« J’ai découvert que j’étais surdoué »

Par Valérie Péronnet Mis à jour le 30 octobre 2020

Hervé, 47 ans, s’est intéressé aux enfants précoces quand sa fille a montré des signes d’inadaptation à l’école. Pour ne pas laisser Alice seule avec sa différence, il a lui aussi fait évaluer son intelligence. Et a découvert qu’il était lui aussi surdoué.

Ma fille est une enfant précoce

« Je suis allé passer mon test de QI pour découvrir des choses très importantes sur moi. J’ai d’abord trouvé ça ridicule, avant de comprendre que ce que je voulais surtout, c’était une confirmation de ce que je pressentais depuis plusieurs semaines. Quand la psychologue scolaire avait proposé à Alice de mesurer son QI, je m’étais immédiatement documenté sur la question. J’ai trouvé deux livres, un sur les enfants et un sur les adultes “surdoués”. Pendant que Fabienne, ma femme, lisait le premier, je me suis plongé dans le second, histoire de voir à quoi pourrait ressembler l’avenir de notre fille.

J’ai très vite été troublé : beaucoup de ce qui y était décrit me faisait penser à ma femme, mais aussi à mes propres modes de fonctionnement. De son côté, Fabienne a fini par m’avouer la même chose : ce qu’elle apprenait sur les enfants “précoces” la renvoyait à moi et à sa propre enfance… Les résultats de notre fille ont confirmé ce que la psychologue scolaire avait envisagé : Alice fait partie des 2 % de personnes dont le QI est nettement supérieur à la moyenne. C’était suffisant pour justifier son ennui et quelques difficultés à s’intégrer – les enfants sont assez cruels avec ceux qui ne sont pas tout à fait comme eux… Dès qu’elle a su pourquoi elle se sentait si mal en classe, et quelles solutions allaient être mises en oeuvre pour améliorer sa situation, Alice s’est tranquillisée et a cessé d’avoir mal au ventre chaque matin avant d’aller à l’école. Quant à Fabienne et moi, cette nouvelle nous a poussés à approfondir la question, afin de comprendre son fonctionnement et à faire en sorte que cette différence ne devienne pas un handicap, et ne l’empêche pas d’être heureuse et de grandir paisiblement.

Ma première expérience a été assez désagréable : en expliquant le “cas” d’Alice à la directrice de l’école, j’ai découvert la pesanteur de l’institution scolaire, qui nous a amenés à porter l’affaire devant l’inspection académique, rapport de la psychologue scolaire et test à l’appui. Finalement, c’est la maîtresse qui a pris la première initiative : elle a commencé à faire travailler à Alice le programme de la classe supérieure. Et à la rentrée suivante, notre fille a sauté une classe.

J’ai passé mon test de QI pour ne pas laisser ma fille seule

Fabienne et moi voulions éviter à tout prix que notre enfant se sente isolée, abandonnée à sa différence, et que ça la rende malheureuse. Plus je potassais le sujet, plus ma manière de fonctionner dans mon enfance et mon adolescence me revenaient en mémoire : la curiosité, la rapidité de compréhension, le rejet de l’autorité, un doute fondamental, le sentiment de ne pas être comme les autres, le besoin de rassembler beaucoup d’informations en vrac sans les ordonner de façon linéaire pour me faire une idée globale d’un sujet, la manie d’attendre le dernier moment pour aboutir au résultat, presque comme un défi… Le livre sur les adultes “surdoués” conseillait à ceux qui se retrouvaient dans ces descriptions de se faire tester, pour en avoir le coeur net. Cela me semblait une très bonne manière de rejoindre Alice, et de ne pas la laisser seule. Et puis, en allant passer ce test, je me suis rendu compte que j’y mettais beaucoup plus d’enjeu personnel que ce que je pensais : je voulais en savoir plus sur moi-même.

J’ai appris que j’étais surdoué aussi

Les résultats l’ont confirmé, je fais moi aussi partie des 2 % de surdoués. J’ai été content d’annoncer à ma fille que j’étais comme elle, et j’ai convaincu Fabienne de se faire tester aussi. À mon grand soulagement, nous avons découvert que nous avons exactement le même score, au chiffre près. C’est idiot, mais je crois que j’avais vraiment envie que nous soyons semblables sur ce point, comme si une différence avait pu déranger l’équilibre de notre couple. Et ça nous a en effet rapprochés, en confirmant, très concrètement, ce qui nous lie depuis si longtemps : une vivacité d’esprit, un plaisir à se renvoyer la balle, une complémentarité… Nous nous sommes retrouvés dans une drôle de situation. En passant ce test pour rester proches d’Alice, nous prenions maintenant le risque d’isoler Éléonore, notre fille aînée. Sans trop d’inquiétude pourtant : elle présente les mêmes “symptômes” que sa soeur, sans que ça lui pose de problèmes à l’école. Nous lui avons proposé de se faire tester mais, du haut de ses 15 ans, elle a refusé. Je pense que ce qu’elle veut, pour le moment, c’est être la plus “normale” possible par rapport à ses amis.

J’ai appris beaucoup de choses sur moi-même

Cette nouvelle donne, qui ne change rien sur le fond concernant qui je suis – qui nous sommes – m’a tout de même poussé à beaucoup réfléchir, en me fournissant une nouvelle grille d’analyse. J’ai toujours su que je comprenais vite les choses, mais mon éducation m’avait appris à ne pas m’en vanter. Au contraire, je me suis souvent senti un peu coupable de ne pas avoir à produire de réels efforts pour obtenir de bons résultats. J’ai aussi compris d’où venaient mes faiblesses : le doute incessant, à l’affût de la moindre faille, qui provoque souvent un manque de confiance en moi ; ma difficulté à structurer et à mettre de l’ordre dans mes idées trop foisonnantes, donc à argumenter et à convaincre l’autre ; mon isolement, parfois ; l’incapacité à faire aboutir mon travail autrement que dans l’urgence…

Finalement, j’ai réalisé que ma manière de travailler possède sa propre logique, et que j’ai des raisons tangibles de faire confiance à mes intuitions. Mais surtout, j’ai mesuré la chance que j’ai : même si notre famille est trop ceci ou trop cela, notre “douance” est considérée comme harmonieuse, ce qui nous permet finalement de fonctionner sans heurts : trop, mais sans excès… Un tiers des enfants concernés souffrent de graves diffi cultés scolaires et d’adaptation. Fabienne et moi sommes passés entre les gouttes ; nous allons tout mettre en oeuvre pour qu’Alice et Éléonore y parviennent aussi.

Les surdoués ne sont pas supérieurs mais différents

Reste à trouver une position à peu près confortable dans cette nouvelle situation. J’avoue, je suis un peu gêné : je n’en ai pas encore parlé à ma mère, ni à mes frère et soeur. Je ne voudrais pas bousculer l’équilibre de la famille, ou que mon intention soit mal comprise. Le seul intérêt de partager cette information aujourd’hui, c’est d’aider certains parents à identifier ce qui cloche parfois dans la scolarité de leur enfant, et de permettre à certains adultes de comprendre d’où viennent leurs difficultés d’adaptation. Je déteste les mots “précoce”, “haut potentiel”, “surdoué”, et ces chiffres qui nous mesurent : ils sont inappropriés pour décrire notre réalité.

Nous ne sommes pas supérieurs, nous sommes différents. Notre vraie singularité, c’est notre manière de réfléchir, de ressentir : nous n’empruntons pas les mêmes chemins que la plupart des gens pour arriver aux mêmes résultats. Dans les livres qui m’ont permis de commencer à comprendre, on nous appelle les “zèbres”. Ça me va : ce mot-là ne dit pas que nous sommes “plus” ou “moins”, il dit que nous sommes “autres”. Et que les rayures des zèbres sont comme nos empreintes digitales : elles changent d’un individu à l’autre. C’est comme ça que l’on peut les différencier et les reconnaître. »

 

Source : psychologies.com

La dyspraxie : un handicap invisible, insuffisamment diagnostiqué, qui place l’enfant, puis l’adulte, en échec !

La dyspraxie est un handicap invisible : en l’absence de diagnostic, par méconnaissance, les enfants ne sont pas pris en charge, pas rééduqués et se retrouvent en échec à l’école puis lors de l’insertion professionnelle. Même l’apprentissage de la conduite d’un véhicule est souvent un échec, les épreuves n’étant pas adaptées…

Les praxies

On distingue deux catégories de gestes  

  • Les gestes universels :
    ils sont inscrits par l’évolution dans notre patrimoine génétique et s’acquièrent par le libre jeu des systèmes sensorimoteurs et neurologiques ( courir, sauter, etc)
  • Les gestes volontaires :
    ils sont permis par notre équipement sensorimoteur et neurologique, indispensables dans un contexte social ou culturel donné, ils sont issus d’un apprentissage et d’un entraînement.

Un geste intentionnel s’inscrit dans un projet, il y a donc une planification : c’est la fonction de gestion et  de pré programmation du geste intentionnel que l’on appelle praxie.

Une fois apprise, une praxie ne s’oublie pas, la qualité du geste dépend de l’entraînement. L’initiation du geste ne dépend que de l’évocation de la finalité de l’acte : cette évocation consciente déclenche les programmes automatiques de contrôle, de coordination, les programmes cognitif et sensorimoteur adaptés.

Une praxie, c’est donc le fait d’acquérir une gestion automatisée d’un type de geste après en avoir fait l’apprentissage : par exemple apprendre à manger avec une cuillère chez un enfant, apprendre à conduire chez un adulte.

Développement des praxies chez l’enfant

L’évolution se fait par étapes : de la plus simple à la plus complexe. Chaque nouvelle acquisition s’ajoute aux précédentes. Le rythme d’évolution propre est influencé par des facteurs individuels, l’environnement familial et culturel ( manger avec des baguettes, ou avec un couteau et une fourchette, etc).

Les praxies évoluent avec l’âge, les difficultés n’apparaissent qu’à l’âge où la praxie est censée être maîtrisée.

Entre 6 et 11 ans, le nombre de gestes exécutés augmente en étroite relation avec le développement des autres fonctions cognitives et les stimulations du milieu extérieur.
A 11 ans, les praxies sont matures dans la vie quotidienne et scolaire

Apprentissage des praxies
Il existe différentes stratégies d’apprentissage : imitation, essais, erreurs, répétition, entraînement,  ce qui conduit à la constitution de répertoires de gestes : fichiers de programmes moteurs.

Le regard et la construction spatiale : le regard permet la reconnaissance des formes, la prise d’informations pertinentes. La structuration de l’espace est nécessaire pour donner des indices topologiques.

Stratégie du regard et lecture : les mouvements oculaires sont constitués de bonds successifs ( saccades) suivis de pauses ( fixations fovéales) qui concernent des groupes de lettres. La taille des saccades dépend du texte et du lecteur. 4 à 5 années d’apprentissage sont nécessaires de la grande section de maternelle au CE2 ou CM1.

Différents types de praxie

On distingue plusieurs types de praxie.

  • Les praxies idéatoires  : utiliser et manipuler des objets, par exemple des couverts
    Les praxies idéomotrices ( entre 3 et 7 ans) : réalisation de gestes symboliques ou de mime ( marionnettes, etc)
  • Les praxies constructives ( début entre 7 et 11 ans) : jeux de constructions, travaux manuels, dessins, écriture
  • Les praxies de l’habillage ( entre 3 et 7 ans) : capacité à s’habiller
    Les praxies orofaciales : touchent les capacités motrices mises en jeu dans la parole.

Définition de la dyspraxie

Le mot dyspraxie comporte le préfixe “dys” : difficile à faire, fonctionne mal et “praxie “: coordination des gestes appris.

La dyspraxie est un trouble du « savoir faire » d’un geste volontaire appris et en lien avec un environnement culturel.

La Dyspraxie ou trouble du geste ou trouble de l’acquisition de la coordination (TAC) est un trouble neurologique présent dès la naissance. C’est un trouble cognitif spécifique qui affecte la planification et l’automatisation des gestes intentionnels. Elle est due à un dysfonctionnement cérébral localisé qui peut être d’origine lésionnelle (prématurité, souffrance à la naissance) ou d’origine développementale (comme la Dyslexie).

Il en résulte une maladresse pathologique qui contribue à mettre la personne en situation de handicap.

Il existe de nombreuses formes de dyspraxie car elle touche les différents gestes à des degrés divers :

  • La dyspraxie constructive : difficulté à assembler (puzzle, lego, etc).
  • La dyspraxie visuo spatiale : trouble du regard associé à une difficulté dans le repérage spatial.
  • La dyspraxie idéatoire : difficulté à utiliser les outils.
  • La dyspraxie idéo motrice : difficulté à mimer.
  • La dyspraxie oro faciale : difficulté à articuler, souffler des bougies….

La Dysgraphie (trouble de l’écriture) est toujours présente dans la Dyspraxie et peut mettre l’enfant en grande difficulté scolaire : lettres malformées, écriture peu lisible associée à une lenteur et une grande fatigabilité.

La Dyspraxie peut-être associée à d’autres troubles Dys (dyslexie, dyscalculie, dysorthographie) et s’accompagner d’un trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité.

Définition fonctionnelle de la dyspraxie

Anomalie touchant la planification et la programmation des gestes volontaires.  C’est un trouble de la réalisation du geste, impossibilité d’automatiser, d’intégrer au niveau cérébral les différents composants ( sensorimoteurs, spatiaux et temporels).

Définition de la dyspraxie dans la CIM 10

Trouble spécifique du développement moteur dont la caractéristique essentielle est une altération du développement de la coordination motrice non imputable entièrement à un retard intellectuel ou à une affection neurologique spécifique congénitale acquise.

Définition de la dyspraxie dans le DSM IV

Classification DSM IV

Difficultés compte tenu de l’âge et des capacités intellectuelles dans la réalisation des activités de la vie quotidienne nécessitant une coordination motrice, d’où retard dans les étapes du développement psychomoteur et signes de maladresse, difficultés graphomotrices et difficultés dans les activités sportives.
Elles atteignent significativement les résultats scolaires ou les activités de la vie quotidienne.
Absence d’affections connues notamment encéphalopathie ou dystrophie musculaire

En cas de dyspraxie, l’effort d’apprentissage pour des gestes nouveaux est considérable ( besoin de nombreuses démonstrations, décomposition de la séquence du mouvement en sous unités), le geste restera disharmonieux.

Bilan à réaliser en cas de suspicion de dyspraxie

Quand faut-il suspecter une dyspraxie ?

Il faut suspecter une dyspraxie chez un enfant qui a des difficultés motrices : par exemple pour réaliser les puzzles, les jeux de construction, qui fait des dessins spontanés pauvres et malhabiles, dans lesquels les éléments sont dispersés (alors qu’il fait des commentaires adaptés et pertinents), etc
Un enfant dyspraxique est intelligent et cherche des stratégies d’adaptations :  il mange par exemple son yaourt avec du pain, car c’est trop difficile à la cuillère, il décide de ne plus manger de viande parce que c’est trop compliqué à découper, etc
Un enfant dyspraxique rencontre des difficultés pour s’habiller ( faire ses lacets est problématique au delà de 10 ou 11 ans, généralement).  L’enfant a besoin d’être accompagné pour se laver, s’essuyer après la douche, pour l’hygiène de manière générale. Au cours des activités sportives, un enfant dyspraxique a du mal à coordonner ses actions  : apprendre à faire du vélo s’avère très difficile puisqu’il faut dans le même temps tenir en équilibre, pédaler, diriger le guidon, etc
Un enfant dyspraxique peut faire ses devoirs à l’oral mais à l’écrit c’est catastrophique, il peut calculer mentalement mais pose difficilement les opérations, il a du mal à se concentrer, bouge beaucoup, etc
A l’école la présence concomitante de plusieurs de ces difficultés doit alerter.

L’enfant comprend bien comment faire mais l’outil qu’il met en place n’est pas fiable, il sait qu’il doit faire mais n’y arrive pas : il est dyspraxique.

La dyspraxie est perceptible à partir du moment où il faut une aide pour certaines actions de la vie quotidienne ( couper sa viande, etc) au delà de l’âge théorique d’acquisition.

En cas de suspicion de dyspraxie, il faut réaliser un bilan médical, neuropsychologique, psychomoteur, orthoptique, ergothérapique et pédagogique.

Le premier bilan est généralement réalisé par un psychomotricien, qui peut simplement suspecter la dyspraxie ( il ne peut pas poser de diagnostic), puis un psychologue réalise un bilan global des compétences par des tests d’efficience intellectuelle,  test de QI verbal et test de QI performances. Il vérifie l’absence de déficit intellectuel.

L’examen psychomoteur étudie :
la motricité globale : coordinations dynamiques, coordinations visuomotrices, équilibre,
la motricité fine : coordination oculo-manuelle, praxie manuelles et digitales
l’organisation spatiale : représentation mentale de l’espace, organisation visuo-constructive, perception visuo-spatiale, latéralité
graphisme et écriture

Bilan orthoptique
Il permet d’observer les stratégies visuelles : poursuite visuelle, stratégies d’exploration, coordination oeil/main, attention visuelle, etc

Bilan ergothérapeutique
Evaluation de l’écriture : qualité de l’écriture, épreuves visuo-graphiques et visuo-spatiales
Autonomie dans la vie quotidienne

Aménagements et aides en cas de dyspraxie

A l’école un enfant dyspraxique peut avoir du matériel et des supports adaptés, être interrogé à l’oral, passer les évaluations nationales de CE1 et CM2 adaptées pour les enfants dyspraxiques, avoir un tiers temps supplémentaire, etc

En cas de dyspraxie visuo-spatiale, il est conseillé de passer par le canal auditivo-verbal pour améliorer la réalisation d’une tâche par la description verbale des différentes étapes de réalisation .
Pour l’apprentissage de la lecture, il faut utiliser des méthodes qui utilisent des conversions grapho-phonémiques.
Pour faciliter la lecture, il est conseillé d’ élargir les interlignes, surligner les lignes en fluo de couleurs différentes, voire surligner au fur et à mesure de la lecture, ou les éléments pertinents d’un texte  mais il ne faut  pas modifier les présentations ( police).
Pour l’orthographe, il est conseillé de faire apprendre en épelant les mots courants, donner les règles ( familles de mots), etc

Ces aménagements peuvent aider à pallier les difficultés : elles doivent être envisagées dans un projet  avec tous les professionnels compétents pour donner à l’enfant une chance de développer ses capacités et d’avoir un projet pour sa vie d’adulte.
Parvenu à l’âge adulte, il a besoin que son environnement et son travail soient aménagés, que sa grande fatigabilité soit prise en compte.

Association dyspraxie

L’Association Dyspraxie France Dyspraxie DFD est une association crée en 2011 par des parents d’enfants dyspraxiques déjà investis depuis de longues années pour faire avancer la cause des personnes dyspraxiques. Elle est présente dans 60 Départements, compte 120 bénévoles et plus de 900 adhérents.

Cette association a pour objectifs

  •  de soutenir et accompagner les familles dans leur “parcours du combattant”,
  • de sensibiliser les professionnels de l’éducation et de la santé ainsi que les institutions, afin que la dyspraxie soit mieux connue et prise en charge,
  • d’aider les jeunes dyspraxiques dans leur insertion professionnelle et sociale,
  • d’alimenter les travaux de recherche sur la dyspraxie grâce aux remontées d’information des familles,
  • de prendre une part active à l’action politique menée par la FFDys (Fédération Française des Dys).

Actuellement la dyspraxie est insuffisamment diagnostiquée ou trop tardivement (parfois même à l’âge adulte notamment lorsque les difficultés d’adaptation deviennent trop grandes). Il est important de prendre en charge tôt ces enfants, afin qu’ils bénéficient de rééducations appropriées (psychomotricité, ergothérapie, orthoptie, orthophonie, aide psychologique) aide pédagogique (photocopie, interrogation orale, tiers temps, utilisation d’un ordinateur, aide d’une Auxiliaire de Vie Scolaire, etc). Malheureusement les prises en charges actuelles sont insuffisantes par manque de professionnels formés, les délais sont trop longs y compris dans le système libéral où les rééducations ne sont pas remboursées par la Sécurité Sociale.
Les troubles associés à la dyspraxie ne doivent pas être mis sur le compte de la paresse, d’une opposition, d’un trouble psychologique. En effet ces enfants en souffrance et fatigables à l’école risquent d’être très rapidement exclus du milieu scolaire ordinaire alors qu’ils ont une intelligence tout à fait normale, et parfois même supérieure. Un enfant dyspraxique devient un adulte dyspraxique qui le restera toute sa vie.

 

Source : AtouAante.com

Neurodivergence

L’intelligence portée par les sens

Les spécialistes de l’intelligence s’accordent pour affirmer qu’il n’en existe aucune définition universelle. Nous utiliserons donc celle qui nous a paru la plus simple, à savoir que l’intelligence est la façon dont un individu appréhende et comprend son environnement.

Ce qui nous intéresse ici, c’est de saisir que quelles que soient nos capacités intellectuelles, notre compréhension du monde est conditionnée par nos sens.

Comment est-ce possible ? On conçoit facilement, par exemple, que comme nous ne percevons ni l’infiniment petit ni l’infiniment grand, il nous est impossible de nous en faire une représentation juste. Mais même si l’on s’en tient aux stimuli que nous sommes physiquement capables de détecter (sons, images, odeurs, etc.), l’environnement sensible reste si vaste qu’il est humainement impossible de le percevoir dans sa totalité, d’en saisir tous les détails.

Nous n’avons accès, à chaque instant, qu’à une fraction de notre environnement. Pour compliquer un peu plus la situation, les mécanismes cérébraux de l’attention sont tels qu’ils imposent des contraintes fortes à nos capacités perceptives. Or ces mécanismes de régulation et d’orientation de l’attention dépendent fortement de notre état d’esprit et de nos émotions. Voici des exemples de ces contraintes : lorsque nous trouvons une fleur ravissante, notre attention s’y focalise et nous rend capables de percevoir ses nombreuses nuances de couleur, de texture, de forme et de parfum ; inversement, si nous sommes sous le coup d’une peur panique, nous éprouvons une vision « tunnellisée », c’est-à-dire que nous ne pouvons plus voir que ce qui est au centre de notre champ de vision, tandis que les informations à la périphérie deviennent inaccessibles.

L’illusion d’un monde consensuel

Ces contraintes que nos sens et nos émotions imposent à notre intelligence peuvent entraîner des complications… imperceptibles. Prenons le cas de deux individus, appelons-les Thanh et Cédric, avec leurs états d’esprit respectifs. Ils peuvent tout à fait se trouver dans la même pièce et en percevoir des informations très différentes. Ils n’en sont pas conscients, car ils détectent tous deux suffisamment d’éléments en commun pour avoir l’illusion qu’ils ont perçu la même chose. Mais cette illusion est trompeuse et génératrice d’incompréhensions. En réalité, Thanh et Cédric ne vivent pas exactement dans le même monde, mais ils ont en commun un monde consensuel, composé des éléments qu’ils ont perçus tous les deux. En revanche, quand bien même ils seraient dans des états d’esprit similaires, Thanh et Cédric ne pourront jamais percevoir tous les deux exactement la même chose, sans forcément prendre conscience de ce hiatus inéluctable.

On comprend comment deux individus peuvent en arriver à avoir des interprétations opposées d’une même situation, sans que l’un ait tort et l’autre raison, parce qu’au fond ils croient parler de la même situation mais en réalité, ils parlent de deux situations différentes puisqu’ils ne disposent pas des mêmes éléments.

Mais cela n’est pas tout : non seulement les humains ne sont pas tous équipés des mêmes outils sensoriels (certaines personnes ont l’odorat très fin, d’autres une vue perçante), mais en plus, la façon dont le cerveau va traiter ces informations dépend du nombre de neurones dédiés à ce traitement, et là encore, nous ne sommes pas égaux dans la grande distribution génétique qui sous-tend l’architecture cérébrale. L’exemple de la musique permet de bien saisir cette notion : certains cerveaux ont la capacité de percevoir des nuances de son là où d’autres n’entendent aucune différence.

En bref, l’intelligence est conditionnée par nos sens, par la puissance des centres de calculs neuronaux, et par l’humeur et l’état d’esprit dans lesquels nous nous trouvons. En d’autres termes, le monde tel que nous le percevons traduit notre attitude et notre singularité, soit notre façon d’être au monde.

Intelligence et normalité

De même qu’il n’existe pas deux visages identiques, il n’existe pas deux cerveaux identiques. C’est cette variabilité qui fait notre singularité. Toutefois, pour la majeure partie de la population, cette variabilité est marginale, dans le sens où les différences cognitives et perceptives entre deux individus ne pèsent pas lourd comparativement à tout ce qu’ils ont en commun. L’exemple du Quotient Intellectuel de Wechsler (une échelle de mesure des capacités intellectuelles, la plus utilisée, même si ce n’est pas la seule) permet de bien saisir cette notion. Comme on peut le voir sur la courbe ci-dessous, 95.6 % de la population présente un QI entre 70 et 130, ce qui est considéré comme normal.

courbe_de_normalite

Distribution de QI normalisé avec une moyenne de 100 et un écart type de 15. Auteur : Dmcq

Il est essentiel de saisir que nous parlons ici de normalité statistique. En aucun cas, il ne devrait s’agir d’une évaluation de la valeur des individus. Hélas, ce terme de normalité est trompeur et évoque une notion de standard de référence, facilement interprété comme un idéal à atteindre. En d’autres termes, parler de normalité est, qu’on le veuille ou non, normatif. Il serait plus juste de parler de banalité, dans le sens où il est banal d’interagir avec un humain dont le QI de Wechsler se situe entre 70 et 130 (puisque, sur 100 personnes, 95 obtiennent ce score), et moins banal d’interagir avec un individu dont le QI de Wechsler est inférieur à 70 (seulement 2,1 personnes sur 100).

On pourrait comparer avec la courbe des tailles : 90 % des hommes occidentaux mesurent entre 1,65 m et 1,85 m. Il est donc banal d’interagir avec un homme mesurant 1,75 m et moins banal avec un homme mesurant 1,95 m. Les individus très grands ou très petits constituent donc des variations extrêmes par rapport la moyenne de la population.

Dans la limite de nos outils conceptuels et de nos instruments de mesure, les capacités cérébrales peuvent être étudiées et décrites en termes de fréquence dans la population, aboutissant généralement à une représentation sous forme de gaussienne, dite courbe de normalité, comme la courbe en cloche présentée ci-dessus. Pour toutes ces capacités, on va retrouver une majorité d’individus proches de la moyenne et une minorité d’individus soit très en dessous soit très au-dessus de cette moyenne. Réciproquement, pour un individu donné, on peut retrouver certaines capacités dans la moyenne tandis que d’autres capacités seront très en dessous ou très au-dessus. On parle alors de profil hétérogène, par opposition au profil homogène d’un individu dont toutes les capacités sont situées dans la même zone de la gaussienne.

En ce qui concerne l’intelligence, au sens où nous l’avons définie (et qui ne doit en aucun cas être confondue avec le QI, qui ne représente qu’une portion de tout ce qui constitue l’intelligence), nous trouvons particulièrement intéressant de nous pencher précisément sur ceux qui sont aux extrémités des courbes, ceux qui ne rentrent pas dans la norme. Cet intérêt nous a menés au concept de neurodiversité.

Eloge de la variabilité

Le terme de neurodiversité nous vient de la communauté des autistes, qui, lassés que leur anormalité statistique soit interprétée comme une somme de déficiences, revendiquent au contraire leur différence comme une variation de l’intelligence humaine. Pour comprendre cette posture, il faut savoir que si, sur plusieurs dimensions de l’intelligence, les autistes présentent des capacités significativement inférieures à celles de la population neurotypique (les individus qui sont au centre de la courbe en cloche), ils disposent également de capacités cognitives et perceptives exceptionnellement supérieures. Ces profils intellectuels pleins d’extrêmes sont donc potentiellement sources de handicap comme de promesses. Si on reprend l’idée que l’intelligence est conditionnée par nos sens, les autistes, dont une des caractéristiques est d’avoir des capacités perceptives particulièrement aiguisées, ne vivent pas dans le même monde. On a longtemps dit d’eux qu’ils vivaient dans leur monde, ce qui, suivant notre raisonnement, n’est pas faux, mais incomplet. Il serait plus juste de dire qu’ils vivent dans un monde plus intense et plus riche d’informations que celui des neurotypiques. Ils disposent par ailleurs de capacités cérébrales de calcul leur permettant d’assimiler ces informations et d’en tirer des conclusions originales et pertinentes, que nous aurions tout intérêt à considérer avec le même sérieux que nous considérons les conclusions proposées par tout un chacun.

Avec le temps, le mouvement de la neurodiversité intègre peu à peu tous les individus qui présentent de grandes variations cognitives par rapport à la normale, comme les personnes à haut potentiel intellectuel (soit un QI de Wechsler supérieur à 135, groupe dans lequel on retrouve d’ailleurs de nombreux autistes de haut niveau), les individus qui présentent un TDA/H (trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité, que l’on retrouve aussi chez de nombreux autistes), les personnes qui ont des troubles des apprentissages (dyslexie, dyspraxie…). Tous ces groupes humains ont en commun de présenter des aptitudes loin de la moyenne.

Un réservoir à idées nouvelles

En raison de leurs aptitudes peu banales, les « neurodivergents » perçoivent le monde différemment, ce qui leur donne la capacité de remarquer ce que personne ne voit, de saisir des nuances imperceptibles au commun des mortels, de les analyser avec des outils cognitifs originaux, et d’en tirer des conclusions auxquelles personne d’autre n’aurait pu aboutir. Si seulement nous sommes capables de les entendre ! Certes, les capacités de communication des autistes ne sont pas aussi performantes que celles des neurotypiques, mais elles ne sont pas pour autant absentes (même chez les autistes non verbaux, la communication peut se faire par gestes, parfois par écrit). Il me semble parfois que ce sont les préjugés, bien plus que le handicap, qui entravent les échanges authentiques entre autistes et neurotypiques. C’est particulièrement désolant si on considère que les capacités « neurodivergentes » peuvent se révéler vitales pour l’espèce humaine, car lorsqu’une situation inédite se présente, et notamment une situation de danger, il faut inventer des solutions nouvelles. Et qui mieux que ceux qui ne pensent comme personne pour proposer des idées originales ?

Source : atousante.com

Hypersensibilité : Fabrice Midal nous explique pourquoi c’est une forme de génie

Fabrice Midal

Vous vous êtes toujours senti différent ? Gêné dans les fêtes où l’on devrait s’amuser, mal à l’aise en réunion de boulot, avec une pensée qui part dans tous les sens ? Trop émotif, trop curieux, trop empathique, trop affectif ? Incapable de jouer le jeu social bien longtemps, écorché vif, jusqu’à vous sentir souvent un ovni ? Fabrice Midal aussi.

Philosophe et fondateur de « L’Ecole de Méditation », l’auteur de « Foutez-vous la paix » publie « Suis-je hypersensible ? Enquête sur un pouvoir méconnu » (éd.Flammarion/versilio), un livre aussi bienveillant que pragmatique qui pourrait radicalement vous changer la vie (et celle de vos proches). Voici pourquoi en quatre points.

Retrouver sur le site de ELLE, l’article et la vidéo de Fabrice Midal ici

Le « Haut Potentiel » : une force vulnérable

Haut Potentiel une force vulnerable

Haut Potentiel, sur-efficient, surdoué, arborescent, zèbre ou encore mustang, sont autant de termes employés pour définir les personnes ayant un profil dit « neuro-atypique » qui désigne des fonctionnements singuliers et très variés. Ces différences peuvent être souvent à l’origine d’incompréhensions, de difficultés dans les relations professionnelles, voire de situations de mal-être. A travers cet article, nous souhaitons faciliter une meilleure compréhension de ce sujet.

Une compréhension multidimensionnelle

Le profil « Haut Potentiel » a souvent été réduit au quotient intellectuel chiffré. Les différentes études ont montré que cette mesure présente des limites et ne suffit pas pour rendre compte de la complexité et la diversité des variables impliquées dans un profil HP. Cinq dimensions ont été identifiées par ZIEGLER et RAUL (2000) pour être utilisées dans la recherche ; on parlera de créativité, d’intelligence, de performance, de personnalité et d’intérêts.

L’ensemble des conceptions scientifiques du profil « Haut Potentiel » s’accordent sur quatre postulats (Caroff, 2005) :

  • Le « Haut Potentiel » peut s’exprimer sous des formes diverses et variées
  • Les domaines de compétences dans lesquels il peut se révéler sont nombreux et ne s’arrêtent pas à l’intelligence, prenant en compte des aspects de la personnalité
  • Le « Haut Potentiel » se différencie du don qui suppose la présence d’une aptitude particulière supérieure à une moyenne d’un groupe d’âge ; et du talent qui porte sur une compétence au sein d’un champ particulier
  • L’expression du « Haut Potentiel » est modulée selon de nombreuses variables

Jeanne SIAUD-FACCHIN, psychologue spécialiste des surdoués, mettra l’accent sur le fait que la caractéristique la plus importante dans notre considération du « Haut Potentiel » ne doit pas être le quotient intellectuel du fait qu’il s’inscrive dans un fonctionnement souvent source de difficultés, notamment scolaires. Lhétérogénéité des capacités cognitives constitue la dimension atypique. Pour la spécialiste, la différence du comportement psychoaffectif et du fonctionnement de l’intelligence caractérise avant tout le « Haut Potentiel », qui peut s’exprimer de façon très différente selon les personnes.

Un potentiel complexe

« Être surdoué, c’est l’émotion au bord des lèvres toujours, et la pensée aux frontières de l’infini tout le temps. » Jeanne SIAUD-FACCHIN

Nous sommes tous des êtres sensibles, certains le sont davantage. L’hypersensibilité est une particularité faisant partie des différences du « Haut Potentiel » qui le rend plus réceptif aux stimuli, par une amplification des ressentis et des perceptions. Un bruit perçu de la même manière par plusieurs personnes ne sera pas vécu de la même façon par une personne hypersensible, qui peut présenter de l’hyperesthésie (exagération physiologique de la sensibilité des divers sens). Il s’agit d’un trait tempéramental qui serait inné et qui serait lié à l’utilisation plus importante de l’hémisphère droit du cerveau. Il s’accompagne d’une intuition développée et une propension à tout percevoir et analyser, capter tous les détails, terminer parfois les phrases de l’autre et ressentir le ressenti de ce dernier avant même son expression. Elle est reliée à une lucidité sur leur environnement. Nous pouvons être hypersensibles sans pour autant présenter d’autres caractéristiques d’un profil atypique.

L’intensité avec laquelle les émotions peuvent être ressenties peut mener à être affecté facilement dans des situations quotidiennes, ou à l’inverse, donner une image froide et distante par la rationalisation des émotions alors non reconnues.

Le système de pensée est un point important à prendre en compte. On parle de pensée en arborescence, alimentée par la curiosité. Elle donne place à un sens créatif, innovant, un goût pour apprendre, et permet de travailler rapidement sur plusieurs sujets. Le revers de la médaille, c’est le risque de surcharge que présente la suractivité mentale, et l’angoisse qui peut découler des questionnements souvent laissés sans réponse.

L’acceptation est le premier ingrédient d’une bienveillance envers soi, rendue difficile par l’auto-exigence du « Haut Potentiel » suivie par son manque de confiance et d’estime de soi. La plupart du temps, ils créent eux-mêmes les situations vécues comme un échec du fait qu’ils se fixent des objectifs bien trop élevés par rapport aux moyens dont ils disposent, menant également à un sentiment d’incompétence.

L’incompréhension par les autres de ce fonctionnement particulier expose au risque de le considérer comme de l’indiscipline, du manque de respect des règles établies, une menacepour certains, ou encore une forme de résistance. Il s’agit souvent de malentendus en lien avec l’intensité des valeurs, le perfectionnisme, le fort besoin d’intégrité, et une certaine impatience, donnant l’habitude des difficultés dans les relations interpersonnelles. La principale stratégie pour éviter les difficultés liées à ces caractéristiques « neuro-atypiques » est de s’éloigner temporairement de son fonctionnement pour s’adapter à une situation, qui ne peut être que temporaire du fait de la place importante donnée à l’authenticité. Ces caractéristiques se situant entre forces et vulnérabilités peuvent devenir sources de souffrance dans certains environnements professionnels.

Le management des profils dits atypiques

En termes de management, il peut représenter un exercice d’équilibriste. Ce qui fonctionne avec les autres ne produira pas le même effet avec un profil « Haut Potentiel ». Ce seront sa sensibilité et son attache à certaines dimensions telles que le sens, la logique, la justice et la compréhension qui pourront être sources de revendication et d’opposition. La rapidité pourra mener à une forme d’impatience ou d’ennui qui pourront laisser transparaître un air faussement nonchalant. Qualifiés parfois comme étant ingérables, ils peuvent mettre en difficulté un manager alors même qu’il pourrait être attendu de lui qu’il soit aussi une ressource.

Il est alors conseillé à ce dernier la responsabilité d’être conscient de ses ressentis face à la gestion de ce profil, requérant une prise de recul sur soi. Agacement, incompréhension, sentiment d’être désarmé ou dépassé sont autant de sentiments qui peuvent se présenter. Le mécanisme du besoin de contrôle lié à la fonction managériale peut facilement s’imposer comme une solution perçue au regard de la difficulté rencontrée, mais cette action risque probablement d’être contre-productive. Bien que passant pour celui qui sait, le « Haut Potentiel » ne sait pas toujours faire avec ce qui le caractérise et peut même, à terme, le vivre comme une source de mal-être, notamment par le sentiment de solitude creusé par l’incompréhension qui s’installe dans la relation.

Un management approprié concilierait exigence et humanité, confiance et autonomie, challenge et accompagnement, aidant chacun à évoluer. Les tâches sous forme de projet et d’objectifs à atteindre sont des clés à travers lesquelles il peut grandir et exploiter ses forces. Il peut être nécessaire d’accompagner un collectif qui pourra l’accompagner en retour. L’étude de Egon ZEHNDER et McKINSEY a permis de rendre compte d’une différence d’efficacité lorsqu’on mélange des profils atypiques, n’étant pas excellents sur tout, avec des profils dans la norme. Pour les auteurs, la clé réside dans la cohésion de ces différences à l’aide d’un management adapté. Un environnement de travail clair au sein duquel une place est accordée à une intelligence collective est une condition favorable à l’épanouissement de tous les collaborateurs. Le besoin d’être nourri trouve satisfaction dans la découverte de nouveaux champs d’apprentissage, associée à des activités de terrain pour servir l’énergie.

Une posture managériale à l’écoute et bienveillante, requérant de la patience et de l’observation de ce qui peut stimuler et challenger est conseillée, tout en ayant de l’humilité face à la particularité qui peut elle-même représenter un challenge. Ces caractéristiques permettent dans le même temps une bonne gestion émotionnelle favorisant la sérénité et la diminution du recours aux stratégies coûteuses, pour chacun.

L’accompagnement du manager par le biais de coaching adapté à la situation peut être une clé dans la prévention et/ou la diminution des risques. La mise en place d’une médiation peut également être une solution à envisager. Souvent, l’intellect occupe une place dominante et a besoin d’être contenue c’est pourquoi il est bénéfique de pouvoir recentrer l’attention sur des projets concrets.

En synthèse ? Les relations professionnelles sont nourries quotidiennement par les différences de chacun. Certaines d’entre elles, plus « atypiques », pourraient être sources de difficultés dans la collaboration, de contre-performance, voire de mal-être. La régulation managériale dans une telle situation est essentielle pour maîtriser les risques associés et permettre aux profils « atypiques » de pouvoir exprimer leur potentiel et s’épanouir professionnellement. Un accompagnement sur mesure du management comme des profils dits « atypiques » par des experts du sujet est fortement conseillé.

Références citées dans l’article

Caroff, X., Jouffray, C., Jilinskaya, M. & Fernandez, G. (2006). Identification multidimensionnelle du haut potentiel : mise au point d’une version française des échelles d’évaluation des caractéristiques de comportement des élèves surdoués. Bulletin de psychologie, numéro 485(5), 469-480.

Herrmann, K.; Komm, A.; Smit, S. (2011). Do you have the right leaders for your growth strategies?.Organization Practice

Komm, A., McKinsey & Company, John McPherson, J., Graf, M., P. Kelner, S., Renze-Westendorf, V. (2011). “Return on Leadership”. Egon Zehnder International and McKinsey & Company

Siaud-Facchin, J., Trop intelligent pour être heureux ? : l’adulte surdoué. Paris : Odile Jacob, 2008. 320 p.

Ziegler, A., & Raul, T. (2000). Myth and Reality : A review of empirical studies on giftedness. High Ability Studies, 11(2), 113‑136.

​Source : ekilibre-conseil.com