Saint-Valentin: Est-ce plus difficile d’être heureux en amour quand on est surdoué ?

SAINT-VALENTIN – Qu’on ait un quotient intellectuel avoisinant les 140 ou un Q.I dans la norme, trouver l’amour fait partie de questionnements courants. Mais chez les surdoués, ces questionnements peuvent rapidement conduire à des conclusions fatalistes.

À l’occasion de la fête des amoureux, Le HuffPost a interrogé Monique de Kermadec, psychologue et spécialiste des surdouéssur leur rapport à l’amour, comme vous pouvez le voir dans la vidéo en tête d’article.

Trop différents ?

S’il est vrai que le Q.I fait partie des éléments qui caractérisent les personnes haut potentiel, le surdoué peut éprouver des difficultés à cause du regard qu’il porte sur le monde qui l’entoure. “Les personnes à haut potentiel ont le sentiment d’être différentes et cela est influencé par leur façon d’interpréter, de comprendre les autres et ce qui se passe autour de nous”, explique Monique de Kermadec.

Hypersensible, extrêmement rapide dans ses réflexions, et/ou aussi exigeant avec lui-même qu’avec ses proches, le surdoué peut dérouter ceux qui le rencontrent mais aussi s’ennuyer très rapidement au contact de ceux qui ne partagent pas ses passions ou sa vitesse de réflexion. Et qu’ils soient extravertis ou introvertis, la psychologue les décrit comme des personnes “intenses”, notamment en amour et en amitié.

Cette intensité qui les caractérisent en fait des amoureux attentifs et généreux mais aussi des vortex d’énergie qui peuvent épuiser leur partenaire et leur entourage, parfois jusqu’à provoquer le rejet. Et si la solution se trouvait dans l’entre-soi ?

L’amour intense

En effet, les couples de surdoués peuvent former des duos exceptionnels, capables de mieux gérer les crises que les personnes lambda mais cela n’est pas systématique. Leur besoin de comprendre peut les pousser à communiquer davantage: un outil très efficace dans tout type de relation.

“Ce qui fait la différence chez le surdoué, c’est l’intensité de l’attente de l’un par rapport à l’autre. On sait que les surdoués ont tendance à être exigeants avec l’autre mais aussi avec eux-mêmes. Et ce désir d’obtenir de l’autre ce que l’on souhaite pour soi peut parfois être un poids dans le couple. Il y a aussi le fait que chez le surdoué, le partage de valeurs et de complicité est fondamental. Sans ce partage de valeurs ou de complicité, le surdoué peut développer des intérêts qui vont exclure l’autre et mettre le couple en danger”, développe Monique de Kermadec.

Et lorsque deux surdoués forment un couple, ces attentes ne diminuent pas pour autant. Elles peuvent même être source d’une grande frustration lorsque les deux hauts potentiels voient le monde de manière différente.

Dans son livre “Le surdoué et l’amour”, où se succèdent explication des mécanismes qui animent les personnes surdouées et témoignages de patients sur leurs difficultés à rencontrer l’âme sœur, Monique de Kermadec donne des clefs à ceux qui souhaitent se comprendre ou comprendre leur partenaire.

Comment éviter les pervers narcissiques, pour qui les personnes haut potentiel sont des proies plus faciles que les autres; comment gérer une rupture ou mettre fin à une relation ou simplement des malentendus qui perturbent le couple… Le livre de Monique de Kermadec est un guide pour ceux qui souhaitent naviguer dans les eaux troubles de l’amour avec une personne surdouée.

À voir également sur Le HuffPost: Être plus intelligente que la moyenne ne facilite pas toujours les rapports humains.

 

Source : huffingpost.fr

Neurodivergence

L’intelligence portée par les sens

Les spécialistes de l’intelligence s’accordent pour affirmer qu’il n’en existe aucune définition universelle. Nous utiliserons donc celle qui nous a paru la plus simple, à savoir que l’intelligence est la façon dont un individu appréhende et comprend son environnement.

Ce qui nous intéresse ici, c’est de saisir que quelles que soient nos capacités intellectuelles, notre compréhension du monde est conditionnée par nos sens.

Comment est-ce possible ? On conçoit facilement, par exemple, que comme nous ne percevons ni l’infiniment petit ni l’infiniment grand, il nous est impossible de nous en faire une représentation juste. Mais même si l’on s’en tient aux stimuli que nous sommes physiquement capables de détecter (sons, images, odeurs, etc.), l’environnement sensible reste si vaste qu’il est humainement impossible de le percevoir dans sa totalité, d’en saisir tous les détails.

Nous n’avons accès, à chaque instant, qu’à une fraction de notre environnement. Pour compliquer un peu plus la situation, les mécanismes cérébraux de l’attention sont tels qu’ils imposent des contraintes fortes à nos capacités perceptives. Or ces mécanismes de régulation et d’orientation de l’attention dépendent fortement de notre état d’esprit et de nos émotions. Voici des exemples de ces contraintes : lorsque nous trouvons une fleur ravissante, notre attention s’y focalise et nous rend capables de percevoir ses nombreuses nuances de couleur, de texture, de forme et de parfum ; inversement, si nous sommes sous le coup d’une peur panique, nous éprouvons une vision « tunnellisée », c’est-à-dire que nous ne pouvons plus voir que ce qui est au centre de notre champ de vision, tandis que les informations à la périphérie deviennent inaccessibles.

L’illusion d’un monde consensuel

Ces contraintes que nos sens et nos émotions imposent à notre intelligence peuvent entraîner des complications… imperceptibles. Prenons le cas de deux individus, appelons-les Thanh et Cédric, avec leurs états d’esprit respectifs. Ils peuvent tout à fait se trouver dans la même pièce et en percevoir des informations très différentes. Ils n’en sont pas conscients, car ils détectent tous deux suffisamment d’éléments en commun pour avoir l’illusion qu’ils ont perçu la même chose. Mais cette illusion est trompeuse et génératrice d’incompréhensions. En réalité, Thanh et Cédric ne vivent pas exactement dans le même monde, mais ils ont en commun un monde consensuel, composé des éléments qu’ils ont perçus tous les deux. En revanche, quand bien même ils seraient dans des états d’esprit similaires, Thanh et Cédric ne pourront jamais percevoir tous les deux exactement la même chose, sans forcément prendre conscience de ce hiatus inéluctable.

On comprend comment deux individus peuvent en arriver à avoir des interprétations opposées d’une même situation, sans que l’un ait tort et l’autre raison, parce qu’au fond ils croient parler de la même situation mais en réalité, ils parlent de deux situations différentes puisqu’ils ne disposent pas des mêmes éléments.

Mais cela n’est pas tout : non seulement les humains ne sont pas tous équipés des mêmes outils sensoriels (certaines personnes ont l’odorat très fin, d’autres une vue perçante), mais en plus, la façon dont le cerveau va traiter ces informations dépend du nombre de neurones dédiés à ce traitement, et là encore, nous ne sommes pas égaux dans la grande distribution génétique qui sous-tend l’architecture cérébrale. L’exemple de la musique permet de bien saisir cette notion : certains cerveaux ont la capacité de percevoir des nuances de son là où d’autres n’entendent aucune différence.

En bref, l’intelligence est conditionnée par nos sens, par la puissance des centres de calculs neuronaux, et par l’humeur et l’état d’esprit dans lesquels nous nous trouvons. En d’autres termes, le monde tel que nous le percevons traduit notre attitude et notre singularité, soit notre façon d’être au monde.

Intelligence et normalité

De même qu’il n’existe pas deux visages identiques, il n’existe pas deux cerveaux identiques. C’est cette variabilité qui fait notre singularité. Toutefois, pour la majeure partie de la population, cette variabilité est marginale, dans le sens où les différences cognitives et perceptives entre deux individus ne pèsent pas lourd comparativement à tout ce qu’ils ont en commun. L’exemple du Quotient Intellectuel de Wechsler (une échelle de mesure des capacités intellectuelles, la plus utilisée, même si ce n’est pas la seule) permet de bien saisir cette notion. Comme on peut le voir sur la courbe ci-dessous, 95.6 % de la population présente un QI entre 70 et 130, ce qui est considéré comme normal.

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Distribution de QI normalisé avec une moyenne de 100 et un écart type de 15. Auteur : Dmcq

Il est essentiel de saisir que nous parlons ici de normalité statistique. En aucun cas, il ne devrait s’agir d’une évaluation de la valeur des individus. Hélas, ce terme de normalité est trompeur et évoque une notion de standard de référence, facilement interprété comme un idéal à atteindre. En d’autres termes, parler de normalité est, qu’on le veuille ou non, normatif. Il serait plus juste de parler de banalité, dans le sens où il est banal d’interagir avec un humain dont le QI de Wechsler se situe entre 70 et 130 (puisque, sur 100 personnes, 95 obtiennent ce score), et moins banal d’interagir avec un individu dont le QI de Wechsler est inférieur à 70 (seulement 2,1 personnes sur 100).

On pourrait comparer avec la courbe des tailles : 90 % des hommes occidentaux mesurent entre 1,65 m et 1,85 m. Il est donc banal d’interagir avec un homme mesurant 1,75 m et moins banal avec un homme mesurant 1,95 m. Les individus très grands ou très petits constituent donc des variations extrêmes par rapport la moyenne de la population.

Dans la limite de nos outils conceptuels et de nos instruments de mesure, les capacités cérébrales peuvent être étudiées et décrites en termes de fréquence dans la population, aboutissant généralement à une représentation sous forme de gaussienne, dite courbe de normalité, comme la courbe en cloche présentée ci-dessus. Pour toutes ces capacités, on va retrouver une majorité d’individus proches de la moyenne et une minorité d’individus soit très en dessous soit très au-dessus de cette moyenne. Réciproquement, pour un individu donné, on peut retrouver certaines capacités dans la moyenne tandis que d’autres capacités seront très en dessous ou très au-dessus. On parle alors de profil hétérogène, par opposition au profil homogène d’un individu dont toutes les capacités sont situées dans la même zone de la gaussienne.

En ce qui concerne l’intelligence, au sens où nous l’avons définie (et qui ne doit en aucun cas être confondue avec le QI, qui ne représente qu’une portion de tout ce qui constitue l’intelligence), nous trouvons particulièrement intéressant de nous pencher précisément sur ceux qui sont aux extrémités des courbes, ceux qui ne rentrent pas dans la norme. Cet intérêt nous a menés au concept de neurodiversité.

Eloge de la variabilité

Le terme de neurodiversité nous vient de la communauté des autistes, qui, lassés que leur anormalité statistique soit interprétée comme une somme de déficiences, revendiquent au contraire leur différence comme une variation de l’intelligence humaine. Pour comprendre cette posture, il faut savoir que si, sur plusieurs dimensions de l’intelligence, les autistes présentent des capacités significativement inférieures à celles de la population neurotypique (les individus qui sont au centre de la courbe en cloche), ils disposent également de capacités cognitives et perceptives exceptionnellement supérieures. Ces profils intellectuels pleins d’extrêmes sont donc potentiellement sources de handicap comme de promesses. Si on reprend l’idée que l’intelligence est conditionnée par nos sens, les autistes, dont une des caractéristiques est d’avoir des capacités perceptives particulièrement aiguisées, ne vivent pas dans le même monde. On a longtemps dit d’eux qu’ils vivaient dans leur monde, ce qui, suivant notre raisonnement, n’est pas faux, mais incomplet. Il serait plus juste de dire qu’ils vivent dans un monde plus intense et plus riche d’informations que celui des neurotypiques. Ils disposent par ailleurs de capacités cérébrales de calcul leur permettant d’assimiler ces informations et d’en tirer des conclusions originales et pertinentes, que nous aurions tout intérêt à considérer avec le même sérieux que nous considérons les conclusions proposées par tout un chacun.

Avec le temps, le mouvement de la neurodiversité intègre peu à peu tous les individus qui présentent de grandes variations cognitives par rapport à la normale, comme les personnes à haut potentiel intellectuel (soit un QI de Wechsler supérieur à 135, groupe dans lequel on retrouve d’ailleurs de nombreux autistes de haut niveau), les individus qui présentent un TDA/H (trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité, que l’on retrouve aussi chez de nombreux autistes), les personnes qui ont des troubles des apprentissages (dyslexie, dyspraxie…). Tous ces groupes humains ont en commun de présenter des aptitudes loin de la moyenne.

Un réservoir à idées nouvelles

En raison de leurs aptitudes peu banales, les « neurodivergents » perçoivent le monde différemment, ce qui leur donne la capacité de remarquer ce que personne ne voit, de saisir des nuances imperceptibles au commun des mortels, de les analyser avec des outils cognitifs originaux, et d’en tirer des conclusions auxquelles personne d’autre n’aurait pu aboutir. Si seulement nous sommes capables de les entendre ! Certes, les capacités de communication des autistes ne sont pas aussi performantes que celles des neurotypiques, mais elles ne sont pas pour autant absentes (même chez les autistes non verbaux, la communication peut se faire par gestes, parfois par écrit). Il me semble parfois que ce sont les préjugés, bien plus que le handicap, qui entravent les échanges authentiques entre autistes et neurotypiques. C’est particulièrement désolant si on considère que les capacités « neurodivergentes » peuvent se révéler vitales pour l’espèce humaine, car lorsqu’une situation inédite se présente, et notamment une situation de danger, il faut inventer des solutions nouvelles. Et qui mieux que ceux qui ne pensent comme personne pour proposer des idées originales ?

Source : atousante.com

Autisme Asperger : Entre diagnostic et construction identitaire

Identité et diagnostic chez la personne touchée par des troubles de type autisme Asperger

Autisme

Par Véronique Barreau. S’engager dans une procédure de diagnostic du handicap est un choix très personnel et aux conséquences multiples. Chez la personne touchée par un Trouble du Spectre Autistique (TSA) sans déficience, ou autisme Asperger, la reconnaissance du fonctionnement atypique apporte un éclairage sur sa nature propre mais aussi un remaniement identitaire délicat.

La construction identitaire implique de nombreux processus où s’entremêlent l’inné et l’acquis, l’intime et le collectif, le regard porté sur soi et celui de l’autre. L’identité sexuée, l’image du corps, l’image de soi et la reconnaissance de soi en sont quelques composantes.

La reconnaissance du handicap est un chemin psychologique aux multiples étapes et le choix du diagnostic est souvent poussé par un trop grand décalage sociétal.

Accepter sa particularité en tant que personne Asperger

Nadia, diagnostiquée Asperger à l’âge de 28 ans, se souvient avoir ressenti dès le plus jeune âge cette impression d’être différente : « À l’école, je me sentais très décalée des autres, je ne m’intéressais pas aux mêmes choses. J’étais enfermée dans ma bulle, et aussi beaucoup plus sensible ». Ce vécu de ne pas être comme les autres, Nadia l’a trimballé toute sa vie « encore aujourd’hui, même si j’ai énormément appris, je ne suis toujours pas capable de travailler comme une personne normale, ni de sortir comme tout le monde. Ça m’épuise et souvent, ça ne m’intéresse pas ». Au sentiment intime d’être hors normes, s’ajoute une incompréhension des autres : « La plupart des gens se ressourcent en allant prendre un verre avec des amis, moi c’est tout le contraire, le bruit, le monde, parler de tout et de rien me demande une énergie considérable et m’épuise ! confirme Pascale.

Dans un contexte où la norme sociale et comportementale est omniprésente, accepter sa particularité peut relever d’un véritable défi : « Il existe une nuance entre se sentir différent et savoir que l’on est différent », explique Carole, jamais diagnostiquée. Si la première étape peut générer doutes, tristesse, culpabilité et remise en question, la seconde permet souvent une meilleure acceptation de sa propre nature.

Le diagnostic, soulagement identitaire

Le diagnostic officiel d’autisme Asperger est alors vécu comme véritable soulagement, après une errance diagnostique souvent longue et complexe sur le plan identitaire : trouble dépressif, bipolaire, trouble anxieux, TDAH (Trouble Déficitaire de l’Attention avec ou sans Hyperactivité) sont encore trop souvent annoncés par les professionnels médicaux ou paramédicaux. On les imagine névrosés, trop soucieux, émotionnellement instables, générant toujours plus de faux diagnostics et de culpabilité chez les personnes et leur entourage. Leur expérience intime du trouble sera alors déformée par les professionnels non aguerris. On leur proposera de se sur-adapter, une fois de plus, au risque d’une confusion identitaire et d’un renforcement des manifestations.

Le diagnostic réel, au contraire, permet souvent de se valider en qualité d’individu, en offrant une véritable re/co/naissance propice à l’épanouissement (nouvelle naissance dans le regard de l’autre). Elle autorise l’individu à respecter ses besoins (sensoriels, relationnels…), à nourrir son environnement, afin qu’il devienne plus adapté, et stopper net les sur adaptation quotidiennes et épuisantes : « J’ai passé 40 ans de ma vie à essayer de ressembler à madame tout-le-monde, explique Sandrine, diagnostiquée à 40 ans*. Les difficultés sont toujours là, mais désormais, je sais d’où elles viennent et je sais comment faire pour avancer avec ».

Si la procédure permet à beaucoup un éclairage identitaire et pratico-pratique évident, pour d’autres, elle colle à l’individu l’étiquette « Asperger », encore trop souvent associée aux petits génies à la personnalité étrange. Les préjugés peuvent alors faire émerger une véritable souffrance, la personne ne réussissant pas à s’identifier à ces images trop réductrices. Il n’est pas rare qu’un double sentiment identitaire fluctue alors chez la personne Asperger : un « entre-deux » créatif aux nouvelles modalités d’existence, entre normalité et anormalité, entre féminité et masculinité, entre similitudes et différences.

*Sandrine Gaouenn, auteure de « Maman est autiste, et elle déchire ».

Pour en savoir plus sur le thème Autisme Asperger, cliquez ici 

​Source : handirect.fr

Autisme et HQI: quels liens?

Par Adeline Lacroix, doctorante en Psychologie et Neurosciences.

Comment faire la distinction entre une personne autiste et une personne surdouée ? C’est l’une des questions que l’on me pose souvent. Cet article vise d’une part à éclairer succinctement les raisons pour lesquelles cette question se pose et d’apporter quelques éléments de réponse.

Dans le DSM-5, la définition de l’autisme repose sur trois points essentiels (American Psychiatric Association, 2013). Tout d’abord, les deux grands critères diagnostiques doivent être présents, à savoir des difficultés persistantes dans les interactions sociales et dans la communication, accompagnées d’intérêts spécifiques, de comportements stéréotypés et de spécificités sensorielles. Ces particularités doivent être apparues au cours du développement précoce et sont donc remarquables dans la petite enfance. Enfin, pour qu’elles donnent lieu à un diagnostic, elles doivent résulter en une altération cliniquement significative (critère D du DSM-5). En d’autres termes, cela doit générer un handicap, ce qui est peut-être le point le plus souvent négligé actuellement. Ce dernier point est important car si la prévalence de l’autisme est actuellement considérée comme étant de l’ordre de 1%, les traits autistiques, eux, peuvent exister et se répartir chez l’ensemble de la population (Allison et al., 2008; Baron-Cohen et al., 2001; Constantino & Todd, 2003; Posserud et al., 2006). De ce fait, il n’est pas toujours facile de savoir où se situe la frontière entre autisme et non autisme, d’autant que si les personnes autistes et les personnes non autistes avec des traits autistiques prononcés partagent des caractéristiques cliniques, elles peuvent aussi partager certaines particularités neuroanatomiques (Focquaert & Vanneste, 2015). Il s’agit notamment de spécificités dans certaines régions jouant un rôle dans les aptitudes sociales comme le cortex temporo-occipital, le cortex temporal inférieur, l’insula ou encore l’amygdale. Là encore, il faut bien se représenter qu’il n’y a pas un cerveau autiste bien distinct d’un cerveau non autiste (si c’était le cas nous aurions des marqueurs biologiques fiables pour identifier un TSA). Ainsi, le flou de la frontière entre le spectre de l’autisme et le spectre du non-autisme demeure.

En termes de QI et de fonctionnement cognitif, tous types de profils peuvent être observés chez les personnes autistes, même si certains types sont plus présents que d’autres, les personnes autistes montrant souvent des pic d’aptitudes dans des domaines spécifiques (Chiang et al., 2014). La méta analyse de Chiang et al. (2014), bien que souffrant de certains biais (puisqu’elle contient des études contenant elles-mêmes certains biais, comme le fait qu’il n’y ait pas d’étude concernant les personnes autistes avec haut potentiel et pas d’étude avec un nombre de fille élevé), montre que la répartition des scores de QI chez les personnes autistes semble suivre une loi normale (comme dans la population générale).

Autisme et HQI quels liens

Distributions des scores de QI chez la poulation asperger (en bleu) et Autiste de Haut niveau (en rouge) – issu de Chiang et al. (2014)

Le terme « surdoué » ou « haut potentiel intellectuel (HPI)» ou encore « haut QI » (HQI), quant à lui, correspond aux personnes qui ont un QI très supérieur à la moyenne, c’est-à-dire, supérieur à 130. Cette définition est simple et la seule à faire l’objet d’un réel consensus (pour plus de détail voir l’article de Franck Ramus et Nicolas Gauvrit publié dans La recherche et sur le blog de Franck Ramus). En conséquence, la question posée en introduction semble vite résolue car nous parlons au final de deux choses distinctes. D’une part, nous avons une condition avec des symptômes spécifiques entrainant un handicap, d’autre part, nous avons un fonctionnement cognitif supérieur à la moyenne, n’entrainant pas de handicap.

De ce fait, nous pouvons nous interroger sur l’origine de l’amalgame entre les deux. En réalité, la notion de HPI a joui d’une littérature faste ces dernières années dans laquelle les surdoués ont été décrits comme des personnes en décalage avec les autres, hypersensibles, inadaptés, anxieux etc. Le portrait stéréotypé du savant solitaire et incompris, dans sa bulle et hypersensible, et au final handicapé, s’est donc renforcé dans l’esprit des gens, amenant même la croyance populaire que la surdouance serait en réalité un continuum du spectre de l’autisme. Il existe en réalité bien peu de fondements scientifiques venant appuyer les difficultés sociales et le fait que les personnes avec HQI rencontreraient plus de difficultés que les autres. Ceci est détaillé toujours dans l’article de Franck Ramus et nous pouvons également retrouver la déconstructions d’un certain nombre de mythes sur le HPI dans le livre de Nicolas Gauvrit, « Les surdoués ordinaires ». Je ne reviendrai donc pas dans les détails sur ce sujet mais ce qu’il faut retenir de cela, c’est que globalement, beaucoup d’études menées sont biaiséescar elles se concentrent sur des échantillons de personnes qui se sont rendues chez un psychologue pour obtenir un diagnostic. Dans bien des cas, cela implique qu’il y a une problématique particulière, au-delà du HQI. Lorsque des études sont réalisées sur de plus grands échantillons où toute une population est testée, alors les caractéristiques cliniques souvent attribuées aux personnes surdouées ne sont pas retrouvées. Toutefois, il est possible que certaines différences qualitatives relevées chez certains surdoués par des cliniciens puissent relever, dans un nombre faible de cas, de l’autisme, ou encore, dans un nombre plus important de cas, de traits autistiques. Ceci pourrait expliquer l’amalgame pouvant être fait. Toutefois, ce n’est pas parce que certaines personnes sont surdouées et autistes, ou parce que d’autres sont surdouées et avec des traits autistiques (ces derniers pouvant aussi avoir des difficultés, même si “difficultés” ne veut pas forcément dire handicap), qu’il existe un continuum entre ces deux conditions. Une des rares études portant sur le sujet indique justement que l’un des profils retrouvés chez certains enfants surdoués s’apparenterait au profil autistique (Boschi et al., 2016). Mais on parle bien de « certains » enfants, et il existe donc d’autres profils.

A ma connaissance, une seule autre étude s’est intéressée à la distinction entre le profil d’enfants et adolescents surdoués avec ou sans TSA associé. Cette étude a montré que les deux groupes différaient de manière importante dans leur capacités adaptatives (Doobay et al., 2014). En particulier, les jeunes autistes avaient des scores largement en dessous des normes concernant le domaine social, alors que leurs scores se trouvaient dans la moyenne dans les domaine de la communication et des aptitudes en vie quotidienne, même s’ils étaient significativement inférieurs aux scores des jeunes n’ayant pas de diagnostic d’autisme dans cette étude. Par ailleurs, les parents et les professeurs des jeunes avec un diagnostic d’autisme reportaient davantage de comportements atypiques, d’évitement social et de difficultés d’adaptabilité, de dépression ou encore des problèmes attentionnels. A l’inverse, les scores sur les échelles utilisées pour les enfants qui n’étaient pas autistes se trouvaient dans les normes, en accord avec la littérature indiquant que les enfants HPI ne sont pas plus prompts que leurs pairs à rencontrer des difficultés socio-émotionnelles.

Ainsi, les éléments scientifiques dont nous disposons à l’heure actuelle ne permettent pas de faire de liens entre les profils cliniques des personnes surdouées et des personnes autistes.

En revanche, un lien entre HQI et autisme pourrait être évoqué au niveau génétique. Une large étude de 2015 a pu montrer que certaines variations génétiques associées à l’autisme étaient également associées à un QI plus élevé chez les personnes non autistes présentant cette variation (Clarke et al., 2016). Ceci semble confirmé par une autre étude de 2017 (Sniekers et al., 2017). Toutefois, notons bien qu’il ne s’agit pas là d’une corrélation entre des spécificités cliniques communes qui seraient retrouvées chez les uns et les autres. Ce qui est mentionné dans ces études, c’est que certaines variations génétiques associées à l’autisme sont également retrouvées chez des personnes non autistes (leurs traits autistiques n’ont pas été évalués), avec haut QI. Cela explique donc que l’on puisse retrouver dans la même famille des personnes autistes et des personnes surdouées. De la même manière, il existe des liens génétiques entre l’autisme et la schizophrénie et la bipolarité (O’Connell et al., 2018), ce qui n’implique pas non plus un continuum (mais il semble que ce genre de lien avec des conditions moins désirables est beaucoup moins discuté sur les réseaux sociaux, ce sur quoi je ne m’étendrais pas…) . Il est d’ailleurs intéressant de constater que dans les premières descriptions de l’autisme de Kanner (Kanner, 1943) et Asperger (Asperger, 1944), ces deux médecins avaient pu observer que les enfants décrits provenaient souvent de familles dans lesquelles se trouvaient à la fois des personnes très intelligentes et à la fois des personnes assez atypiques, voire, les deux. Un biais de recrutement n’est pas à exclure (si à l’heure actuelle, les classes les plus privilégiées vont bénéficier d’un meilleur accès au diagnostic et au soin, on peut imaginer qu’au début/milieu du XXe siècle, cela devait être encore plus présent). Toutefois, ces données génétiques apportent aussi des éléments de réflexion importants.

Ce qu’il faut retenir :

– L’autisme et le fait d’avoir un HQI sont deux choses distinctes. Avoir un HQI n’implique aucun symptômes et se définit par un QI > 130 (de manière la plus consensuelle)

– Il est possible d’être autiste et d’avoir un HQI, mais ce n’est pas la majorité des cas ; il est plus probable d’avoir un HQI sans être autiste, tout en ayant certains traits de l’autisme, puisque les traits autistiques existent dans l’ensemble de la population

– Il existe possiblement certains liens génétiques entre l’autisme et le HQI, mais cela se manifeste par un HQI chez les personnes non autistes ayant ces gènes

– et si on me demande mon avis sur les tableaux qui dressent la distinction entre les deux : je les trouve généralement peu pertinents car ils s’appuient sur de fausses représentations du HQI (e.g., difficultés sociales etc.)

Bibliographie:

Allison, C., Baron-Cohen, S., Wheelwright, S., Charman, T., Richler, J., Pasco, G., & Brayne, C. (2008). The Q-CHAT (Quantitative CHecklist for Autism in Toddlers): A normally distributed quantitative measure of autistic traits at 18-24 months of age: preliminary report. Journal of Autism and Developmental Disorders, 38(8), 1414–1425. https://doi.org/10.1007/s10803-007-0509-7

American Psychiatric Association. (2013). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (DSM-5®). American Psychiatric Pub.

Asperger, H. (1944). Die „Autistischen Psychopathen” im Kindesalter. Archiv für Psychiatrie und Nervenkrankheiten, 117(1), 76–136. https://doi.org/10.1007/BF01837709

Baron-Cohen, S., Wheelwright, S., Skinner, R., Martin, J., & Clubley, E. (2001). The Autism-Spectrum Quotient (AQ): Evidence from Asperger Syndrome/High-Functioning Autism, Malesand Females, Scientists and Mathematicians. Journal of Autism and Developmental Disorders, 31(1), 5–17. https://doi.org/10.1023/A:1005653411471

Boschi, A., Planche, P., Hemimou, C., Demily, C., & Vaivre-Douret, L. (2016). From High Intellectual Potential to Asperger Syndrome: Evidence for Differences and a Fundamental Overlap—A Systematic Review. Frontiers in Psychology, 7. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2016.01605

Chiang, H.-M., Tsai, L. Y., Cheung, Y. K., Brown, A., & Li, H. (2014). A Meta-Analysis of Differences in IQ Profiles Between Individuals with Asperger’s Disorder and High-Functioning Autism. Journal of Autism and Developmental Disorders, 44(7), 1577–1596. https://doi.org/10.1007/s10803-013-2025-2

Clarke, T.-K., Lupton, M. K., Fernandez-Pujals, A. M., Starr, J., Davies, G., Cox, S., Pattie, A., Liewald, D. C., Hall, L. S., MacIntyre, D. J., Smith, B. H., Hocking, L. J., Padmanabhan, S., Thomson, P. A., Hayward, C., Hansell, N. K., Montgomery, G. W., Medland, S. E., Martin, N. G., … McIntosh, A. M. (2016). Common polygenic risk for autism spectrum disorder (ASD) is associated with cognitive ability in the general population. Molecular Psychiatry, 21(3), 419–425. https://doi.org/10.1038/mp.2015.12

Constantino, J. N., & Todd, R. D. (2003). Autistic Traits in the General Population: A Twin Study. Archives of General Psychiatry, 60(5), 524–530. https://doi.org/10.1001/archpsyc.60.5.524

Doobay, A. F., Foley-Nicpon, M., Ali, S. R., & Assouline, S. G. (2014). Cognitive, Adaptive, and Psychosocial Differences Between High Ability Youth With and Without Autism Spectrum Disorder. Journal of Autism and Developmental Disorders, 44(8), 2026–2040. https://doi.org/10.1007/s10803-014-2082-1

Focquaert, F., & Vanneste, S. (2015). Autism spectrum traits in normal individuals: A preliminary VBM analysis. Frontiers in Human Neuroscience, 9. https://doi.org/10.3389/fnhum.2015.00264

Kanner, L. (1943). Autistic disturbances of affective contact. Acta Paedopsychiatrica, 35(4), 100–136.

O’Connell, K. S., McGregor, N. W., Lochner, C., Emsley, R., & Warnich, L. (2018). The genetic architecture of schizophrenia, bipolar disorder, obsessive-compulsive disorder and autism spectrum disorder. Molecular and Cellular Neuroscience, 88, 300–307. https://doi.org/10.1016/j.mcn.2018.02.010

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Ramus, F., et Gauvrit, N. (2017). La légende noire des surdoués. La Recherche.

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Trouble du déficit de l’attention

Découvrez les talents de vos employés atypiques !

[ZEBRE AND CO] Groupe continu 2020 - 2021

Si le discours en faveur de la diversité gagne du terrain dans les entreprises, les employés atypiques, comme ceux à trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) dérangent toujours les modes opératoires en place dans des organisations qui ont du mal à s’adapter à cette différence, faute de bien la connaître.

Le TDAH est lié à un fonctionnement atypique chronique des parties du cerveau liées aux « fonctions exécutives » d’un individu. Ses symptômes (dont la distractibilité, l’impatience, l’impulsivité) ne sont généralement pas nocifs en tant que tels pour l’individu et ne deviennent donc handicapants qu’au contact des demandes de la société telle qu’elle est organisée par la majorité.

Les difficultés sévères et persistantes que le TDAH entraîne au quotidien valent à ce fonctionnement atypique le statut de trouble neurocomportemental, et parfois même de handicap. On parle alors d’individus « neuroatypiques ».

Le terme de déficit de l’attention entretient une certaine confusion. En effet, l’attention des personnes TDAH n’est pas moindre par rapport à la majorité (les « neurotypiques »), mais elle est différente. Canalisée et utilisée à bon escient, cette différence peut se révéler être une grande force pour l’employé TDAH, comme nous l’avons constaté lors de nos travaux sur le sujet. Cette particularité constitue également un atout pour celles et ceux qui bénéficient des fruits de la pensée de l’employé TDAH, notamment dans un collectif qui privilégie souvent la pensée linéaire et l’attention « en projecteur » (on ne se focalise que sur une chose à la fois).

Malgré une présentation clinique de plus en plus documentée et un nombre croissant de diagnostics, le TDAH reste sous-diagnostiqué, sous-traité et souvent mal compris. Ce trouble est couramment diagnostiqué chez les enfants, si bien qu’il est souvent perçu, à tort, comme n’affectant qu’eux. Or, la prévalence du TDAH à l’âge adulte est loin d’être négligeable puisqu’elle se situerait entre 2 et 5 %, voire plus selon les études.

Un potentiel créatif supérieur

Actuellement, on retrouve une tendance à inscrire la diversité dans le monde de l’entreprise via l’innovation en ressources humaines, notamment dans les processus de recrutement. Nombreuses sont les entreprises souhaitant répondre à une pression croissante venant des parties prenantes qui insistent pour voir des équipes plus mixtes, multiculturelles, issues de courants de pensée différents et aux parcours variés.

Cette tendance semble donc s’inscrire au nom de l’égalité des chances et dans un souci de représentation de la société au sein de l’entreprise, mais pas seulement. En effet, s’il est désormais bien connu que la mixité des profils et la diversité cognitive font partie des caractéristiques culturelles des entreprises les plus performantes, c’est surtout au nom de l’innovation que les organisations appuient leurs politiques de diversité.

Or, des études récentes montrent que les personnes TDAH ont un potentiel créatif supérieur à la normale, qui se manifeste notamment par une tendance à l’anticonformisme, à la pensée originale, et la pensée divergente.

Souvent, les personnes TDAH peuvent être repérées en entreprises lors de réunions de brainstorming, par leur facilité naturelle à produire rapidement de nombreuses idées originales, et à ne pas se laisser influencer par ce qu’elles savent déjà ou ce qui existe déjà.

En effet, l’expansion conceptuelle constitue un autre aspect de la cognition créatrice associée au cerveau TDAH. Certains employeurs clament haut et fort qu’ils veulent attirer des individus neuroatypiques, précisément en raison de ce potentiel créatif.

En tant qu’employeur, si vous vous appliquez à attirer, intégrer, et développer vos employés TDAH, vous faites ainsi d’une pierre un nombre incalculable de coups, puisque vous dotez votre équipe d’une personnalité en plus, mais aussi d’un antidote au groupthink (opter pour une mauvaise décision simplement parce qu’elle fait consensus) et d’une imagination sans limites. Cependant, il est très important de ne pas se mentir : il y a bel et bien un envers à ce degré de « débrouillardise », de réflexion déstructurée, et d’attention multi-focalisée.

Informer et sensibiliser

Le TDAH donne lieu chez beaucoup d’adultes qui en sont atteints à des comportements qui, en entreprise mais pas seulement, seront à gérer avec ouverture d’esprit et empathie. Si un traitement multimodal (médicament, psycho-éducation, coaching) aide la plupart des adultes à mieux gérer leurs symptômes, notamment au travail, le cerveau TDAH ne se normalise pas – même mieux géré, il est toujours là.

En conséquence, pour que cela constitue un réel avantage pour une organisation, encore faut-il que celle-ci accueille la curiosité, la pensée divergente, l’expérimentation et l’erreur, comme des outils de travail à part entière.

Les adultes TDAH qui réussissent professionnellement sont souvent perçus comme dynamiques, créatifs, spontanés. Leur énergie aide à entraîner les collaborateurs vers de nouvelles idées et de nouveaux projets ; leur enthousiasme convainc, il est contagieux.

Cependant, ceux qui aiment s’exprimer en réunion seront aussi repérés par leurs interruptions fréquentes, leur agitation voire leur inconfort lorsqu’il doivent attendre leur tour pour parler, leurs observations binaires ou encore la blague qui met tout le monde mal à l’aise. On notera en outre une aisance, voire une certaine nonchalance, de beaucoup de personnes TDAH en présence de leurs supérieurs hiérarchiques, pendant que leurs pairs adopteront certainement une posture et une attitude moins spontanées et plus solennelles.

Ce qui en réalité est une manifestation de l’impulsivité intrinsèquement liée au TDAH de l’employé sera alors attribué par ses collaborateurs à un manque de politesse, une haute opinion de soi, ou encore un manque de respect envers les codes de l’entreprise, envers l’ordre des choses.

En réalité, cette hyperactivité cognitive constitue un symptôme du TDAH moins connu du grand public, et particulièrement déroutant car totalement invisible. Si un collègue TDAH ne tient pas en place en réunion (il dessine sur son bloc-notes, ou se lève sans prévenir), cette personne est plus visiblement hyperactive. Les choses se compliquent pour la personne TDAH dont le cerveau est hyperactif dans le sens où il ne cesse de produire – et de percevoir – des stimuli internes, sous forme de pensées ou d’idées.

Imaginons que l’une de vos employées, brillante et bien intentionnée, soit connue pour savoir habilement présenter des idées de nouveaux projets devant son équipe. Mais cette même personne est aussi connue pour ne jamais aller au bout de ses projets : la passion avec laquelle elle appréhende le projet au départ semble comme essoufflée après peu de temps ou, avec l’arrivée d’une autre idée… qui connaîtra certainement le même sort par la suite.

Ce débordement d’idées constant épuise et ralentit la personne TDAH dans sa production de ce que l’on appelle ses « livrables » (ou résultats), déjà mis à mal par les difficultés d’organisation, de planification, et de mémoire à court et long termes, toutes caractéristiques du TDAH adulte.

Sans information et sensibilisation à l’existence de différentes manières de penser, et donc de se comporter, la perception des collaborateurs sera celle de quelqu’un qui n’est pas fiable, qui parle beaucoup mais ne fait « rien ». Si la collègue en question n’est pas consciente de son TDAH, elle se pensera résolument incompétente et perdra peu à peu confiance en elle et en ses capacités, pourtant bien présentes.

Performer autrement

Bien que l’inattention soit l’un des symptômes les plus connus et reconnus du TDAH, il est inexact de conclure que les individus souffrent constamment d’un manque d’attention. Des études ont ainsi prouvé que les adultes TDAH sont particulièrement susceptibles d’atteindre le fameux état de flow, ou hyperfocus, recherché par ceux qui souhaitent effectuer du deep work.

Cette capacité n’empêche toutefois pas le cerveau TDAH de faire preuve d’une attention dite multi-focalisée, par opposition à une majorité cognitive qui prône « l’attention comme un projecteur, un seul angle », ce qui pose problème dès l’école.

Au bureau, cette différence dans la régulation de l’attention se remarquera par exemple chez ce collègue qui régulièrement, pendant une conversation entière est capable de montrer presque tous les signes de présence (par exemple, hochements de tête au bon moment), mais serait incapable de répéter les deux dernières phrases que vous venez de prononcer même si sa vie en dépendait.

Pourquoi ? Peut-être qu’il a vu un écureuil passer devant la fenêtre, ou que vous avez dit un mot qui lui a fait penser à sa liste de course, ou à une chanson qu’il a entendue pour la première fois à Barcelone, « ah, et d’ailleurs, Barcelone… ».

L’errance de l’esprit est certainement le trésor du cerveau TDAH qui souffre le plus au contact de la société dans laquelle nous vivons. À l’heure où nos familles, nos emplois, les publicitaires et les réseaux sociaux se la disputent, notre attention devient bel et bien le plus beau cadeau que l’on puisse offrir à un interlocuteur, un collègue ou un projet. Pourtant, « être dans la lune » serait bien plus productif que l’on ne le suppose, puisque cet état serait directement lié à l’émergence de pensées créatives.

Comme l’écrivait J.R.R. Tolkien :

« Tous ceux qui errent ne sont pas perdus ».

Cette citation implique plusieurs choses si on l’applique au cadre du TDAH dans le monde du travail. Leur cerveau est depuis toujours habitué à faire de la réingénierie de modèles et de méthodes établis (coping mechanisms, hacking) pour pouvoir les utiliser quand même, un peu comme les gauchers trop souvent oubliés et qui tous les jours manient maints objets dans un monde de droitiers. Pour performer, les personnes neuroatypiques doivent donc s’organiser autrement.

Avoir des employés TDAH et les soutenir pleinement dans leur développement aussi bien personnel que professionnel, dépendra de bien plus que des accommodations matérielles et de confort que l’entreprise va mettre en place. Certes, la flexibilité d’horaires et de lieu de travail, les casques antibruit, l’accès autorisé à des applications informatiques spécialisées, les pièces calmes et la réduction des interruptions, restent des avancées positives… mais insuffisantes.

Sans une intervention pour revisiter en profondeur sa culture organisationnelle (par exemple, via une transformation accompagnée et/ou du coaching ciblé), une entreprise ne peut se prévaloir du statut d’employeur inclusif. Peu importent les sommes investies pour un marketing dans ce sens, la véritable marque employeur se révélera si l’individu TDAH et son entourage professionnel s’enlisent dans une dynamique, une incompréhension et des tensions qui sont non seulement contre-productives mais surtout, évitables.

Source : https://theconversation.com/

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