cerveau des surdoués.

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ÉTUDE – En leur faisant passer des IRM, des chercheurs français ont établi deux profils bien distincts parmi les enfants précoces.Par Fabienne Cosnay

Que se passe t-il dans le cerveau des enfants surdoués ? Depuis un an, trois experts français en neuropsychiatrie tentent de mieux comprendre le fonctionnement cérébral de ces « enfants à haut potentiel » ou « HP ». Leurs recherches ne sont pas encore terminées mais des premiers enseignements peuvent être tirés de leur étude.

Deux profils. On résume trop souvent les enfants surdoués à des petits Einstein. En réalité, un tiers d’entre eux n’obtiendra jamais son bac en raison de difficultés rencontrées à l’école. Car parmi les enfants précoces, on trouve deux profils bien distincts : « les laminaires » et les « complexes ».

Les enfants au profil « laminaire » n’ont pas de difficultés scolaires. Ils font partie des petits génies qui sautent les classes sans difficulté. Et leur comportement est bien adapté à leur environnement. « Ce sont des enfants qui ne présentent pas d’anxiété majeure et qui sont généralement premiers de la classe », souligne Dominic Sappey-Marinier, l’un des chercheurs, interrogé par le Parisien.

« Ces enfants souffrent d’un décalage ». Les enfants au profil « complexe » ont des QI tout aussi élevés que les « laminaire » mais leurs capacités cognitives sont beaucoup plus hétérogènes. « Ces enfants souffrent souvent d’un décalage entre la sphère intellectuelle très mature et la sphère émotionnelle plus fragile », explique la psychologue Fanny Nusbaum, qui mène cette étude inédite sur les surdoués avec deux collègues lyonnais. A l’école, ces enfants sont souvent en échec scolaire.

Dans le cerveau, on observe des différences entre ces deux profils d’enfants surdoués. L’IRM montre que les enfants « laminaires » développent une activité cérébrale plus intense dans les zones stimulées que les enfants « complexes ». Les premiers ont aussi une meilleure connectivité entre les deux hémisphères du cerveau, preuve d’une meilleure adaptabilité.

Source : Europe 1