Enfants précoces et surdoués: on va enfin savoir…

Entamée il y a un an, une étude clinique inédite menée à Lyon va enfin permettre de mieux comprendre le fonctionnement cérébral des enfants précoces ou à haut potentiel (HP). Une problématique qui concerne près de 3% de la population en France.

Les médecins lyonnais s'intéressent au cerveau de nos jeunes surdoués

On les qualifiaient autrefois de précoces, voire de surdoués. Ils sont aujourd’hui considérés comme des enfants à « haut potentiel » (HP). Ces deux initiales concerneraient près de 3% de la population en France. Une statistique suffisante éloquente pour avoir motivé une étude clinique menée à Lyon par le CERMEP – Imagerie du Vivant, le CHU de Lyon et l’Université Lyon 2, étude co-financée – à hauteur de 50 000 euros – par la Fondation Apicil contre la douleur. Une première.

Objectif ? Mieux comprendre le fonctionnement cérébral de ces enfants intellectuellement précoces. Comment ? En réalisant une étude par IRM (Imagerie par résonance magnétique) sur les connexions du cerveau, son anatomie, son fonctionnement, sur un panel de 80 enfants âgés de 8 à 12 ans. Tous ces jeunes patients, sélectionnés par le pédopsychiatre Olivier Revol, ont passé un test de QI afin de les répartir en quatre groupe: les QI « normaux », les QI homogènes, les QI hétérogènes et les enfants souffrant de troubles d’attention.

Le paradoxe des enfants à haut potentiel

« Tous les enfants HP ont des points communs, qu’il s’agisse du sens de l’injustice, de l’hypersensibilité, mais certains ont d’excellents résultats scolaires alors que d’autres sont en échec. Pourquoi ? Tout l’intérêt de cette étude est là, à savoir comprendre le traitement des informations par le cerveau« , précise le docteur Olivier Revol, chef du service de neuropsychiatrie de l’enfant au CHU de Lyon.

Pour y parvenir, les chercheurs ont utilisé sur le panel une technique non invasive, l’Imagerie à résonance magnétique fonctionnelle (1), pour analyser les activités cérébrales, qu’elles soient stimulées ou non. Cette étude a confirmé l’existence de deux profils d’enfants HP mis en évidence par Fanny Nusmaum, psychologue, chercheur en psychologie et neurosciences à l’Université Lyon II : un profil laminaire sans difficulté scolaire et un profil complexe. Le premier profil se traduit par une distribution plutôt homogène des capacités cognitives de l’enfant, avec un comportement adapté à l’environnement. Quand au second profil, il révèle une hétérogénéité des capacités cognitives (dyssynchronie cognitive) et se traduit souvent par un décalage entre la sphère intellectuelle très mature dans certains domaines et la sphère émotionnelle et relationnelle beaucoup plus fragile.

Améliorer l’apprentissage scolaire des enfants précoces

« Cette étude permet de mieux comprendre le fonctionnement cérébral des enfants HP avec la perspective de l’intégrer aux techniques pédagogiques des enseignants, explique Dominic Sappey-Marinier, biphysicien et chef du département IRM au CERMEP à Lyon. Comme les muscles d’un sportif, le cerveau des enfants est extrêmement « plastique » et se développe selon les stimulations de son environnement. Par des techniques adaptées au fonctionnement cérébral et à celui des enfants HP complexes ou laminaires, on pourra améliorer l’apprentissage scolaire. C’est le principe de la  » neuroéducation «  (Ndlr: utiliser les connaissances des neurosciences pour faciliter l’apprentissage, et concevoir des méthodes pédagogiques mieux adaptées au fonctionnement cognitif des enfants) ».

Au-delà de cette possibilité d’adapter la pédagogie au profil de l’enfant, cette étude va aussi permettre une meilleure prise en charge des enfants sur le plan éducatif, psychologique, neuropsychologique et médicamenteux.

Obtenir une cartographie cérébrale de l’enfant précoce

Suite à cette première phase, l’analyse des cartographies cérébrales obtenues chez les enfants à haut potentiel sera comparée à celles des enfants souffrant de troubles de l’attention afin de proposer un nouvel outil d’aide au diagnostic. En effet, on observe souvent un lien significatif entre les enfants souffrant de troubles de l’attention et certains enfants à haut potentiel, notamment les HP complexes: vulnérabilité attentionnelle, troubles psychomoteurs et/ou émotionnels, attitude relationnelle en décalage important avec certaines de leurs aptitudes cognitives…

Débuté au printemps 2014, cette étude inédite devrait s’achever dans un an. Il sera temps, alors, d’exploiter les conclusions de cette exploration approfondie du cerveau pour améliorer l’apprentissage de ces enfants dits précoces.

(1) L’IRM fonctionnelle (IRMf), est une technique d’imagerie par résonance magnétique qui permet de détecter les zones du cerveau activées par une tâche, un processus ou une émotion, ou tout simplement au repos.

A savoir

Le Haut Potentiel (HP) revêt chez l’enfant différentes représentations, du petit savant à l’enfant instable. Conséquence, l’entourage se voit souvent démuni pour le comprendre, le nourrir intellectuellement selon ses besoins et l’aider à s’intégrer, tout en assumant sa différence. Le Haut Potentiel est souvent associé à d’autres troubles, comme la dyslexie ou le Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDA/H).

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