Neurodivergence

L’intelligence portée par les sens

Les spécialistes de l’intelligence s’accordent pour affirmer qu’il n’en existe aucune définition universelle. Nous utiliserons donc celle qui nous a paru la plus simple, à savoir que l’intelligence est la façon dont un individu appréhende et comprend son environnement.

Ce qui nous intéresse ici, c’est de saisir que quelles que soient nos capacités intellectuelles, notre compréhension du monde est conditionnée par nos sens.

Comment est-ce possible ? On conçoit facilement, par exemple, que comme nous ne percevons ni l’infiniment petit ni l’infiniment grand, il nous est impossible de nous en faire une représentation juste. Mais même si l’on s’en tient aux stimuli que nous sommes physiquement capables de détecter (sons, images, odeurs, etc.), l’environnement sensible reste si vaste qu’il est humainement impossible de le percevoir dans sa totalité, d’en saisir tous les détails.

Nous n’avons accès, à chaque instant, qu’à une fraction de notre environnement. Pour compliquer un peu plus la situation, les mécanismes cérébraux de l’attention sont tels qu’ils imposent des contraintes fortes à nos capacités perceptives. Or ces mécanismes de régulation et d’orientation de l’attention dépendent fortement de notre état d’esprit et de nos émotions. Voici des exemples de ces contraintes : lorsque nous trouvons une fleur ravissante, notre attention s’y focalise et nous rend capables de percevoir ses nombreuses nuances de couleur, de texture, de forme et de parfum ; inversement, si nous sommes sous le coup d’une peur panique, nous éprouvons une vision « tunnellisée », c’est-à-dire que nous ne pouvons plus voir que ce qui est au centre de notre champ de vision, tandis que les informations à la périphérie deviennent inaccessibles.

L’illusion d’un monde consensuel

Ces contraintes que nos sens et nos émotions imposent à notre intelligence peuvent entraîner des complications… imperceptibles. Prenons le cas de deux individus, appelons-les Thanh et Cédric, avec leurs états d’esprit respectifs. Ils peuvent tout à fait se trouver dans la même pièce et en percevoir des informations très différentes. Ils n’en sont pas conscients, car ils détectent tous deux suffisamment d’éléments en commun pour avoir l’illusion qu’ils ont perçu la même chose. Mais cette illusion est trompeuse et génératrice d’incompréhensions. En réalité, Thanh et Cédric ne vivent pas exactement dans le même monde, mais ils ont en commun un monde consensuel, composé des éléments qu’ils ont perçus tous les deux. En revanche, quand bien même ils seraient dans des états d’esprit similaires, Thanh et Cédric ne pourront jamais percevoir tous les deux exactement la même chose, sans forcément prendre conscience de ce hiatus inéluctable.

On comprend comment deux individus peuvent en arriver à avoir des interprétations opposées d’une même situation, sans que l’un ait tort et l’autre raison, parce qu’au fond ils croient parler de la même situation mais en réalité, ils parlent de deux situations différentes puisqu’ils ne disposent pas des mêmes éléments.

Mais cela n’est pas tout : non seulement les humains ne sont pas tous équipés des mêmes outils sensoriels (certaines personnes ont l’odorat très fin, d’autres une vue perçante), mais en plus, la façon dont le cerveau va traiter ces informations dépend du nombre de neurones dédiés à ce traitement, et là encore, nous ne sommes pas égaux dans la grande distribution génétique qui sous-tend l’architecture cérébrale. L’exemple de la musique permet de bien saisir cette notion : certains cerveaux ont la capacité de percevoir des nuances de son là où d’autres n’entendent aucune différence.

En bref, l’intelligence est conditionnée par nos sens, par la puissance des centres de calculs neuronaux, et par l’humeur et l’état d’esprit dans lesquels nous nous trouvons. En d’autres termes, le monde tel que nous le percevons traduit notre attitude et notre singularité, soit notre façon d’être au monde.

Intelligence et normalité

De même qu’il n’existe pas deux visages identiques, il n’existe pas deux cerveaux identiques. C’est cette variabilité qui fait notre singularité. Toutefois, pour la majeure partie de la population, cette variabilité est marginale, dans le sens où les différences cognitives et perceptives entre deux individus ne pèsent pas lourd comparativement à tout ce qu’ils ont en commun. L’exemple du Quotient Intellectuel de Wechsler (une échelle de mesure des capacités intellectuelles, la plus utilisée, même si ce n’est pas la seule) permet de bien saisir cette notion. Comme on peut le voir sur la courbe ci-dessous, 95.6 % de la population présente un QI entre 70 et 130, ce qui est considéré comme normal.

courbe_de_normalite

Distribution de QI normalisé avec une moyenne de 100 et un écart type de 15. Auteur : Dmcq

Il est essentiel de saisir que nous parlons ici de normalité statistique. En aucun cas, il ne devrait s’agir d’une évaluation de la valeur des individus. Hélas, ce terme de normalité est trompeur et évoque une notion de standard de référence, facilement interprété comme un idéal à atteindre. En d’autres termes, parler de normalité est, qu’on le veuille ou non, normatif. Il serait plus juste de parler de banalité, dans le sens où il est banal d’interagir avec un humain dont le QI de Wechsler se situe entre 70 et 130 (puisque, sur 100 personnes, 95 obtiennent ce score), et moins banal d’interagir avec un individu dont le QI de Wechsler est inférieur à 70 (seulement 2,1 personnes sur 100).

On pourrait comparer avec la courbe des tailles : 90 % des hommes occidentaux mesurent entre 1,65 m et 1,85 m. Il est donc banal d’interagir avec un homme mesurant 1,75 m et moins banal avec un homme mesurant 1,95 m. Les individus très grands ou très petits constituent donc des variations extrêmes par rapport la moyenne de la population.

Dans la limite de nos outils conceptuels et de nos instruments de mesure, les capacités cérébrales peuvent être étudiées et décrites en termes de fréquence dans la population, aboutissant généralement à une représentation sous forme de gaussienne, dite courbe de normalité, comme la courbe en cloche présentée ci-dessus. Pour toutes ces capacités, on va retrouver une majorité d’individus proches de la moyenne et une minorité d’individus soit très en dessous soit très au-dessus de cette moyenne. Réciproquement, pour un individu donné, on peut retrouver certaines capacités dans la moyenne tandis que d’autres capacités seront très en dessous ou très au-dessus. On parle alors de profil hétérogène, par opposition au profil homogène d’un individu dont toutes les capacités sont situées dans la même zone de la gaussienne.

En ce qui concerne l’intelligence, au sens où nous l’avons définie (et qui ne doit en aucun cas être confondue avec le QI, qui ne représente qu’une portion de tout ce qui constitue l’intelligence), nous trouvons particulièrement intéressant de nous pencher précisément sur ceux qui sont aux extrémités des courbes, ceux qui ne rentrent pas dans la norme. Cet intérêt nous a menés au concept de neurodiversité.

Eloge de la variabilité

Le terme de neurodiversité nous vient de la communauté des autistes, qui, lassés que leur anormalité statistique soit interprétée comme une somme de déficiences, revendiquent au contraire leur différence comme une variation de l’intelligence humaine. Pour comprendre cette posture, il faut savoir que si, sur plusieurs dimensions de l’intelligence, les autistes présentent des capacités significativement inférieures à celles de la population neurotypique (les individus qui sont au centre de la courbe en cloche), ils disposent également de capacités cognitives et perceptives exceptionnellement supérieures. Ces profils intellectuels pleins d’extrêmes sont donc potentiellement sources de handicap comme de promesses. Si on reprend l’idée que l’intelligence est conditionnée par nos sens, les autistes, dont une des caractéristiques est d’avoir des capacités perceptives particulièrement aiguisées, ne vivent pas dans le même monde. On a longtemps dit d’eux qu’ils vivaient dans leur monde, ce qui, suivant notre raisonnement, n’est pas faux, mais incomplet. Il serait plus juste de dire qu’ils vivent dans un monde plus intense et plus riche d’informations que celui des neurotypiques. Ils disposent par ailleurs de capacités cérébrales de calcul leur permettant d’assimiler ces informations et d’en tirer des conclusions originales et pertinentes, que nous aurions tout intérêt à considérer avec le même sérieux que nous considérons les conclusions proposées par tout un chacun.

Avec le temps, le mouvement de la neurodiversité intègre peu à peu tous les individus qui présentent de grandes variations cognitives par rapport à la normale, comme les personnes à haut potentiel intellectuel (soit un QI de Wechsler supérieur à 135, groupe dans lequel on retrouve d’ailleurs de nombreux autistes de haut niveau), les individus qui présentent un TDA/H (trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité, que l’on retrouve aussi chez de nombreux autistes), les personnes qui ont des troubles des apprentissages (dyslexie, dyspraxie…). Tous ces groupes humains ont en commun de présenter des aptitudes loin de la moyenne.

Un réservoir à idées nouvelles

En raison de leurs aptitudes peu banales, les « neurodivergents » perçoivent le monde différemment, ce qui leur donne la capacité de remarquer ce que personne ne voit, de saisir des nuances imperceptibles au commun des mortels, de les analyser avec des outils cognitifs originaux, et d’en tirer des conclusions auxquelles personne d’autre n’aurait pu aboutir. Si seulement nous sommes capables de les entendre ! Certes, les capacités de communication des autistes ne sont pas aussi performantes que celles des neurotypiques, mais elles ne sont pas pour autant absentes (même chez les autistes non verbaux, la communication peut se faire par gestes, parfois par écrit). Il me semble parfois que ce sont les préjugés, bien plus que le handicap, qui entravent les échanges authentiques entre autistes et neurotypiques. C’est particulièrement désolant si on considère que les capacités « neurodivergentes » peuvent se révéler vitales pour l’espèce humaine, car lorsqu’une situation inédite se présente, et notamment une situation de danger, il faut inventer des solutions nouvelles. Et qui mieux que ceux qui ne pensent comme personne pour proposer des idées originales ?

Source : atousante.com

Hypersensibilité : Fabrice Midal nous explique pourquoi c’est une forme de génie

Fabrice Midal

Vous vous êtes toujours senti différent ? Gêné dans les fêtes où l’on devrait s’amuser, mal à l’aise en réunion de boulot, avec une pensée qui part dans tous les sens ? Trop émotif, trop curieux, trop empathique, trop affectif ? Incapable de jouer le jeu social bien longtemps, écorché vif, jusqu’à vous sentir souvent un ovni ? Fabrice Midal aussi.

Philosophe et fondateur de « L’Ecole de Méditation », l’auteur de « Foutez-vous la paix » publie « Suis-je hypersensible ? Enquête sur un pouvoir méconnu » (éd.Flammarion/versilio), un livre aussi bienveillant que pragmatique qui pourrait radicalement vous changer la vie (et celle de vos proches). Voici pourquoi en quatre points.

Retrouver sur le site de ELLE, l’article et la vidéo de Fabrice Midal ici

Le « Haut Potentiel » : une force vulnérable

Haut Potentiel une force vulnerable

Haut Potentiel, sur-efficient, surdoué, arborescent, zèbre ou encore mustang, sont autant de termes employés pour définir les personnes ayant un profil dit « neuro-atypique » qui désigne des fonctionnements singuliers et très variés. Ces différences peuvent être souvent à l’origine d’incompréhensions, de difficultés dans les relations professionnelles, voire de situations de mal-être. A travers cet article, nous souhaitons faciliter une meilleure compréhension de ce sujet.

Une compréhension multidimensionnelle

Le profil « Haut Potentiel » a souvent été réduit au quotient intellectuel chiffré. Les différentes études ont montré que cette mesure présente des limites et ne suffit pas pour rendre compte de la complexité et la diversité des variables impliquées dans un profil HP. Cinq dimensions ont été identifiées par ZIEGLER et RAUL (2000) pour être utilisées dans la recherche ; on parlera de créativité, d’intelligence, de performance, de personnalité et d’intérêts.

L’ensemble des conceptions scientifiques du profil « Haut Potentiel » s’accordent sur quatre postulats (Caroff, 2005) :

  • Le « Haut Potentiel » peut s’exprimer sous des formes diverses et variées
  • Les domaines de compétences dans lesquels il peut se révéler sont nombreux et ne s’arrêtent pas à l’intelligence, prenant en compte des aspects de la personnalité
  • Le « Haut Potentiel » se différencie du don qui suppose la présence d’une aptitude particulière supérieure à une moyenne d’un groupe d’âge ; et du talent qui porte sur une compétence au sein d’un champ particulier
  • L’expression du « Haut Potentiel » est modulée selon de nombreuses variables

Jeanne SIAUD-FACCHIN, psychologue spécialiste des surdoués, mettra l’accent sur le fait que la caractéristique la plus importante dans notre considération du « Haut Potentiel » ne doit pas être le quotient intellectuel du fait qu’il s’inscrive dans un fonctionnement souvent source de difficultés, notamment scolaires. Lhétérogénéité des capacités cognitives constitue la dimension atypique. Pour la spécialiste, la différence du comportement psychoaffectif et du fonctionnement de l’intelligence caractérise avant tout le « Haut Potentiel », qui peut s’exprimer de façon très différente selon les personnes.

Un potentiel complexe

« Être surdoué, c’est l’émotion au bord des lèvres toujours, et la pensée aux frontières de l’infini tout le temps. » Jeanne SIAUD-FACCHIN

Nous sommes tous des êtres sensibles, certains le sont davantage. L’hypersensibilité est une particularité faisant partie des différences du « Haut Potentiel » qui le rend plus réceptif aux stimuli, par une amplification des ressentis et des perceptions. Un bruit perçu de la même manière par plusieurs personnes ne sera pas vécu de la même façon par une personne hypersensible, qui peut présenter de l’hyperesthésie (exagération physiologique de la sensibilité des divers sens). Il s’agit d’un trait tempéramental qui serait inné et qui serait lié à l’utilisation plus importante de l’hémisphère droit du cerveau. Il s’accompagne d’une intuition développée et une propension à tout percevoir et analyser, capter tous les détails, terminer parfois les phrases de l’autre et ressentir le ressenti de ce dernier avant même son expression. Elle est reliée à une lucidité sur leur environnement. Nous pouvons être hypersensibles sans pour autant présenter d’autres caractéristiques d’un profil atypique.

L’intensité avec laquelle les émotions peuvent être ressenties peut mener à être affecté facilement dans des situations quotidiennes, ou à l’inverse, donner une image froide et distante par la rationalisation des émotions alors non reconnues.

Le système de pensée est un point important à prendre en compte. On parle de pensée en arborescence, alimentée par la curiosité. Elle donne place à un sens créatif, innovant, un goût pour apprendre, et permet de travailler rapidement sur plusieurs sujets. Le revers de la médaille, c’est le risque de surcharge que présente la suractivité mentale, et l’angoisse qui peut découler des questionnements souvent laissés sans réponse.

L’acceptation est le premier ingrédient d’une bienveillance envers soi, rendue difficile par l’auto-exigence du « Haut Potentiel » suivie par son manque de confiance et d’estime de soi. La plupart du temps, ils créent eux-mêmes les situations vécues comme un échec du fait qu’ils se fixent des objectifs bien trop élevés par rapport aux moyens dont ils disposent, menant également à un sentiment d’incompétence.

L’incompréhension par les autres de ce fonctionnement particulier expose au risque de le considérer comme de l’indiscipline, du manque de respect des règles établies, une menacepour certains, ou encore une forme de résistance. Il s’agit souvent de malentendus en lien avec l’intensité des valeurs, le perfectionnisme, le fort besoin d’intégrité, et une certaine impatience, donnant l’habitude des difficultés dans les relations interpersonnelles. La principale stratégie pour éviter les difficultés liées à ces caractéristiques « neuro-atypiques » est de s’éloigner temporairement de son fonctionnement pour s’adapter à une situation, qui ne peut être que temporaire du fait de la place importante donnée à l’authenticité. Ces caractéristiques se situant entre forces et vulnérabilités peuvent devenir sources de souffrance dans certains environnements professionnels.

Le management des profils dits atypiques

En termes de management, il peut représenter un exercice d’équilibriste. Ce qui fonctionne avec les autres ne produira pas le même effet avec un profil « Haut Potentiel ». Ce seront sa sensibilité et son attache à certaines dimensions telles que le sens, la logique, la justice et la compréhension qui pourront être sources de revendication et d’opposition. La rapidité pourra mener à une forme d’impatience ou d’ennui qui pourront laisser transparaître un air faussement nonchalant. Qualifiés parfois comme étant ingérables, ils peuvent mettre en difficulté un manager alors même qu’il pourrait être attendu de lui qu’il soit aussi une ressource.

Il est alors conseillé à ce dernier la responsabilité d’être conscient de ses ressentis face à la gestion de ce profil, requérant une prise de recul sur soi. Agacement, incompréhension, sentiment d’être désarmé ou dépassé sont autant de sentiments qui peuvent se présenter. Le mécanisme du besoin de contrôle lié à la fonction managériale peut facilement s’imposer comme une solution perçue au regard de la difficulté rencontrée, mais cette action risque probablement d’être contre-productive. Bien que passant pour celui qui sait, le « Haut Potentiel » ne sait pas toujours faire avec ce qui le caractérise et peut même, à terme, le vivre comme une source de mal-être, notamment par le sentiment de solitude creusé par l’incompréhension qui s’installe dans la relation.

Un management approprié concilierait exigence et humanité, confiance et autonomie, challenge et accompagnement, aidant chacun à évoluer. Les tâches sous forme de projet et d’objectifs à atteindre sont des clés à travers lesquelles il peut grandir et exploiter ses forces. Il peut être nécessaire d’accompagner un collectif qui pourra l’accompagner en retour. L’étude de Egon ZEHNDER et McKINSEY a permis de rendre compte d’une différence d’efficacité lorsqu’on mélange des profils atypiques, n’étant pas excellents sur tout, avec des profils dans la norme. Pour les auteurs, la clé réside dans la cohésion de ces différences à l’aide d’un management adapté. Un environnement de travail clair au sein duquel une place est accordée à une intelligence collective est une condition favorable à l’épanouissement de tous les collaborateurs. Le besoin d’être nourri trouve satisfaction dans la découverte de nouveaux champs d’apprentissage, associée à des activités de terrain pour servir l’énergie.

Une posture managériale à l’écoute et bienveillante, requérant de la patience et de l’observation de ce qui peut stimuler et challenger est conseillée, tout en ayant de l’humilité face à la particularité qui peut elle-même représenter un challenge. Ces caractéristiques permettent dans le même temps une bonne gestion émotionnelle favorisant la sérénité et la diminution du recours aux stratégies coûteuses, pour chacun.

L’accompagnement du manager par le biais de coaching adapté à la situation peut être une clé dans la prévention et/ou la diminution des risques. La mise en place d’une médiation peut également être une solution à envisager. Souvent, l’intellect occupe une place dominante et a besoin d’être contenue c’est pourquoi il est bénéfique de pouvoir recentrer l’attention sur des projets concrets.

En synthèse ? Les relations professionnelles sont nourries quotidiennement par les différences de chacun. Certaines d’entre elles, plus « atypiques », pourraient être sources de difficultés dans la collaboration, de contre-performance, voire de mal-être. La régulation managériale dans une telle situation est essentielle pour maîtriser les risques associés et permettre aux profils « atypiques » de pouvoir exprimer leur potentiel et s’épanouir professionnellement. Un accompagnement sur mesure du management comme des profils dits « atypiques » par des experts du sujet est fortement conseillé.

Références citées dans l’article

Caroff, X., Jouffray, C., Jilinskaya, M. & Fernandez, G. (2006). Identification multidimensionnelle du haut potentiel : mise au point d’une version française des échelles d’évaluation des caractéristiques de comportement des élèves surdoués. Bulletin de psychologie, numéro 485(5), 469-480.

Herrmann, K.; Komm, A.; Smit, S. (2011). Do you have the right leaders for your growth strategies?.Organization Practice

Komm, A., McKinsey & Company, John McPherson, J., Graf, M., P. Kelner, S., Renze-Westendorf, V. (2011). “Return on Leadership”. Egon Zehnder International and McKinsey & Company

Siaud-Facchin, J., Trop intelligent pour être heureux ? : l’adulte surdoué. Paris : Odile Jacob, 2008. 320 p.

Ziegler, A., & Raul, T. (2000). Myth and Reality : A review of empirical studies on giftedness. High Ability Studies, 11(2), 113‑136.

​Source : ekilibre-conseil.com

Comment Les Femmes Gèrent-Elles Leur Haut Potentiel ?

Comment Les Femmes Gèrent-Elles Leur Haut Potentiel ?
PAR Gaëlle Ménage – Journaliste Forbes France –  LE
Dans un monde fondé sur l’image de la femme empreinte de féminité, le défi se pose pour les femmes à haut potentiel d’articuler leur intelligence et de se faire accepter comme telles. Auteure du livre La Femme Surdouée, Monique de Kermadec, psychologue clinicienne, met en lumière les clés d’optimisation de ce potentiel qui permettront aux femmes d’assumer le rôle qu’elles pourraient avoir dans notre société pour le bénéfice de tous.

Qu’est-ce qui caractérise la femme à haut potentiel ?

Monique de Kermadec : Il y a trois entités que l’on retrouve chez les surdoués en général, les femmes comme les hommes : l’intensité, la complexité et l’urgence à agir. Les femmes vivent différemment ce haut potentiel parce que l’on vit dans une société où les attentes et les conditions sont différentes selon le genre. Ces femmes vivent une différence accrue parce qu’elles ne correspondent ni à la norme masculine, ni à la norme féminine classique. Elles sont différentes mais surtout, elles ont beaucoup à apporter. Certains traits de personnalité sont exacerbés chez les femmes à haut potentiel.

Comment s’adapte-t-elle dans une société où le modèle de la femme intelligente est aliéné ?

M.d.K : Si tous les surdoués se sont sentis différents à un moment de leur vie, les femmes surdouées ont abordé la vie, de l’école à l’emploi, dans cette impression constante de ne pas rentrer dans le moule de la société. D’une grande sensibilité et excitabilité, elles sont guidées par leur passion. Malgré l’évidence de leur haut potentiel, la plupart de ces femmes passent par un grand manque de confiance en elles. Il peut leur arriver d’essayer de se transformer pour répondre à ce qu’elles pensent que les autres attendent d’elles. Ces femmes sont porteuses d’une richesse féminine dont la société et le monde de l’entreprise ont besoin.

À quels défis est confrontée la femme à haut potentiel ?

M.d.K : Le premier défi, c’est surmonter le stéréotype de la femme intelligente. Les femmes ont des règles de communication différente des hommes. Dès l’enfance, elles ont appris à mettre des mots sur toutes choses, et n’ont pas nécessairement le même esprit de compétition ou d’ambition personnelle que les hommes. Le défi est de trouver la juste charge de travail car elles sont perfectionnistes et ont tendance à vouloir faire plus. En entreprise, les femmes travaillent souvent plus que leurs homologues masculins, non pas parce qu’on leur demande mais parce qu’elles ont le sentiment qu’elles sont obligées de donner plus. Elles ont comme défi ce besoin permanent de s’adapter. Les jeunes femmes qui débarquent dans l’entreprise ou les entrepreneures qui tentent d’obtenir des fonds ont bien plus de défis à relever que les hommes de leur âge. Elles doivent se battre constamment.

Dans ce souci d’adaptation, quels sont les pièges à éviter ?

M.d.K : Il est essentiel pour les femmes à haut potentiel d’être attentives à leurs besoins. En entreprise, elles doivent user de diplomatie et être attentives aux hyper-réactions en cas de désaccord, pour mieux se faire entendre. Le perfectionnisme dont elles font preuve les amène à être intransigeantes envers elles-mêmes et parfois à l’égard des autres. Si elles ne sont pas conscientes de leurs facilités, elles peuvent être tentées d’exiger de leurs collaborateurs des choses qu’ils ne sont pas à même d’apporter. Il est donc important d’avoir conscience de sa différence pour mieux gérer les relations avec les autres. Dans le cadre de l’entreprise, les femmes font face à un piège récurrent : la manière de s’énoncer. Ce qui est dit va avoir un impact parfois mal perçu, car si un homme affirmé est synonyme de force, une femme qui s’affirme est souvent vue de manière négative. Il y a un regard et un jugement différent sur la façon de se comporter avec les autres lorsqu’on est une femme.

Comment se positionne la femme à haut potentiel dans l’entreprise ?

M.d.K : Les femmes à haut potentiel présentent des atouts majeurs dans le management en entreprise. Dotées d’une intelligence émotionnelle et relationnelle, elles comprennent mieux leur interlocuteur. L’empathie dont elles font preuve est importante dans la gestion des équipes. Il n’y a pas de règle de conduite prédéfinie. Ce qui compte, c’est obtenir la meilleure collaboration entre les hommes et les femmes de l’entreprise. L’empathie est au centre du management d’entreprise. Les femmes à haut potentiel sont bonnes pour l’entreprise parce qu’elles ont plein d’idées. De ces idées, elles voient les possibilités et les conséquences de ces possibilités. Elles vont bien souvent plus loin que les hommes dans l’analyse des options quant à l’approche d’un projet et reposent notamment sur leur intuition. Si on ne gère pas une entreprise seulement sur l’intuition à la faveur d’une analyse plus logique, celle-ci demeure prépondérante. Dans la gestion qu’elles opèrent, les femmes s’intéressent à la dynamique du groupe et à y créer des liens positifs, ce qui passe notamment par la valorisation des collaborateurs.

Comment la femme à haut potentiel évolue-t-elle dans la société ?

M.d.K : En tant que femmes, nous hésitons moins à nous redéfinir. En dehors du travail, elles passent par des étapes de recentrage tout au long de leur vie. Les femmes ont un rapport au temps et une redéfinition d’elles-mêmes au travers du temps qui leur est propre et que les hommes ne vivent pas du tout de la même manière. Les acquisitions majeures se sont faites dans la deuxième partie du XXè siècle, lorsque les femmes ont obtenu le contrôle des naissances, la possibilité de faire des études longues et d’être indépendantes financièrement. Aujourd’hui, les jeunes femmes qui sortent de leurs études ont le sentiment que les opportunités sont les mêmes mais elles sont encore confrontées à certains écarts que l’on essaye de plus en plus de faire disparaître. Il y a encore des progrès à faire, et ils sont en train de se faire. La société change et si le rapport femme-homme évolue, les conditions de travail évolueront également. Si des initiatives à l’image du Forum de la femme reconnaissent et encouragent les jeunes générations de femmes qui entrent dans le monde du travail, il faut que celles-ci gardent à l’esprit que tout n’est pas acquis. La réduction des inégalités et des stéréotypes est quelque chose que l’on construit sur le terrain. L’intérêt est de présenter un rapport équitable de collaboration, avec des atouts masculins et des atouts féminins.

<<< À lire également : Marlène Schiappa : « Le Manque De Femmes Dans Les Sphères Dirigeantes Fait Perdre 10% De La Richesse À La Planète » >>>

Source : Forbes.fr

Êtes-vous un surdoué adulte non déclaré ?

Êtes-vous un surdoué adulte non déclaré ?
PAR CLÉMENTINE BILLÉ MIS À JOUR LE
Si désormais les enfants surdoués sont bien mieux détectés, en raison d’une sensibilisation plus grande du corps professoral, beaucoup d’entre eux passent à travers les mailles des filets des psychologues. Et si vous faisiez partie des adultes surdoués non déclarés ?

Vous êtes peut-être une personne surdouée. Ou comme on peut aussi les appeler, une personne haut potentiel, zèbre, précoce ou philo-cognitive. Comment ça, vous auriez un tel profil encore non détecté à l’âge adulte ?

Oui, c’est bel et bien possible. Déjà, parce que pour être détecté quand on est enfant, il faut tomber sur quelqu’un qui est sensibilisé. Tout le monde n’a pas des parents en capacité de soupçonner un tel profil en vous, tout le monde n’a pas un prof capable de le repérer.

Quelles sont les caractéristiques des surdoués ?

Ensuite, parce que les idées reçues sur les surdoués restent bien ancrées. On vous dit haut potentiel et vous pensez, pour la majorité d’entre vous, à un enfant hyper doué en classe, qui s’ennuie un peu parce qu’il connecte plus vite que les autres. Seulement voilà, cette description, un peu grossière, ne correspond qu’à un seul des deux grands profils de hauts potentiels.

Comment reconnaître un surdoué alors ? En 2015, un groupe de trois chercheurs de l’université de Lyon (la psychologue Fanny Nusbaum, le biophysicien Dominic Sappey-Marinier et le pédopsychiatre Olivier Revol) a établi ces deux profils distincts, grâce à une étude par IRM fonctionnelle.

Il y a donc le laminaire. Un laminaire sera souvent bon élève (le profil premier de la classe), aura du plaisir pour apprendre, sera exigeant, et voudra réussir brillamment. Il a un bon relationnel bien qu’il ait l’esprit de compétition et sera donc sujet à l’anxiété de la performance. Il est stable, adaptable, ouvert aux autres, empathiques, explorateurs et vivent bien leur « don », leur différence, à la différence des complexes.

Ceux-ci montrent des QI tout aussi élevés, mais avec des capacités cognitives hétérogènes. Ils vont avoir des capacités classiques dans certains domaines, et très élevées dans d’autres, ce qui crée un trouble psychique, renforcé par un décalage entre la sphère intellectuelle très mature et la sphère émotionnelle plus fragile.

Alors que les laminaires ont une démarche analytique, eux vont plutôt suivre les intuitions. Tout doit avoir un sens : le complexe aime savoir mais pas forcément travailler pour savoir, il veut comprendre pourquoi il a besoin d’apprendre, il a besoin de stimulation. Il a aussi un grand manque d’estime de soi, des doutes, des turbulences émotionnelles, une hypersensibilité et des difficultés de socialisation et de communication. Généreux, attachant mais aussi naïf, le complexe a tendance à chercher sa place dans la société.

Le QI des hauts potentiels : avec ou sans test ?

Les symptômes des surdoués sont ainsi bien divers. Finalement, leur grand point commun reste le QI élevé. Un quotient intellectuel moyen est autour de 100, une personne à haut potentiel aura un QI supérieur à 130. Mais comment savoir qu’on a son QI, et comment savoir qu’on est un adulte à haut potentiel ?

Pour avoir quelques pistes, il est possible de se poser quelques questions, notamment sur son enfance. Avais-je une bonne mémoire et l’esprit vif ? Ai-je commencé à lire et à écrire avant les autres enfants de mon âge ? Est-ce que j’étais très sensible ? Est-ce que je posais beaucoup de questions ? Etais-je une grande lectrice ? Avais-je beaucoup de centres d’intérêt ?

Aimais-je les jeux qui invitent à la réflexion comme les labyrinthes ? Avais-je une grande imagination ? Etais-je capable de me concentrer facilement et de bien discerner les choses ? Si la réponse à ces questions est « oui », il est probable que vous soyez une adulte surdouée.

Si vous souhaitez en avoir le cœur net, il est nécessaire de faire les tests, car auto-diagnostiquer la douance est dangereux. Ça l’est pour les enfants dont les parents veulent absolument que le fruit de leur chair soit si intelligent, si spécial. Ça l’est à l’âge adulte car poser un mauvais diagnostic ne peut qu’accroitre la souffrance, surestimant ses capacités, ou mettant un mot sur son mal-être à la place d’un autre, et donc se tromper de solution pour aller mieux.

Être un adulte à haut potentiel sans le savoir, c’est se sentir en décalage sans comprendre. C’est un soulagement quand un professionnel vous délivre enfin la réponse à la question, encore fait-il que ce soit la bonne.

Sachez déjà que les tests de QI sur Internet n’ont aucune valeur scientifique. Ce qui compte, ce n’est pas seulement les résultats, mais la manière de les obtenir, ce qui nécessite d’être observé par les psychologues.

Il y a en effet plusieurs facettes de l’intelligence, et de multiples facteurs, telles que la manière de se repérer dans l’espace ou l’expression des émotions, qui ne peuvent être lus sur un bout de papier. Le bémol de ces tests ? Leur coût. Malheureusement, ils coûtent plusieurs centaines d’euros, représentant un véritable business. A vous et au professionnel qui vous accompagne de voir si c’est nécessaire. Souvent, oui.